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Destination Lyon Kayak: Etape Finale

Nous émergeons lentement d’une nuit plus fraîche que les précédentes, ce qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’a pas été pour nous déplaire. Je me remémore notre premier bivouac à la base nautique de Seyssel, juste avant notre départ, où les températures en ce mois de Septembre étaient largement au dessus des moyennes saisonnières. Résultat, un sommeil agité. Difficile de trouver la position idéale, me retournant sans cesse dans ma tente, ou plutôt dans cette étuve.

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Mais cette fois ci, c’est un sommeil de plomb qui, malgré le ballet incessant des avions de ligne en provenance de St Exupéry n’a été en aucun cas perturbé. Nous avons été bercés toute la nuit par cette mélodie caractéristique du fleuve, reconnaissable parmi tant d’autres. Le courant, en sortie du barrage de Jons, se propageait au travers des roches et galets. Ces mêmes galets séparant les flots, composaient malgré eux cette douce musique aquatique ininterrompue, régulière et douce à la fois. Ce mélange sonore relaxant alimenta nos songes jusqu’au réveil.

Randovive2018-DSC_0651 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

7h00…

A l’aube de chaque fin de périple, c’est toujours la même association paradoxale de deux sentiments radicalement opposés qui prend place.

La joie d’atteindre dans quelques heures notre objectif, mais également la nostalgie des journées précédentes. Cette symbiose va graviter sans cesse à l’intérieur même de notre esprit et le faire tanguer entre euphorie et mélancolie. Cet équilibre précaire nous rappelle étrangement celui de nos embarcations que l’on doit maintenir à flot à mesure de notre progression.

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Car oui, le kayak, à défaut d’être un sport, est à mes yeux une philosophie de vie.

On avance, comme on avancerait dans la vie avec ce même équilibre. Précaire, comme je viens de le citer, mais également fragile, qui à tout moment, pour une raison soudaine, peut tout faire basculer.
Ce sport nous fait comprendre aussi que dans ce monde et cet univers complexe, nous ne sommes que peu de choses, voir à l’échelle temporelle de l’évolution: Rien du tout.

Le petit déjeuner engloutit, nous voilà impatients d’aller taquiner le Rhône. Il continue de nous jouer de ces flots, sa même mélodie perpétuelle, exerçant son pouvoir d’attraction, nous invitant à le rejoindre sans plus attendre.

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La journée promet d’être merveilleuse.

Une fenêtre météo généreuse.

Yannick, en plus de nous avoir offert un bivouac aux petits oignons, nous servira de guide jusqu’à Lyon. Une situation privilégiée dont on profitera au maximum en se régalant de ses connaissances, tout au long du parcours.

Lionel et Yannick embarquent en premiers.
Mes jambes à peine entrées dans l’hiloire que je manque de me faire engloutir par une vague de travers, coincé par un rocher à l’opposé. Rien de très grave, juste quitte pour une petite douche fraiche sur le bas du corps. Je m’extrais de cette situation délicate et me laisse porter par un courant bienfaisant à mesure que j’écope le peu d’eau à l’intérieur de mon kayak.

Randovive2018-DSC_0673 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Nous voilà tous les trois, à voguer vers notre destination finale.

Malgré l’ambiance semi industrielle et urbaine, cette portion du fleuve reste néanmoins bucolique à souhaits. Je suis surpris dans cette proximité avec la ville de Lyon, que peu de monde ai l’audace de venir profiter de cette poésie. Et après réflexion, c’est tant mieux. Je n’ose même pas imaginer voir une foule de kayaks bloqués les uns contre les autres comme cela peut être le cas sur l’Ardèche en période estivale.

Le Rhône par le passé, bien avant d’être dompté par l’homme, était redouté de tous. En période de crue, sa puissance dévastatrice avait raison de tout sur son passage. Malgré les aménagements récents, en cas de fortes pluies, il n’en reste pas moins menaçant. Les derniers épisodes de crues marquèrent les esprits à jamais.
Les gens gardent en tête cette image spectrale du fleuve. De génération en génération, cette peur s’est transmise et installée dans le temps:  « ne jamais trop s’approcher des rives sous peine de se faire emporter ». Un message relayé encore de nos jours.
Voilà pourquoi nous ne rencontrons (excepté les randos organisées essentiellement via notre forum) que peu de monde.

Et pourtant…

Au fil des sorties effectuées sur ses flots, le Rhône est à mes yeux un élément vivant avec une âme, dont il faut prendre le temps de connaître et de l’apprivoiser. Il peut être doux, affectueux, comme se montrer colérique voir impitoyable. Je m’aperçois avec désarroi, qu’il devient aussi fragile avec le temps. Les conditions climatiques instables, mais surtout les dernières sécheresses à répétition, l’affaiblissent. Son glacier principal en Suisse (Rhonegletscher) fond à vue d’oeil. Il m’arrive même d’entendre certaines rumeurs sur une éventuelle disparition du fleuve dans les cinquante prochaines années.

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Le temps de cette réflexion et nous voilà au contact de nos premiers congénères de la journée. En effet, pêcheurs et chasseurs occupent progressivement les lieux. On se regarde, échangeant un petit signe de la main en guise de « bonjour » pour la forme avant de poursuivre notre route. Difficile de penser qu’hier encore nous arrivions à naviguer pratiquement toute la journée sans croiser personne. Nous sommes désormais contraints de cohabiter avec nos semblables.

Randovive2018-DSC_0685 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Un petit grondement se fait entendre. Nous approchons du « Seuil des petits chevaux », synonyme de portage. Mais comme l’année dernière, on utilisera la technique de la cordelle pour passer ce seuil en s’économisant du moindre effort.

Quelques centaines de mètres en aval, on commence à voir au loin Lyon se dessiner timidement. Nous apercevons même un édifice qui trône au dessus de tout.

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Intrigué par cette architecture, Lionel aura le malheur de poser naïvement la question qui fera l’effet d’une bombe auprès de notre guide:

« Yannick, sais tu ce que c’est que cette chapelle là haut? »

N’étant pas certain non plus, je tente une réponse avec pudeur:

« Je ne suis pas sûr, mais je pense que c’est la basilique de Fourvière. »

Un silence gênant règne quelques secondes. Yannick, à l’affut dans son canoë s’apprêtait justement à saisir un cliché de la basilique. Il déclenche son boitier avant de le laisser retomber avec désarroi sur son torse. Retenu par ses sangles, ce même boitier pendait comme à son habitude à son cou, à la différence près que l’ambiance générée subitement laissait penser qu’il avait prit d’avantage de poids pour peser plus d’une tonne. Un poids comparable à la lourdeur de la question formulée par Lionel.
La plupart des personnes à notre place auraient reconnu instantanément Fourvière, mais ce n’était visiblement pas notre cas.
L’affront qu’on venait de faire subir à la population Lyonnaise et plus particulièrement à notre hôte, était comparable à la Tour Eiffel qu’on aurait pu par maladresse confondre avec une simple antenne relais.
Ne sachant si il devait en rire ou en pleurer Yannick formula avec humour la phrase suivante:

« Vous pouvez me la refaire? Je vous filme et je balance ça sur Youtube. Ca fera un buzz énorme ! Pensez à descendre de temps en temps de vos montagnes les bouseux! »

L’issue de cette phrase nous fera percuter sur l’énorme boulette que nous venons de faire.
C’est alors qu’un fou rire accompagné de larmes s’empare de nous. Ce genre de rire, tellement intense qu’il contracte notre abdomen. Nous peinons à reprendre notre souffle devant tant d’hilarité.

Randovive2018-DSC_0715 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Un grondement encore plus intense que le seuil des petits chevaux stoppera net ce moment convivial.

Feyssine approche.

Si le Rhône devait être une entité vivante, je dirais morphologiquement que sa gueule se situerai à Feyssine. La jonction entre le canal que nous empruntons et celui de Jonage se fait justement en amont du seuil. Deux langues immenses sortent de cette union. L’une d’entre elle communément appelée « Hawaï sur Rhône » est un spot de rodéo prisé par les surfeurs locaux et les kayakistes de freestyle désireux de venir se mesurer au Rhône.

Juste avant de rejoindre le seuil, nous franchissons quelques rapides. Petite mise en bouche avant  le spectacle grandiose qui nous attend.

Randovive2018-DSC_0712 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Nous apprécions pleinement la présence de notre guide qui nous fera vivre un moment incroyablement riche et intense avec le Rhône. Il nous invite à le suivre sans plus attendre.

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Se rapprochant au plus près de la gueule du monstre grondant comme jamais. A mesure de notre progression, je sens quelques projections de l’écume générée par les remous du fleuve sur mon visage. L’objectif est simple. Yannick nous fait comprendre qu’il faudra passer ce seuil à la cordelle. Lionel est inquiet et montre quelques signes de stress. Comme je le comprend. Je ressens également ce stress, mais le fait d’être aussi près de cet endroit incroyable me met en ébullition.

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On s’approche du seuil rive gauche pour débarquer au plus près de la langue. Yannick nous aidera à acheminer les kayaks en aval. Avant d’embarquer nous faisons une pause dans cet endroit privilégié où peu de monde n’ose s’aventurer. On est là, nouant à nouveau une relation intime avec le Rhône. Etre si près de lui… Nous sommes comme des dompteurs en plein spectacle avec leurs félins. Le risque d’attaque est énorme et pourtant, ils travaillent sur cette relation de confiance et de respect avec ces prédateurs.

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Je laisse mes compagnons déguster quelques figues en ces lieux, préférant rester dans la gueule du monstre, et sentir cette force incroyable et herculéenne à quelques centimètres de mes pieds. Un pas de plus et je pourrais me fais avaler. Contempler ce spectacle grandiose dont seul le Rhône à le secret force le respect.

On embarque pour rejoindre quelques centaines de mètres plus bas un îlot de galets tombant à point pour notre pause repas.

Randovive2018-DSC_0741 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Encore un autre avantage du kayak, et pas des moindres. Sur les berges de part et d’autre du fleuve, grouillent joggeurs, cyclistes, mais également quelques promeneurs lambdas. Certains d’entre eux s’arrêtent, nous observant de loin avec curiosité. Malgré le bruit ambiant (voitures, etc…) et la masse abondante de nos congénères, nous sommes curieusement au calme, sur cet îlot, protégés de tout ce vacarme.

Je déplie ma tente pour la faire sécher comme à l’accoutumée. J’avais pour habitude de la sceller ou de l’attacher à mon kayak. J’ai oublié ce dernier point crucial, et le temps de m’en rendre compte, une petite rafale l’arrache du sol pour la balancer dans le Rhône. Yannick se hâte pour l’attraper, mais me voyant aussi réactif pour venir la récupérer, préfèrera saisir son appareil et immortaliser ce gag imprévu.

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Cette fois ça y est!

Lyon est bientôt à nous.

La largeur du fleuve en aval de Feyssine va maintenant se resserrer comme pour annoncer notre arrivée imminente. Je troque mon T-Shirt à manches longues contre un autre, anti UV à manches courtes. Le soleil qui initialement me réchauffait légèrement le visage ce matin commence sérieusement à cogner.

Pour la quatrième fois, j’ai encore le privilège de parcourir la ville depuis le Rhône.

Cette traversée de Lyon, c’est un peu comme une récompense. Un symbole fort mais également un hommage à nos aïeuls qui dans les temps anciens ralliaient régulièrement nos montagnes à la ville lumière via le fleuve, acheminants divers matériaux comme par exemple la pierre blanche issue des carrières en amont de Seyssel. Le Haut Rhône, qui a commencé à se métamorphoser à hauteur de Serrières de Briord achèvera définitivement sa transformation lorsqu’il rejoindra la Saône au sud. Il deviendra large, plat, industriel et commercial.

Les derniers coups de pagaie sont timides. Toujours cette même hésitation palpable, semblable à celle que l’on a tous plus ou moins ressenti lors d’un premier rendez vous galant. Notre rythme vigoureux et intense de ces premières journées passées sur le Rhône se relâche progressivement. On aimerait pouvoir avancer avec un contrôle total sur le temps qui passe. Avoir la faculté de “rembobiner” notre aventure pour la revivre indéfiniment.

Les piles massives du Pont Raymond Poincaré vont nous ouvrir malgré elles les portes de Lyon.

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L’ambiance est similaire à celle d’une salle de spectacle lorsque les deux rideaux en velours d’un rouge somptueux s’écartent progressivement.

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La passerelle de la paix fera son entrée pour nous présenter rive gauche la cité internationale. Reconnaissable à ses murs d’un mélange marron orangé au dessus desquels trônent des arcs de verre les protégeant de moitié.

D’autres ponts défileront les uns après les autres devant nos yeux, nous révélant une fois franchis divers mélanges d’architectures pour la plupart romanesques propres à la ville. Nombreux sont les édifices que nous croiserons, mais les principaux retiennent toujours notre attention:

L’ancien hôpital de Lyon rive droite, transformé suite à de travaux importants en un hôtel somptueux avec un nouveau nom qui n’a d’égal que sa taille gigantesque et imposante:

Grand Hôtel Dieu”. Rien que ça…

Mais aussi, juste après avoir franchi le pont de la Guillotière: Le “Centre Nautique Tony Bertrand” (nommé auparavant “Centre Nautique du Rhône”, ou alors “Piscine du Rhône”), reconnaissable à ses quatre tours en forme de champignons hauts sur pieds.

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Le franchissement de chaque pont est un moment unique. Comme pour les édifices, ils sont nombreux mais certains d’entre eux sortent du lot comme le pont Lafayette mais également celui de l’Université.

Yannick ayant un impératif nous laissera finir notre périple juste après le pont de la Guillotière.

Nous le remercions mille fois d’avoir pris sur son temps et de nous avoir fait partager toutes les richesses de son territoire.

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Une étrange sensation que je qualifierai de spirituelle m’envahit lors de cette traversée. J’avais jusqu’à présent beaucoup de mal à mettre des mots sur ce ressenti qui m’habite à chaque fois que nous parcourions Lyon en kayak. Sur un plan purement physique, nous sommes en dessous de tout. Lorsque nous élevons notre tête, c’est pour apercevoir les choses à contre plongée. Tout nous domine de haut… On pourrait penser que la ville, ses habitants et son architecture nous écraseraient comme de vulgaires insectes. Le bruit ambiant, la pollution… Bref, tout ce cocktail propre aux grandes agglomérations devrait normalement nous oppresser.

Mais curieusement, c’est le phénomène inverse qui se produit à chaque passage. Nous sommes comme happés dans un miroir, inversant par la même occasion tout cet univers rationnel pour nous ouvrir les portes d’une sorte de nirvana. Protégés par le Rhône, on s’élève au dessus de cette affluence. Imperméables à toute agression extérieure. Nous sommes comme transcendés.

D’un naturel à détester et à fuir les grandes villes, la foule, Lionel et moi même partageons ce sentiment étrange qui pourrait presque nous réconcilier avec le monde urbain.

Mais il va falloir redescendre de notre nuage. Le Pont Pasteur se disputant la place au premier plan avec le Pont Raymond Barre juste derrière, avec en toile de fond le Musée des Confluences, sonneront la fin de notre périple. Le courant se stabilise pour devenir quasi nul. Stoppé avec celui de la Saône par le barrage Pierre Bénite, nous sommes désormais sur la retenue d’eau.

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A la pointe de la confluence, c’est avec le coeur serré qu’il nous faudra tourner le dos au Rhône pour rejoindre la Saône et l’événement Lyon Kayak qui vient de débuter au Port de Confluence.

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Lyon Kayak.

Evénement incontournable qui a fait germer cette idée de descendre le Rhône pour le rejoindre.

Peu importe notre place le lendemain dans le classement de la course. Nous avons gagné quelque chose d’inestimable. Je pensais avec prétention tout connaître de ce fleuve, mais je m’aperçois qu’il nous réserve encore de nouvelles surprises.

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Il a beau matérialiser la frontière séparant l’Ain des deux Savoies, de l’Isère et bien d’autres départements jusqu’à la mer, le Rhône à ce pouvoir d’attraction qui lui est propre, et permet de nous rassembler nous autres kayakistes, créer des liens et bien plus encore.

D’autres projets fous commencent à germer dans notre têtes.

Et pourquoi pas la prochaine fois tenter un Seyssel Lyon en kayak sur 2 jours???

On vous tiendra au courant 😉

CORNETTO Yves

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Destination Lyon Kayak: Etape 2

Faire étape à Port de Groslée, c’est comme flirter avec un silence et une tranquillité permanente. Exception faite cette nuit où les chiens du voisinage n’ont pas arrêté d’aboyer sans but précis.

Réveil à 6h30. On ressent brutalement le changement de saison, non pas à cause de la température ambiante, mais plutôt de la luminosité. Il fait nuit noir. Les éclairages publics rayonnent encore sur la ViaRhôna. Ce ballet de lueurs nous guidera jusqu’au ponton d’embarcation.

Je m’engage en premier afin de libérer rapidement l’accès à mes compagnons. L’espace n’est pas très large et la taille de nos kayaks n’arrange rien.

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Nous sommes face au pont suspendu. Une fine nappe de brume flotte légèrement au dessus de l’eau. Tout est calme… Comme figé dans le temps. La surface du fleuve est lisse… On se croirait presque sur un lac. Même le courant est quasi inexistant.

Quelques étirements avant d’aborder cette nouvelles étape et nous voilà lancés.

Nos trois étraves fendent ce miroir d’eau d’une perfection absolue. Nous profitons de ces derniers instants de silence.

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Devant nous, le défilé de Malarage. Très symbolique à nos yeux, ce sont les dernières gorges que nous offre le Rhône avant Lyon et la Mer. On parle souvent du Haut Rhône qui s’étend de Genève à la confluence avec la Saône à Lyon, mais j’aurai presque tendance à penser que le Haut Rhône ne va pas plus loin que ce défilé.

La largeur du fleuve n’excède pas 30 mètres. Deux falaises abruptes se dressent devant nos yeux pour nous ouvrir les portes d’un nouveau Rhône.

Un Rhône qui commence sa mutation. Une mutation que l’on doit principalement à notre empreinte humaine.

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La centrale SuperPhénix située juste derrière le défilé ne manquera pas de nous le rappeler.

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Les débats actuels sur le nucléaire vont bon train. Chacun en dira du bien ou du mal, mais qu’importe. On ne peut rester indifférent lorsque l’on passe devant cet immense édifice. D’une prédominance jaune feu, couleurs propres à cette créature mythologique dont la particularité est de renaître de ses cendres, on comprend vite que même à l’arrêt, le risque existe. Ces mêmes couleurs qui se reflètent au bord de l’eau, se mélangent harmonieusement avec les premiers rayons matinaux. Une aubaine pour quelques photos.

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J’avais quelques appréhensions quand à notre rythme. Nous avions fait une belle étape la veille, et bien souvent, le revers de la médaille se traduit par de grosses courbatures, voir une longue récupération le lendemain.

Mais il n’en est rien. Bien au contraire, nous avançons avec la même vitesse de croisière que la veille voir davantage.

Une aide précieuse qui aura raison des 7 Km séparant Creys Malville à Montalieu.

Je commence à avoir mes propres repères…

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Une fois le pont de Serrières de Briord franchi, des bruits sourds et lointains se font entendre, nous rappelons que le Rhône s’industrialise petit à petit. A notre approche une installation complexe rive gauche prends le dessus sur la végétation au premier plan. La cimenterie Vicat tourne sans interruption.

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Même constat que Superphénix. Très imposante par sa taille, elle n’en reste pas moins impressionnante à contempler.
Nous continuons malgré tout notre chemin en direction de la base de loisirs “La Vallée Bleue”.

Nous retrouvons un environnement un peu plus calme. L’ambiance sonore de la cimenterie s’estompe à mesure que nous avançons.
Quelques pêcheurs en barque tentent leur chance munis d’une, deux, trois cannes, voir davantage.
Sur la rive droite, j’aperçois le “Camping du Point Vert”, symbole de notre deuxième nuit passée en ces lieux lors de notre première descente Seyssel Lyon réalisée en 2015.

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On ne s’attarde pas et préférons continuer sur notre lancée. Mais cet entrain sera vite stoppé par les appels d’un homme, toujours sur la rive droite juste après le camping. On le regarde sans trop lui prêter attention, pensant ne pas être concernés par ses signes. Mais à y regarder de plus près, pas de doute. Son regard porte en notre direction. Nous faisons demi tour, la pointe avant de nos kayaks face à cet homme, avant de s’échouer sur une plage de sable, derrière laquelle se dresse la base du club nautique Serrièrois.

Marc, notre hôte, nous offre généreusement un bon café. Notre sport, peu médiatisé, et de plus peu pratiqué sur le Rhône, génère un élan de solidarité entre kayakistes. Sous un petit chapiteau, à touillier notre breuvage, une discussion passionnante s’engage entre nous. Echange de nos coordonnées, projets divers et variés. Il participe lui aussi à la Lyon Kayak.

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Mais il va falloir s’y remettre… En plus d’avoir un timing à respecter, notre ami Rikou à un impératif et doit rejoindre Lyon dans la soirée.
On se laisse sur un « Au revoir » en se promettant de se retrouver dimanche à la course.

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Rapidement, le barrage de Sault Brénaz. Un portage des plus simples. La mise à l’eau ne laisse personne indifférent car elle se fait à l’intérieur même d’une ancienne écluse. Un couloir immense s’élève. Les murs de part et d’autre, d’une hauteur impressionnante nous indiquent la direction à prendre. Derrière le mur de droite résonne le grondement du seuil de Sault Brénaz.

On ne manquera pas d’aller rendre visite à ce même seuil une fois sortis de l’écluse.

Quelques bruits autres que ceux générés par le seuil s’invitent… Bips de recul, extraction, concassage, criblage… Pas de doutes, nous sommes juste à proximité de la carrière de Sault Brénaz.

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Encore 5 km avant de franchir le pont de Lagnieu. Il représente un changement radical du fleuve. Quelques petits ruissellements commencent à se faire sentir en amont de ce pont. Le dénivellement s’accentue, créant par la même occasion de petites accélérations nous permettant de s’économiser un peu sur notre rythme et de se laisser porter avec flemmardise sur ce courant généreux avant de faire notre pause repas sur une petite plage de galets.

J’en profite pour passer un coup de fil à notre hôte de ce soir. En effet, Yannick Véricel, moniteur diplômé d’état et gérant des sites http://www.randovive.com et www.lyonurbankayak.com avec qui j’ai fait connaissance lors de notre préparation du périple Genève – Saintes Maries de la Mer s’est proposé de nous rejoindre à notre bivouac et nous offrir le repas.

Pas de temps à perdre. On se remet à l’eau. Nos kayaks sont comme arrachés à la rive par les courants importants.
Une aubaine! Nous allons pouvoir digérer notre repas guidés par les flots du Rhône sans forcer sur la pagaie.

Mais c’était sans compter sur la météo changeante de ce milieu de journée.

En effet…

Un vent de sud surgit brusquement accompagné de nuages sombres et menaçants. Une toile aux tons de gris se dessine désormais devant nos yeux. Cet arrière plan de mauvaise augure viendra accueillir dans ce tableau un nouveau sujet principal:

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La centrale nucléaire du Bugey.

Elle en impose davantage que Superphénix et nous tient en respect, face à ses immenses cheminées qui trônent rive droite. Nous comprenons vite à la vue de ce colosse  que nous ne sommes pas de taille, et qu’en cas d’accident nucléaire, le souffle de l’explosion aurait raison de nous bien avant les températures proches d’une supernova.

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A propos de souffle, nous peinons de plus en plus, et ce, malgré la force du courant, à avancer. Le vent se renforce et gagne en puissance. Comme la faune présente en ces lieux, nous nous abritons sous les branchages au plus proches de la rive, profitant de leur protection naturelle pour s’économiser du moindre effort.

Péniblement, nous rallions Loyettes, reconnaissable à ses deux arches métalliques de son pont traversant le Rhône. Une ombre se faufile sous les kayaks de Lionel et Rikou. “Un silure” rétorque ce dernier. Sa taille est estimée aux alentours d’un 1,20m.

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A la sortie, nous retrouvons à nouveau quelques petits rapides générés par le fleuve qui nous seront d’une aide précieuse.

Des grondements se font ressentir au loin. Pas de doutes, nous approchons de la confluence avec la rivière d’Ain. En laissant mes mains caresser le mélange de ces deux cours d’eau, je m’aperçois rapidement du changement brutal de la température.

Les eaux de cette rivière, en plus d’être fraîches, génèrent un courant incroyable qui viendra s’additionner à celui du Rhône et nous permettre ainsi de réaliser notre meilleure performance en terme de vitesse de la journée.

Au loin, nous apercevons deux kayakistes remontant le Rhône dans notre direction. Un kayak rouge fuselé et un kayak de mer semblable aux nôtres. On intensifie le rythme afin de satisfaire notre curiosité. Un visage nous est familier, il s’agit de Ludo accompagné d’un ami à lui: Jean Michel. Ils nous suivaient sur internet depuis deux jours via notre tracker GPS et avaient décidé de nous rejoindre. Cette attention nous touche profondément, et nous décidons de partager le reste de notre parcours jusqu’à la fin toute proche.

Le barrage de Jons.

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Il se diffère des autres ouvrages du fleuve par sa tour carrée reconnaissable de loin.
A la vue de cet édifice, cette architecture particulière annonce notre arrivée aux portes de Lyon. Le fleuve change également pour s’industrialiser davantage, et plus particulièrement sur le canal de Jonage que nous laisserons de côté afin de privilégier celui de Miribel plus agréable à parcourir.

Ce barrage marquera également notre fin d’étape. Du moins pour Lionel et moi même.

Rikou, quand à lui doit continuer sa route en direction de Lyon et ensuite remonter la Saône. Il lui en reste encore un bon morceau.

Devant tant de kilomètres avalés, certains de mes proches me posent régulièrement la même question:

“Tu dois avoir mal aux bras après tous ces km parcourus! Ils vont être musclés à force de pagayer!”

Désolé de vous décevoir et de casser le mythe du kayakiste bâtit sur le haut du corps d’une musculature laissant entrevoir biceps, épaules imposantes et torse en “V”. Digne des plus belles couvertures de magazines de culturisme. Le relief de cette masse musculaire reflétant (de part un bronzage hollywoodien) à la perfection la lumière ambiante, sous peine d’en aveugler de plaisir la gent féminine jusqu’à les faire fondre….. …. .. bref, je m’égare un peu.

La réalité est tout autre, et si il y a bien une partie du corps à laquelle, nous autres, kayakistes de randonnée avons mal, c’est aux fesses, pour ne pas prononcer un autre mot plus familier (et faire entorse au récit que je me donne tant de mal à rédiger), tellement la douleur ressentie est intenable après tant de temps assis dans l’hiloire.

L’expression “En avoir plein le c…..” n’a jamais pris autant de sens ce jour là.

Pour ne pas arranger les choses, la rampe de débarquement (bien que très bien annoncée au travers d’une signalétique récente et en excellent état) ressemble à tout sauf à une rampe. Rochers posés anarchiquement les uns sur les autres, et pour finir, quelques marches improvisées de blocs de bétons pas du tout adaptées à notre activité. Je ne bénirai jamais assez les ingénieurs qui ont inventé le polyéthylène, matériau de nos embarcations, dont la particularité est de résister aux abrasions.

C’est un véritable cauchemar pour débarquer.

Si par le plus grand des hasards, les responsables de l’agence de l’eau, de la fédération de pêche, ou encore d’une des plus grandes entreprises nationales pour ne pas la citer: « EDF », devaient lire ces quelques lignes, je vous en conjure… Ou plutôt, je vous implore de faire (comme les politiques sont friands de cette formule d’ailleurs..) “tout ce qui est en votre pouvoir” pour que tout kayakiste ou autres usagers du Rhône, puissent un jour franchir les portes de Lyon autrement. Car actuellement, ce n’est pas rendre hommage à une si belle ville, d’arriver par voie fluviale dans ces conditions.

Après quelques minutes de galères, ça y est! Notre étape est bouclée. Nous nous dirigeons maintenant vers notre point de rendez vous indiqué par Yannick.

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On installe notre bivouac en hauteur, avec une vue imprenable sur le canal de Miribel, régulé par le barrage de Jons.

Le va et vient des hérons cendrés, aigrettes, canards, etc… Qui nous ont accompagnés tout au long de notre parcours est radicalement remplacé par les allées et venues des avions de ligne, nous rappelant notre proximité avec l’aéroport de St Exupéry.

Je m’aperçois à mon grand désarroi que j’ai oublié ma petite scie, outil très pratique pour préparer du bois pour le feu. Ca aurait été sympa d’éviter à notre hôte cette tâche un peu ingrate, d’autant qu’il nous a prévu un repas de roi.

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Yannick, à son arrivée, ne manquera pas, de son naturel assez taquin, de nous le rappeler.

Yannick Véricel…

Je prends le temps de mettre cette fin de récit en pause pour faire les éloges de ce personnage hors normes.

Cela remonte maintenant à bientôt 2 ans, lorsque je préparais notre périple avec Lionel sur le Rhône.

L’outil incontournable qu’on à tous le réflexe dans nos sociétés modernes à utiliser, c’est bien évidemment internet.

Oui mais internet, on trouve de tout, mais surtout n’importe quoi.

J’étais à la recherche d’informations précieuses pour préparer notre entrée sur Lyon. Des zones sensibles, comme le seuil des petits chevaux mais aussi et surtout celui de Feyssine attisaient mes craintes. Il me fallait trouver des sites fiables pour franchir ces obstacles avec le maximum de sécurité pour ne pas mettre cette expédition en péril.

Internet, c’est un peu comme une jungle. Armé d’une machette, on tranche avec vigueur les herbes hautes, obstacles principaux, avec lesquels, si on ne fait pas attention, le risque de s’égarer peut vite surgir. A force de courage mais surtout de persévérance, je tombe, par le plus grand des hasards sur un site d’une qualité et d’un design équilibré à la perfection.

http://www.lyonurbankayak.com/

Les informations tant convoitées sont là, devant moi. Des topos rédigés avec passion, des photos de qualité, le tout, organisé et structuré d’une façon redoutablement efficace.
Je vais être franc avec vous… Pour avoir côtoyé quelques temps le monde du graphisme, tomber sur ce genre de site est très rare. On a tendance à observer deux extrêmes:

– Un design proche des plus grandes productions de la Silicon Valley mais avec un contenu pauvre, voir médiocre.

 – Ou alors des réalisations peu attractives où l’on s’y perd, alors que leurs contenus regorgent d’informations.

LyonUrbanKayak, c’est l’équilibre des deux conçus d’une main de maître.

Ma curiosité s’emballe, et sans plus attendre, je prends contact avec l’administrateur.Je lui expose mes projets futurs, et ceux réalisés en kayak.
La réponse ne se fait pas attendre… Réactif avec ça!!!! Tout ce que j’aime! Nous échangeons principalement sur Facebook au travers de discussions passionnantes jusqu’à tard dans la soirée.

Je m’adresse au travers de ce récit à toutes les personnes sceptiques sur la technologie actuelle et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. J’ai pour coutume de dire que ce sont des outils, et comme tout outil, il y a le bon et le mauvais usage.

 – Oui, c’est vrai, la plupart de nos congénères restent cloîtrés chez eux à diffuser leur plus beaux selfies sur Facebook, twitter, etc… Prisonniers de ce monde virtuel dans lequel ils se sentent non seulement vivants, mais vénérés.

 – J’ai rencontré Lionel par l’intermédiaire d’internet avec qui nous avons bâti notre projet de rallier Genève à la méditerranée l’année dernière en kayak.

C’est au cours de ce périple que notre rencontre dans la “vrai vie” avec Yannick a vu le jour. C’était justement à la confluence de l’Ain et du Rhône. Un croisement symbolique de ces deux cours d’eaux, métaphore parfaitement adaptée à la situation.

Yannick, en plus d’être diplômé d’état, est un passionné de l’activité, incollable sur la réglementation, fervent défenseur de l’environnement mais également des sites où nous pratiquons régulièrement. Et ses ambitions vont bien au delà de nos frontières puisqu’il organise des raids en Norvège, Suède, etc…

Je ne vais pas m’étaler sur ses connaissances et son parcours, mais rencontrer des personnes aussi passionnées n’arrive pas souvent.

Retour maintenant sur notre bivouac trois étoiles!

Le ciel, bien que menaçant, nous épargnera cette fois ci. Seulement quelques petites gouttes, si petites qu’à peine s’être écrasées sur le sol, sècheront immédiatement.

Le feu crépite, chauffant la grille métallique sur laquelle repose de belles pièces: Andouillettes, Chorizo, et bien d’autres encore. Les odeurs mélangées à celle de la fumée embaument nos narines pour ensuite transmettre à notre cerveau les codes nécessaires à la mise en route du mécanisme de l’appétit…Cette viande fraiche, reluisante, change petit à petit d’aspect pour laisser apparaître ces quelques traces brunâtres propres à la cuisson au feu de bois.

Une fois en bouche, elle fond littéralement sous notre palais, libérant ainsi les arômes d’une viande de qualité, se glissant par la suite dans notre oesophage avant de nous rassasier de ces 58 kilomètres parcourus.

Et c’est assis autour de ce feu s’amenuisant petit à petit, que nous terminerons notre soirée au travers de récits d’expédition, de futurs projets etc…

A oui, j’oubliais… L’ami Rikou…

Un petit coup de fil avant de se coucher pour apprendre qu’il est rentré à bon port avec à son actif, une journée de 96 bornes!!!

Une machine ce Rikou!

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CORNETTO Yves

Destination Lyon Kayak: Etape 1

Destination Lyon Kayak

Comme toutes les années, l’évènement Lyon kayak est incontournable en Rhône Alpes.

Cette course réunit pas moins de 1800 embarcations (Kayak, canoë, paddle), que ce soit du débutant au compétiteur averti.

Pour cette édition 2018, nous avons décidé de nous rendre à cette manifestation non pas en voiture, mais en kayak, en partant de la base nautique « Prolynx Sports » située à Seyssel au bord du Rhône.

Le Rhône…

Il sera notre compagnon et notre guide durant toute notre expédition jusqu’à Lyon. Le trajet comptabilise environ 160 Km.

Nous avions réalisé un parcours similaire en 2015 sur 4 jours.

Mais cette fois ci, nous placerons la barre un peu plus haut en diminuant le nombre de jours pour tomber à 3.

Notre duo habituel sera complété par un invité de marque : Notre cher et très respecté Rikou.

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Rikou…

Déjà cité plusieurs fois dans mes récits, il a parcouru le Rhône en 2013, et s’est offert, en cette année 2018, la Loire, avec dans la foulée le tour de Bretagne… Rien que ça !!!

Jeudi 20 Septembre, 6h00 du matin.

Il fait encore nuit. Seule la lueur de nos frontales guideront nos pas… ou plutôt nos coups de pagaies.

L’étrave de nos kayaks, après avoir légèrement frotté sur la rampe d’embarquement, caresse somptueusement le Rhône encore lisse et d’une planéité parfaite.

Il fait incroyablement chaud alors que le jour ne pointe pas le bout de son nez. L’eau est tiède et l’air ambiant commence à se faire lourd.

Nous avançons dans le noir total. La lumière émise reflète sur les cygnes que nous apercevons au loin. Cette portion du parcours, je la connais par cœur, et ce n’est pas du luxe. Le risque principal en ces lieux, c’est la faible profondeur du fleuve. Si nous ne prenons pas garde, la coque de nos bateaux risque de frotter dans le limon pour ensuite nous stopper net. A certains endroits, la hauteur d’eau n’excède guère 20 cm.

Rapidement, la rampe de débarquement en amont du barrage de Motz peine à se dévoiler en cette faible luminosité.

Nos kayaks une fois sortis de l’eau, les vieux automatismes acquis l’année dernière refont surface. Tout se fait machinalement. Nous sortons nos chariots, j’emboite les roues sur l’axe ainsi que les deux barres de maintien. On soulève nos bateaux pour les présenter sur ces mêmes chariots. On ajuste la tension sur les sangles… Ca y est! L’ensemble ne fait qu’un et sans plus attendre, on achemine avec une facilité déconcertante nos embarcations en aval du barrage.

Les premières lueurs apparaissent et le ciel initialement sombre se dilue lentement avec cette lumière gagnant progressivement en intensité.

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L’horizon se dégage petit à petit, nous rangeons nos frontales pour les remplacer par quelques fines couches de crème solaire.

A cet instant précis nous prenons conscience qu’une fois à l’eau, nous allons naviguer un bon moment avant notre prochain portage prévu au barrage de Brens.

Nous faisons le même choix stratégique que l’année dernière, et préférons éviter de passer par Yenne. Les portages de l’écluse de Chanaz, des seuils de Fournier, Lucey, et Yenne seront remplacés par un seul: Le barrage de Brens. Un gain de temps considérable sur la journée. La portion entre Lavours et Belley à beau être un canal aménagé, elle n’en reste pas moins agréable à parcourir.

Beaucoup de frustration en cette faible luminosité. Impossible de prendre des photos sous peine d’obtenir des clichés flous et garnis d’un bruit moucheté qui ne rendraient aucun hommage à la beauté des lieux.

Nos rythmes diffèrent légèrement mais s’adapteront rapidement. Lionel et moi même pagayons devant pendant que Rikou avance tranquillement, contemplatif et observateur. Nous surprenons deux sangliers au bord des plages de galets. Ces mêmes galets qui font le charme des îles de la Malourdie. Ils s’enfuient immédiatement à notre arrivée. Nous prenons notre temps pour observer leur course le long des berges avant que ces derniers disparaissent dans les hautes herbes.

Nous rejoignons rapidement Culoz pour apercevoir le Grand Colombier éclairé par les premiers rayons du soleil. La lumière reste mate. Rien à voir avec notre défi de Juin dernier où l’atmosphère laissait apparaître tous les détails. C’est un ciel légèrement laiteux qui se dessine devant nous. Masquant justement les quelques reliefs qui auraient pu donner un peu d’accentuation et permettre à un photographe averti d’obtenir une oeuvre quasi parfaite.

Une fois le pont de la Loi franchi, l’eau redevient lisse. La proximité du barrage de Lavours se fait sentir. Nous sommes sur la retenue d’eau et le courant devient de plus en plus faible.

Il va falloir insister d’avantage sur la pagaie pour espérer rejoindre le barrage de Brens rapidement et venir à bout des 15 kms qui nous séparent.

Mais tout se fait machinalement et d’une facilité déconcertante. Nous avançons à 7,5 Km/h de moyenne et rapidement, sans que l’on ai eu le temps de dire “Ouf” nous voilà en aval du barrage de Brens.

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Prochain objectif: Le barrage de Champagneux pour la pause repas.

Soyons francs. Même si le Haut Rhône (De Genève à Lyon) reste à nos yeux l’une des plus belles parties du fleuve, ce tronçon de 10 Kms que nous allons aborder est fade et monotone. Le fleuve est large, plat, avec une vue et un horizon tellement dégagé qu’on a l’impression de pagayer sur place.

Mais c’était sans compter sur notre rythme et notre forme olympique de cette journée.

Toujours sur une moyenne de 7,5 Km/h, nous avalons cette étape d’un claquement de doigts.

A la rampe de Champagneux, nous regardons l’heure: “Midi Pile”

Le clocher aux alentours nous le fait même savoir de ses 12 coups. Question timing, difficile de faire plus précis.

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Nos GPS affichent désormais plus de 40 bornes au compteur. L’équivalent d’un bon tour du Lac du Bourget.

Après un petit portage, nous faisons escale à proximité du barrage pour notre pause repas.

Petite  rencontre avec un usager de la ViaRhôna dont le visage ne nous est pas inconnu. Il s’agit de Samy du forum-kayak! Il fait exception cette journée, pour avoir laissé son embarcation de côté au profit du vélo.

On s’offre même le luxe d’une petite sieste de 20 minutes, juste avant d’aborder une des plus belles parties du fleuve…

La réserve du Haut Rhône.

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J’hésite encore à proposer à mes compères ce petit détour par la réserve. En effet, lorsque le niveau d’eau est trop bas, ce parcours initialement idyllique peut devenir un véritable calvaire. “Pas assez d’eau” rimerait avec “kayak qui racle” voir “beaucoup de portages”.

Mais après quelques repérages des lieux, on se lance sur la rampe à canoës aménagée sur un passage à gué, porte d’entrée dans cette zone tant convoitée par chaque être en quête de calme, sérénité, et de paix.

Autre avantage de traverser la réserve, on s’économise d’un portage (le seuil des Molottes), mais aussi et surtout, cette portion du parcours se fait à l’ombre, et ce ne sera pas du luxe étant donné les fortes chaleurs que nous subissons depuis la mi journée.

Une fois le passage à gué franchi, nous voilà donc projetés dans cet univers incroyable où tout diffère du monde moderne. L’empreinte de nos congénères se fait rare. Un silence presque parfait, seule une petite brise tente de se faire entendre au travers du feuillage. Le son de la faune nous accompagne paisiblement. Le parfum ambiant… Les quelques ruissellements du Rhône qui ajoutent un peu de variété au parcours… Tous ces éléments réunis nous transportent sereinement.

Le bras principal du fleuve s’ouvre à nous pour rapidement nous acheminer à son confluent avec son canal de déviation. Nous continuons notre périple sur quelques kilomètres avant de faire escale à “Port de Groslée”.

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Port de Groslée

Une étape incontournable. Ce petit village paisible, où passe la ViaRhôna nous offre toujours cette vue splendide sur le soleil couchant avec en premier plan le Rhône, traversé par un pont suspendu reliant Groslée (Ain) à Brangues (Isère).

Un ponton nous permet d’extraire nos embarcations. Cent mètres plus loin, un abri aménagé avec toilettes et point d’eau nous offrira tout le luxe nécessaire à cette première nuit de bivouac.

Kilométrage total: 64 km

Une belle étape laissant présager de belles choses pour la suite.

CORNETTO Yves

 

 

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Destination: LYON KAYAK!!!

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27747746_1829365810408170_26265024570452680_o-1024x683Source: www.lyonkayak.com

Cette course incontournable et qui n’a plus rien à prouver nous tient toujours à coeur.

Un événement riche et varié où tout le monde a sa place, que ce soit du débutant au kayakiste de compétition.

Une autre façon de découvrir Lyon depuis la Saône au départ de Rochetaillée/Saône jusqu’au port de Confluence.

______________________

Pour cette édition 2018, afin de la vivre avec encore plus d’intensité, nous avons décidé de nous rendre à cette manifestation non pas en voiture, mais plutôt en kayak via le Haut Rhône de Seyssel (Haute Savoie) jusqu’à Lyon!

Soit, une distance à parcourir de 160Km!

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De la sortie du lac Léman à la confluence avec la Saône, cette partie du fleuve offre une variété de paysages, de reliefs jurassiens et préalpins à couper le souffle.

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Alternance entre petits rapides et ambiances sereines, vous pourrez suivre notre progression en temps réel jusqu’à notre arrivée Samedi 22/09 au port de Confluence (pour retirer nos dossards)  en consultant le lien ci dessous:

locatoweb https://locatoweb.com/map/single/1710153270 locatoweb

Une excellente occasion pour faire connaître notre terrain de jeu immense qu’est le Rhône!

Un petit périple qui va démarrer Jeudi 20 Septembre à partir de la base de loisirs « Prolynx Sports » à Seyssel et durer 3 jours.

Ceux qui n’ont pas peur d’avaler les kilomètres seront les bienvenus!!!!!

Vidéo: « Le Haut Rhône à l’honneur sur France 3 »

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Emission » Chroniques d’en Haut »

Le massif du Jura est un peu à part. Reconnaissable à sa végétation de feuillus, il n’est pas le plus connu. Pourtant, il abrite de nombreuses merveilles parmi lesquelles le cours le plus sauvage du Rhône en France, un trésor à découvrir à bord d’un canoë.
Le Jura Sud, qu’on appelle aussi Bugey, est une enclave de nature sauvage à deux pas des grandes villes comme Lyon, Annecy ou Genève.
Laurent vous emmène à la découverte de ce qui pourrait bien ressembler à une Terra Incognita aux portes des Alpes et le long du Vieux Rhône
.

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Randonnée encadrée par Yannick VERICEL (Moniteur diplômé d’Etat) de de Randovive.

www.randovive.com

Guides du Rhône

 

« Guides du Rhône »

Samedi 12 Mai 2018

En prévision de notre futur défit (100 Km entre le Rhône, son canal de déviation et le Lac du Bourget Samedi 23 Juin 2018), nous avons prévu avec Lionel de parcourir le Rhône et son canal de déviation.

L’entraînement consistait à relier simplement Virignin à Motz et redescendre le Vieux Rhône jusqu’à Yenne. Un parcours d’environ 55 Km.

La météo annonçait beau toute la journée avec de la pluie en début de soirée.

Seule ombre au tableau, le débit du fleuve annoncé à 600m3/s au niveau de la balise de mesure du Pont de la Loi.

J’avais pour habitude de remonter le Rhône assez facilement lorsque ce dernier affichait des débits entre 200 & 300m3/s.

Bref, ce n’est pas grave, on tente quand même le coup, et de toute façon, si l’on ne parvient pas à réaliser notre objectif on aura un aperçu de ce que cela peu donner une navigation à contre courant sur des débits de 600m3/s.

Pile poil dans le timing.

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On avait prévu une mise à l’eau à 6h00 du matin. L’horaire a été respecté à la minute près.

Le rythme s’installe progressivement, il est bon, régulier.

On constate quand même un courant important au niveau du premier pont en aval de la base d’avirons de Virginin.

Même phénomène plus marquant cette fois sous le pont de Coron.

Les coups de pagaie deviennent énergiques. Et c’est une fois après avoir franchi cet ouvrage que nous constatons avec désarroi que notre vitesse moyenne affichée sur le GPS est à peine à 4,5km/h.

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Habituellement, sur cette portion, elle s’approche plutôt de 5 à 6 Km/h. Cela n’envisage rien de bon pour la suite.

Plus nous nous rapprochions du pont de la Loi, plus le courant était fort.

Vers le lac du Lit au Roi, l’étranglement sous le pont de Massignieu de Rives nous donnera du fil à retordre avec des vitesses moyennes de 3,5 Km/h.

On reprend notre souffle sur le lac avant d’entamer la remontée du canal pour rejoindre Lavours.

On plafonne toujours à 4,5 km/h.

Petite pause sur la rampe d’embarquement de l’Auberge « La Paillère ». J’observe le Rhône et son courant incroyable. Je me dis qu’il sera de plus en plus difficile d’atteindre le barrage de Motz. Nous sommes en retard d’une bonne heure et demie sur notre timing et ça ne va pas s’arranger.

On embarque en direction du Pont SNCF reliant Culoz à Vions. Je me dis qu’une fois franchi, nous allons pouvoir souffler un peu sur un élargissement du fleuve à hauteur de l’Auberge de Vions « La Guinguette ». Habituellement c’est un endroit calme avec un courant quasi nul…

Arrivés au pont en question, je regarde mon GPS et notre vitesse baisser dangereusement pour plafonner à peine à 2km/h.

On franchi l’ouvrage tant bien que mal en espérant se reposer juste après. Il n’en ai rien. Le courant en amont devient de plus en plus fort. J’arrive quand même à trouver une zone à contre courant sur ma droite, je fais signe à Lionel de me rejoindre.

On remonte… On remonte…

On aperçoit à peine le pont de la Loi que notre vitesse plafonne maintenant à 0,8Km/h. Oui, vous avez bien lu: 0,8Km/h!!!

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Nous ne nous faisons guère d’illusion, il va falloir rebrousser chemin, faire une croix sur le barrage de Motz et le vieux Rhône en amont de Culoz.

Sur notre droite, un homme nous interpelle pour nous demander des renseignements.

Nous nous approchons…

Il s’appelle Stefan. Accompagné de deux autres personnes: Mark et Scott, ils sont anglais et avaient décidé de descendre le Rhône de Genève à Lyon en kayak gonflable et en paddle.

Quelques doutes sur leur itinéraire les ont conduit à nous aborder.

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Avec Lionel, on décide, vu le résultat catastrophique de notre entraînement, de s’improviser « Guides du Rhône » et leur apporter notre aide ainsi que nos connaissances acquises sur le fleuve lors de notre périple en Septembre dernier.

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Au programme donc:

Descente du Rhône pour faire une visite incontournable de Chanaz à nos hôtes. Nous en profiterons pour établir en aval du barrage de Lavours notre pause repas avant de repartir en direction de Yenne.

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Passage des seuils de Fournier et Lucey avec quelques images (qui suivront par la suite) réalisées au drone par Stefan.

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Descente finale jusqu’au camping « Kanoti » de Yenne, où j’en profiterai pour faire la connaissance du Gérant: Mathieu.

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Cela fait maintenant quelques mois que nous échangions sur Facebook, et c’est toujours plus agréable de rencontrer les personnes dans le monde « réel ».

L’ambiance est chaleureuse, conviviale, nos compagnons de route sont comblés.

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Mission accomplie!!!

Il va falloir maintenant nous séparer. Nous échangeons nos numéros, emails, en se promettant de se recontacter.

Au final, 38 km parcourus!!!!

Ci dessous l’album complet de cette journée!!!

Le Rhône du « Fort l’Ecluse » à Chanaz »

Bonjour à tous!

Je vais faire entorse aux valeurs principales de ce site, à savoir, promouvoir la pratique du KAYAK DE MER dans la région pour vous parler d’un périple en kayak gonflable.

Habituellement peu séduit par ce type d’embarcation, (bien qu’il faut le reconnaître, très pratique pour ceux qui n’ont guère de place pour loger un bateau de plus de 5m dans le garage) le kayak gonflable offre une certaine souplesse pour le transport et la logistique qu’il serait difficile d’égaler en Kmer.

L’article que je vais vous faire découvrir et un récit écrit par Samuel BERGER qui navigue régulièrement dans la région.
Prenez le temps de vous arrêter devant ses photos sublimes, cadrées avec goût et qui feront redécouvrir à nouveau aux quelques connaisseurs, le Rhône.

Sans plus attendre, laissons place à Samuel:

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Bonjour à tous !

Enfin ! Cela faisait longtemps qu’elle me faisait envie cette balade. Pas de créneaux en 2017, pas assez de temps, pas la météo favorable, bref, c’était tout le temps partie remise. Et cela ne s’annonçait pas forcément mieux pour le moment en 2018 : un peu de temps libre en mai… et voilà que la météo recommence à faire des caprices. Aller, au moins 3 jours, de beau temps, de suite si possible, je ne demande que ça. C’est trop demander visiblement…

Avant de commencer, je souhaiterais adresser un grand merci à tous ceux qui ont partagé leurs informations, que ce soit sur le forum ou parfois sur leurs sites perso : rake51, Rikou, Tom2, Ours, M16, hittite pour ne citer qu’eux, mes excuses à ceux que j’oublie ici. J’ai peaufiné mon itinéraire avec les informations glanées ici et là, pour organiser les portages, évaluer les kilométrages, les points d’eau etc.

L’objectif initial : 3 jours sur le Haut Rhône, de Pont Carnot à Yenne.

Les inconnues : le temps nécessaire pour le faire en KG avec un Yakkair HP1 qui n’avance pas bien vite… J’avais opté pour une sortie tranquille en mode « touriste-photos » à allure cool.

Les surprises : le niveau du Rhône.

Le mélange des genres : kayak et randonnée pour les portages, ou randonnée pédestre à la Tine de Parnant (si, si, c’est possible !).

Au final, randonnée écourtée en 2 jours avec arrivée à Chanaz car orages annoncés pour ce mardi 8 mai et pour ne pas déranger mon super adorable taxi de navette retour un jour férié. Pas grave malgré un petit sentiment de frustration de ne pas être allé jusqu’au bout, mais ce n’est pas grave, c’était un très bon moment sur l’eau.

Départ dimanche 5 mai, arrivé à la cale de Pont Carnot à 7h15. Déballage des affaires, gonflage, chargement des affaires dans le kayak. Le petit sac de pont chinook Aquawave 20 se loge parfaitement sous le cover-deck avant, c’est parfait, on dirait que c’est étudié pour, après avoir modifié seulement le système d’attache au kayak. Très logeable, il contient presque toutes les affaires de bivouac (abri, tapis de sol, matelas, polo, collant polaire, chaussettes, sandales, bonnet, gants et diverses affaires).

Trois autres petits sacs étanches pour compléter :

– l’un avec le sac de couchage, une doudoune et un tee-shirt
– l’autre avec 3 litres d’eau et tous les repas pour la randonnée
– le dernier pour le petit matériel nécessaire pendant la journée

Les 2 premiers sacs viendront se loger sous le pont arrière, et le petit dernier sur le pont arrière, derrière le siège.

Le chariot de kayak sera lui fixé sur le pont arrière. Ce sera son baptême !

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Et là 1ère surprise. J’avais fait un repérage de la cale le 1er mai, et le débit du Rhône était alors de 550m3/s, et ce matin, c’est 285m3/s à 8h… Autant dire que le niveau d’eau a baissé de près de 2 mètres, et que la cale est désormais complètement envasée… Super le départ, super la mise à l’eau, mais je réussis à ne pas glisser et à ne pas me vautrer dans la fange (quoique les bains de boue, c’est bon pour la peau…). Les roues du chariot imitent à la perfection celle d’un tracteur qui viendrait de labourer un grand champ de terre bien grasse. Je n’ai pourtant pas prévu de faite pousser des salades sur le pont de mon kayak…

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Je salue amicalement les 3 pêcheurs présents qui me demandent jusqu’où je vais aller et m’éloigne de la rive en direction du Pont Carnot…

Il y a un peu de courant, c’est agréable, ni trop ni trop peu. Le Pont Carnot est déjà là, et Fort l’Ecluse suit dans la foulée. Pas le temps de s’ennuyer dans le coin, d’autant plus que le soleil arrive rapidement, même s’il est encore assez tôt.

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Il faut se méfier du vent froid sans cette gorge…? Je n’en n’aurai pas… ou alors très peu, parfois, à certains moments, mais un vent chaud… et dans le dos, histoire de pousser un peu, je ne dis pas non ! C’est loin d’être désagréable.

Les berges marquent clairement le faible niveau du Rhône, il manque de l’eau, bon, c’est le week-end, les besoins en électricité sont moindres, c’est dimanche. Il vaut mieux rester vigilant, car même si avec ce débit le Rhône n’est pas dangereux, malgré tout, quelques petites embâcles trainent par-ci par-là, quelques branches, quelques arbres, mais on les voit de loin, rien ne barre le passage, le Rhône est large. Juste toujours garder un œil sur ce qui se passe devant et sur ce vers quoi on se dirige.

Le viaduc de Longeray arrive rapidement.

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A Arcine, au lieu-dit « le Moulin », la berge est inaccessible, de la vase sur plusieurs mètres. Rapidement, la Tine de Parnant est en vue, un peu avant de passer la passerelle piétonne de Grésin. Les parois sont telles que je les imaginais par rapports aux photos déjà vues. C’est juste le niveau de l’eau qui fait bien défaut. Quelques dizaines de mètres après l’entrée, le niveau d’eau devient peau de chagrin jusqu’à devenir un ruisselet tout maigrelet…de quelques petits centimètres de profondeur, et encore, à peine. Bien, le débarquement devient obligatoire et non négociable semble-t-il! Le terrain est meuble par endroits, mais ce n’est pas vaseux, le sol est même bien dur en grande majorité. J’abandonne le kayak et poursuit… à pieds… une petite randonnée pédestre au cœur du fleuve Rhône, ça change ! L’ambiance est étrange, lumineuse et sombre à la fois, la remontée de la Tine à pieds se fait rapidement, et au dernier moment se fait entendre la cascade du fond de la Tine. Elle donne abondamment de l’eau. Etrange et agréable endroit qui semble coupé du monde. Pourtant, j’ai vu en haut de la Tine des VTTistes, il y a un sentier de randonnée avec un passerelle qui passe juste au-dessus.

Le passage aux Tines de Parnant était vraiment sympa et étrange, cela valait la peine : cet endroit a du charme avec ou sans eau et est donc attirant tout le temps. Peut-être ai-je eu de la chance de ne pas y trouver de vase à l’entrée, ce qui aurait empêché probablement sa remontée à pieds.

Je reprends le cours de ma balade, il est 10h. Quand je vois le chemin déjà parcouru, je me dis que j’avance plus vite que ce à quoi je m’attendais. Il y a un peu de courant qui aide.

La passerelle de Grésin, perdue au milieu de nulle part est déjà là et l’arrivée sur Bellegarde est assez rapide, bien avant 11h, ce qui me laissera le temps d’aller traîner ma pagaie sur une petite portion de la Valserine.

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Bellegarde… Bellegarde… et bien vue sous le soleil, ce n’est pas si moche que tous les commentaires que j’ai pu entendre jusqu’à présent. Oui, il y a mieux, mais la ville au passé très industriel ne s’en sort finalement pas si mal, vue du Rhône du moins.

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Certes, la ville apporte son lot de pollution (un peu de mousse par endroits…) mais le petit bout de Valserine à naviguer est des plus agréable, la gorge est un spectacle pour les yeux avec les vieux bâtiments industriels abandonnées qui lui donne un charme si particulier. Aucun détritus ne bloque l’accès, il faut dire qu’il y a un débit plus que soutenu des 2 déversoirs.

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Les vieux bâtiments de la vielle usine de Chanteau, la biscuiterie. Peut-être enfin une réhabilitation prochaine : http://www.latribunerepublicaine.fr/a-la-une-la-tribune-republicaine/bellegarde-de-nouvelles-perspectives-s-ouvrent-pour-le-ia921b0n193157#

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Demi-tour sur la Valserine…avec une jolie couleur verte

Puis c’est au tour du pont de Bellegarde et du viaduc autoroutier qui, par perspective, semblent enchâssés l’un dans l’autre.

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La descente continue…

Le Rhône s’élargit et pas conséquence devient bien plus doux, calme et moins rapide. Je flemmarde, le temps de passer quelques coups de fils, le temps filoche, et vers 12h30, après avoir passé, comme c’est marqué sur le bâtiment, une « unité de traitement des déchets » (bref, un incinérateur), j’arrive doucement en vue des installations de Génissiat.

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Je n’avance plus bien vite sur le lac de barrage et il faut certainement que je recharge un peu les batteries avec un petit picnic.

L’arrivée à la cale de sortie de Génissiat se fait à 13h, toujours sous le soleil. Hop, le petit chariot prend du service, il sera un élément indispensable pour tous les divers portages qui seront nécessaires, mais pour Génissiat, c’est le gros morceau : 1,6km de portage. Avec le KG, je craignais que cela soit assez casse gueule, n’ayant eu que l’occasion de quelques mini tests. Bien centré et sanglé sur le 3/4 arrière du kayak, la charge est très équilibrée, l’avant du kayak est ainsi délesté, le kayak s’équilibre tout seul sur son centre de gravité et le poids ne se faire que peu ressentir. Du moins, le KG avec le matériel n’est pas pénible à tirer, ça roule même bien !

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Aller… ça roule !

Et puis sur la 1ère partie bitumée, c’est un billard !

Pour info, il existe au niveau du barrage deux points d’eau : un au barrage lui-même, l’autre à l’aire de picnic. Un précédent repérage m’avait fait constater que l’eau était coupée sur ces deux installations. Bien m’en a pris de transporter de l’eau avec moi car aucun réappro n’y est actuellement possible ! Merci la CNR de mettre à disposition ces 2 points d’eau inutiles ! A quoi cela sert-il que ces installations ne soit pas fonctionnelles au mois de mai !

L’entretien semble vraiment laisser à désirer : l’air de pic-nic est sale, des détritus abandonnés par manque de civisme, certes, mais d’autre part aucun entretien ne semble fait par le CNR non plus. L’image n’est pas très valorisante. Triste…

Je picnic et me remets en route vers 14h15 pour continuer le portage (en ayant mis à la poubelle mes détritus et certains autres qui traînaient…)

Deuxième partie du portage de Génissiat (photos juste pour illustrer ce qui attend ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure !)

Le début est une formalité car le chemin est en parfait état (aurait-il été refait ???). Enfin, c’est un chemin empierré qui semble avoir été passé au rouleau compresseur et d’où quasiment aucune pierre ne dépasse. Bref, cela roule très bien.

Et puis au détour d’un grand virage à gauche, le beau chemin s’arrête et devient un petit chemin plus étroit, irrégulier et là, cela roule déjà beaucoup moins bien. Les photos ne rendent pas bien compte du degré de pente qui est très marqué.

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Ca descend fort ! C’est probablement un des rares moments où l’on apprécie d’être en KG avec un poids très contenu, car ça pousse dans la descente. Mais c’est tout à fait faisable bien entendu, cela demande seulement un peu d’attention, surtout sur la deuxième partie du chemin plus dégradée, et sur la toute fin, vraiment mauvaise, vers la mise à l’eau (qui peut s’avérer scabreuse).

On arrive ensuite à une belle petite passerelle, limitée à 300kg (à l’aise… je passe question poids, même avec le bonhomme dessus !  😆 )

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Sur la gauche, on aperçoit le Rhône, qui n’est pas encore là… il faut descendre encore un peu !

Et la dernière partie du chemin est assez mauvaise.

Sur place, le niveau du Rhône est une nouvelle fois très bas. J’étais passé il y a quelques jours et le niveau était alors juste à la hauteur de la grosse pierre équipée d’un anneau d’amarrage. Là, c’est environ 3 mètres plus bas ! Et il y a aussi un peu de vase par-dessus le marché.

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Il y a 3 jeunes pêcheurs supers sympas sur place. L’un me propose de lui-même de m’aider à descendre le kayak sur la première marche pour arriver déjà à voir à quel endroit je pourrais mettre à l’eau. C’est pas aisé, heureusement, le kayak n’est pas lourd !

Ensuite, un deuxième coup de main de leur part : il y a encore 2 mètres pour arriver à l’eau. Je me mets en contrebas, vers l’eau, en faisant attention de ne pas glisser pendant qu’un des pêcheurs me fait glisser le kayak par en haut. Impeccable, ils étaient au top ces 3 jeunes pêcheurs et ils m’ont bien aidé, Seul, cela aurait été vraiment une belle galère. Cela leur aura fait un peu d’animation car la pêche ne semblait pas miraculeuse d’après ce qu’ils me disaient

Avant de partir, à mon tour de partir au secours d’un des 3 pêcheur dont la ligne est coincée dans le Rhône et qu’il n’arrive pas à dégager. Hop, quelques coups de pagaies, quelques manœuvres dans le courant et victoire, je lui débloque ça ligne, équipée d’un magnifique quadruple hameçon. Entraide mutuelle, tout le monde est content, tout le monde est gagnant !

Aller, je repends le cours du Rhône, il est 14h45 quand je recommence à mettre une pagaie dans l’eau.

Après le passage de Génissiat, je retrouve un peu de courant et un mini « seuil » quelques minutes après la mise à l’eau, rien de bien méchant.

C’est fou comme le niveau est bas par endroits ! Je vois le fond… pas très loin… ça passe sans jamais frotter, mais mieux vaut rester plutôt dans la « veine » principale.

Passage du Pont de Pyrimont.

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300m après le pont, je tente une bifurcation sur la droite pour aller voir le Pain de sucre… Ce sera pour une prochaine fois, il n’y a pas assez d’eau, impossible même de seulement commencer à remonter le petit bras d’eau. Je suis stoppé dans mon élan par le fond qui me retiens… Bon, ce sera là encore une occasion de revenir !

Puis viennent les piles de l’ancien pont de Pyrimont dont il ne reste plus grand chose. Enfin, une pile est encore debout, c’est tout. Peu de courant, le passage est tranquille.

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La fatigue dans les bras commence à se faire sentir…

Après Pyrimont, la section navigable est plus large, longe en grande partie la voie ferrée avant d’arriver sur Seyssel.

Cette portion me semble interminable… Et puis le paysage est d’une grande monotonie sur ce long parcours, je m’ennuie, c’est la fin de la journée. Pas grand chose pour réveiller les yeux, pas grand chose pour s’émerveiller. Telle une vache, je regarde les rares trains passer depuis mon kayak.

Et puis parfois le vent se lève un peu, bien entendu, de face et cela n’aide pas.

Enfin, apparaît au fond le barrage de Seyssel, signe que la cale de sortie est proche. 16h45…La cale est à peu près propre, un tout petit peu de vase, mais rien de bien gênant. Aller, c’est reparti pour un nouveau portage de kayak, cette fois ci 865m à faire à pieds, à côté de la voie ferrée. Portage facile et sans encombre, heureusement que la route est peu fréquentée car elle n’est pas large et il est parfois compliqué de se croiser avec une voiture.

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Pour aujourd’hui, les bras en ont assez et demandent un peu de repos. Je n’avais rien planifié pour le soir et le camping de Seyssel, le Nant Matraz tombe à point nommé. Je l’avais repéré sur ma carte, au cas où, et finalement, il sera bien utile. Il suffit juste de remettre le kayak à l’eau, et de traverser la Rhône en diagonale au milieu du courant. La cale est juste devant une entrée du camping, c’est étudié pour on dirait, c’est parfait. Je dérange le moins possible une petite famille de canetons… maman canard n’est pas loin…

L’accueil au camping est plutôt sympathique par une charmante demoiselle. Je m’installe sur un emplacement mi soleil mi ombre. Certes, la route n’est pas bien loin et on l’entend un peu, mais pour une nuit ça ira très bien. Et puis il est idéalement placé au bord du Rhône, sans portage interminable.

La douche est très appréciée. Il fait beau et chaud… Atteint par une flemmingite aigüe, je décide, en accord avec moi-même, de me passer de mon abri ce soir. Ca tombe bien, pas du tout motivé pour le monter.

Ce sera une belle nuit à la belle étoile, camping 1000 étoiles pour la nuit donc.

Pour ce 1er jour : environ 30 kilomètres effectués, je ne pensais pas arriver jusque-là en une journée. Tout se passe bien, c’est parfait. Même pas de galère !

La nuit a été plutôt reposante, même si dormir n’est vraiment pas ce que je sais faire de mieux. Un tout petit peu d’humidité au matin, rien de bien gênant.

6h30 et déjà l’envie de sortir du sac de couchage.

Dans le camping, encore peu de bruit. Il y a quelques cyclotouristes, aucuns kayakistes. Il y a même un cyclotouriste en vélo couché…encore couché…

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Tranquillement, j’avale un petit déjeuner à base de céréales enrichies « maison » avec noix de coco, bananes séchées, raisins, pépites de chocolats. Ca passe bien et ça cale bien le matin.

Hier soir, au moment de sortir de l’eau à 17h30, le courant dans le Rhône était en train de forcir. La cale d’accès au camping présentait tout de même une belle marche pour y accéder. Ce matin, le Rhône est plus haut d’au moins 50cm ou plus, ça débite bien, la cale est en partie sous l’eau. Il y a un courant très fortement marqué.

Aller, je plie bagage, il est 8h00, le temps de mettre le kayak à l’eau. La cale est peu protégée du courant, mieux vaut ne pas laisser le kayak filer. A l’œil, j’évalue la vitesse du courant à 8 ou 10km/h environ, ce n’est qu’estimatif. Peut-être un peu plus en fait…

Mise à l’eau à 8h25 exactement, la reprise du courant se fait sans soucis, et c’est vitesse grand « V » que le Rhône me proposera une visite éclair et expresse de Seyssel en mode « visite de Paris à la japonaise »… Presque pas le temps de s’occuper à prendre des photos, il faut tenir la pagaie et le kayak dans le courant et ses « rouleaux éruptifs » (j’ai trouvé cette image bien évocatrice du phénomène de brassage des eaux du Rhône à certains endroits, c’est comme cela que décrit ce phénomène Serge de Marchi dans un film amateur sur le Rhône de 1947 :  https://www.cinematheque-bretagne.fr/Exploration_Trilogie-Rhodanienne-970-15127-0-0.html .
Un petit film très intéressant et instructif sur le Rhône et les modifications de son cours.

Et effectivement, il faut le maintenir en ligne le kayak au milieu de ces « rouleaux éruptifs » du vieux pont de Seyssel. Enfin, je fais surtout ce que je peux. Et Le kayak, lui, il fait plutôt ce qu’il veut, nuance… ! En fait de tenir la ligne, le résultat est plutôt une prise de courbe marquée et pas prévue du tout : après le passage du pont, les rouleaux sont tellement marqués et inévitables que malgré tous mes soins à batailler pour contrer les flots (vous savez, le gars qui se prend pour Don Quichotte…), le kayak se met à prendre sérieusement la tangente, se met à 45° sans que je n’y puisse rien, et quitte la direction voulue pendant quelques dizaines de mètres. Certes, rien de grave, rien de bien méchant, mais je me dis qu’il n’aurait mieux pas fallu qu’un obstacle quelconque se présente, je n’aurais pas pu faire grand-chose.

C’est là que l’on voit les limites des capacités de navigation d’un Yakkair HP1 : ouais, ce n’est qu’un gonflable avec toute de même un comportement perfectible. Mais il ne faut pas jeter la pierre au kayak, le piètre pagayeur que je suis ne doit pas y être pour rien. Même si je pensais avoir mis quelques bons coups de pagaies, malgré tout, je pense que j’ai plutôt subi le courant. Enfin, ça fait tout bizarre subitement de ne plus rien contrôler dans la trajectoire de son kayak. Mais y’a pas d’mal, c’est l’essentiel.

A peine le temps de me retourner pour immortaliser la vue aval du vieux pont de Seyssel.

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Très rapidement arrive le pont routier à haubans de la route de Paris. Lui aussi défile vite, il y a du courant… je laisse filer le kayak. Après tout, le courant me porte…

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Le courant aidant, le kayak (et le bonhomme dessus) avancent plutôt vite. Les bras apprécient cette remise en route tranquille pour cette seconde journée.

Le Rhône s’élargit et prend ses aises à la confluence avec le Fier, les rives s’éloignent, c’est le calme plat ce matin, quelques branches traînent par ci par là dans le courant. La visite dans le Fier, ce sera pour un autre fois.

Je longe les roselières où ont élu domicile quelques cygnes. Le paysage est calme.

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Et c’est presque sans efforts que j’atteins vers 9h45 le barrage de Motz, après un pagayage plutôt mollasson.

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Et c’est parti pour un petit portage tranquille de seulement 500m pour éviter le barrage, sur une petite portion de route bitumée qui se transforme en un petit chemin très carrossable.

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La mise à l’eau en aval de Motz marque l’entrée dans le vieux Rhône, une portion qui, aux dires de tous, vaut le détour. Et cette portion du Rhône ne faillira pas à sa réputation.

Derrière le barrage, forcément, on retrouve un peu de courant, bien agréable. Le niveau d’eau n’est pas bien élevé malgré tout.

Après une large courbe, le Rhône entame une ligne droite assez quelconque… mais pas pour très longtemps.

Le long de la digue de Picollet, j’avance bien, tranquille. Ce n’est qu’après de longues minutes que je me rends compte d’un bruit qu’au début je n’arrive pas à déterminer (idiot que je suis !) : des travaux dans les alentours ? Une machine industrielle ? Non, non, rien de tout ça. C’est le Rhône, oui, c’est bien lui.

En effet, au loin et se rapprochant, je distingue quelques petites écumes blanches bruyantes. Tiens, c’est marrant, le seuil Tournier et de Lucey ont migré ! Mais non, mais non, restons sérieux, c’est juste le Rhône qui, avec son niveau très bas, franchit un petit seuil facile avec quelques remous. Je vois le fond. Ca passe bien, plutôt mieux à droite d’ailleurs, le Yakkair HP1 se comporte très bien dans ce type de passage, il est très stable.

Quelques temps après, la même chose, un peu plus remuant, cela passe bien aussi, plutôt à droite encore, et cette fois je sens quand même que je frotte un caillou, un léger déséquilibre, rien de plus, encore une fois, le comportement du Yakkair est très serein et sécurisant (au détriment d’une vitesse peu élevée, on ne peut pas tout avoir !).

Le Rhône entame alors une série de courbes et de circonvolutions du plus bel effet avec différents petits bras d’eau qui divisent la veine principale. Le niveau est bas et rend la balade magnifique, très sauvage.

J’en prend plein les yeux, je m’arrête par-ci par-là, sur les blancs de sable, sur les gravières. L’eau est très limpide et claire. Il faut simplement regarder souvent loin devant soi pour repérer à l’avance les bancs de gravier où le niveau d’eau est insuffisant, même si le tirant d’eau d’un Yakkair est très faible et permet de passer presque partout même avec peu d’eau.

Qu’il est agréable de se fondre au milieu des Iles de la Malourdie. Passé 11h du matin, je décide même de m’arrêter sur la rive, un peu en aval du barrage de Chautagne (qui lui est sur le canal du Rhône), dans une grande courbe à gauche. L’envie de laisser un peu filer le temps. Parce que du temps, j’en ai. Et je ne veux pas le gâcher.

En effet, la météo pour le lendemain donne toujours de l’orage pour l’après-midi, et nous avons convenu, avec ma « super taxi-transfert-kayak-service » de nous donner rendez-vous à Chanaz à 16h30. Je n’irai pas jusqu’à Yenne cette fois, il faudra donc revenir (super l’excuse !). Alors autant profiter à fond de la journée.

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Sur une grande étendue de galets, je sors le Yakkair de l’eau. J’ai des doutes quant à l’efficacité du chariot sur ce type de terrain, mais au contraire, ce sera un bon test : et ça roule, pas top, mais ça roule et je peux ainsi rejoindre dans la courbe du Rhône une zone ombragée où je peux donc protéger le kayak du soleil, KG et soleil ne faisant généralement pas bon ménage. J’en profite au passage pour sortir les quelques affaires de bivouac un peu humides du matin et les étendre pour finir de les faire sécher.

Ce n’est que vers 12h30 que je commence le picnic avec le Rhône en panorama XXL et les canards qui s’amusent à faire des concours de descentes dans la veine de courant : à celui qui arrivera le plus vite… On se croirait à la fête foraine avec des canards en bois qui défilent devant les carabines à plombs.

Solel… picnic… séchage des affaires… calme…regarder l’eau passer… regarder le temps passer… et se remettre en route, quand même, il faut y penser, car je ne voudrais quand même pas faire attendre ma charmante taxi-navette-kayak à Chanaz !

Remise en mode « glisse sur l’eau » à 14h15. C’était une pause royale !

Dans ses grandes courbes et ses rétrécissements, le vieux Rhône, aussi vieux soit-il, est encore bien véloce, le bougre. Il est joueur et se laisse facilement naviguer. C’est un régal, et toujours sous un franc soleil. La crème solaire est de rigueur depuis 2 jours d’ailleurs.

Encore une ou deux petites courbes et le voilà qu’il file presque tout droit retrouver son compère canalisé, un peu avant le Pont de la Loi.

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Sur les panneaux, à la jonction, en se retournant, on voit clairement le côté réservé à la navigation fluviale à moteur, et l’autre, le vieux Rhône, réservée aux pratiquant tels que nous.

Les 4 arches du pont de la Loi enjambent majestueusement le Rhône qui vient tout juste de se remarier, quelques centaines de mètres en amont et scelle ainsi leur union. Le courant forcit, ça avance tout seul, le pont arrive vite.

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Le pont ferroviaire de Culoz ne se fait pas attendre non plus, l’atteindre ne demande guère d’efforts avec le courant. Au moment où j’arrive, un train me grille la priorité.

Une petite vue aval du pont ferroviaire de Culoz en passant… il s’éloigne bien vite…

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Le Rhône est devenu très large, et prends mieux son statut de fleuve. Pas de remous, il avance, droit dans ses bottes, enfin, droit dans son lit.

Après 2 jours sur l’eau, je croise enfin le seul et unique bateau de mon périple : la bateau touristique qui fait la navette dans le canal de Savières et sur le Rhône. Je ne peux pas dire que j’ai été beaucoup dérangé par le trafic fluvial.

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Un peu avant la cale à bateau de Savières, le Rhône a pris la consistance d’un lac, il est calme, pas un souffle de vent, l’eau ne présente presque pas de rides.

Comme pour me dire au revoir (et je l’espère à bientôt, « l’invincygne armada » vient me saluer en remontant le courant à faible distance de ma petite embarcation. Ils sont en groupe, en balade. Le spectacle est sympathique juste avant d’arriver à la cale…

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L’arrivée à la cale à bateaux (qui sera aussi ma cale à kayak…) est en vue, juste quelques mètres avant l’écluse du Canal de Savières. Elle marque pour cette fois la fin du petit périple. La suite devra encore attendre un peu.

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Dernière sortie de l’eau, dernier montage du chariot, dernières manœuvres, dernier portage. Et dernier regard sur le Rhône, fidèle compagnon de voyage que j’ai suivi pendant ces deux jours. La terre ferme ne me manquait pas du tout.

Il est 15h30 lorsque je retrouve la terre ferme. Une petite étape de 20 kilomètres aujourd’hui.

Le temps est toujours ensoleillé, quoique certains nuages soient moins sympathiques que d’autres.

Je me trouve un petit coin tranquille : dégonflage, pliage et rangeage  😀 du kayak et des affaires. Un arbre bienvenu m’offre sa protection car quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Pas bien méchant, pas beaucoup, juste un peu, cela fait du bien et rafraîchit à peine l’atmosphère.

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Il est 17h lorsque je vois apparaître mon transport retour. On charge tout dans le coffre en quelques minutes. Il nous faudra une petite heure de route, en roulant très tranquille pour rejoindre l’autre véhicule stationné vers Pont Carnot. Pendant le trajet, nous essuierons quelques bonnes averses. Il était temps de sortir de l’eau !

Peu de (mauvaises) surprises sur cette portion du Haut-Rhône qui a déjà été parcourue plusieurs fois par plusieurs membres du forum. Une interrogation seulement quant à l’absence d’un quelconque aménagement d’une cale, aussi simple et succincte soit-elle, pour la mise à l’eau aval au barrage de Génissiat. Je ne parle pas du chemin d’accès qui, comme me l’a confirmé rake51, a bien été refait (c’est tout récent, cela date du début de l’année) au moins sur 1/3 du portage. La fin du chemin est moyenne tout de même, et la mise à l’eau, suivant le niveau du Rhône, peut s’avérer très hasardeuse (je dirais presque limite dangereuse) et dépourvue du moindre aménagement, si on ne tient pas compte de la présence d’un simple et unique anneau sur une dalle pour amarrer une embarcation. Il me semble qu’il y a là un petit loupé de la CNR, et j’en ignore la raison. Le reste des aménagements reste de bonne qualité (si l’on met de côté l’absence de possibilité de faire de l’eau à Génissiat alors que 2 points d’eau sont présents, mais non fonctionnels lors de mon passage).

Je valide de mon côté la possibilité de partir plusieurs jours en autonomie avec mon Yakkair HP1, pour peu que l’on emporte un matériel optimisé en termes de poids et d’encombrement. Contrairement à un rigide, la capacité d’emport n’est probablement pas énorme, mais le kayak est assez astucieusement équipé et facilement customisable pour trouver la place nécessaire au stockage de plusieurs jours de balade. Je n’ai pas encore utilisé toutes ses ressources et astuces de rangements : la poche interne sous le pont avant était vide par exemple, il me restait aussi de la place sur le pont avant et beaucoup de place sur le pont arrière. La forme en pointe à l’arrière, sous le pont avec les boudins latéraux n’est-elle pas très pratique et demande un peu de faire un puzzle, je n’ai pas encore assez travaillé la question pour trouver la meilleure solution, même si 2 grands sac étanches tiennent très bien. Chose non négligeable, les sacs sont le pont arrière sont bien protégés de l’eau sous la grande toile zippée.

Le chariot : vraiment agréablement surpris. C’est un modèle basique, sans marque, prévu pour transporter une charge de 70kg, charge que je suis bien loin d’atteindre ! Cette sortie a été son baptême. Pour moins de 40€ (je l’avais trouvé en promo à l’époque), il fait très bien le job. Aussi bien sur le bitume, les chemins tortueux, les montées de trottoirs (en faisant attention) que les galets du Rhône et la vase… Pour le Yakkair, il suffit de bien écarter la sangle de manière à ce que le chariot se maintienne bien ouvert, de bien répartir le poids entre l’avant et l’arrière pour trouver au mieux son point d’équilibre, et le portage se fait sans aucune difficulté et presque sans efforts.

Ici le lien pour ceux qui seraient éventuellement intéressés par quelques photos supplémentaires de la balade (j’insère aussi ce lien dans le 1er post) :

https://www.flickr.com/photos/156445105@N04/sets/72157694841472101

Déjà impatient de repartir…

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Samuel BERGER…