[Hors Série] Oléron > À l’assaut du Fort Boyard!

Bonjour à tous!!!

Pas facile de rester enfermé en cette période de confinement.

Si le coeur vous en dis, je vous propose de vous évader à mes côtés au travers d’une des 3 sorties effectuées l’été dernier aux alentours de l’île d’Oléron.

Je vous laisse prendre place à bord de ce premier chapitre :

« À l’assaut du Fort Boyard! »

Bonne lecture!

Lundi 15 Juillet 2019.

Je n’ai seulement que quelques petites heures de sommeil à mon actif. Cramponné au volant de ma voiture, je file à vive allure sur la départementale 126, longeant le chenal de la Perrotine. Malgré le peu de sommeil accumulé, je déborde d’une énergie incroyable qu’il m’est difficile de contenir. J’essaye tant bien que mal d’apaiser les choses en scrutant au loin l’horizon dégagé. Il est traversé d’un léger résiduel nuageux inoffensif, traçant quelques lignes horizontales sur un dégradé jaune orangé éclaboussant ces mêmes nuages d’une note rosâtre. Ces couleurs chaudes commencent d’ailleurs à embrasser une teinte bleutée ambitieuse, prenant petit à petit l’avantage à mesure que le disque de feu encore timide à cette heure, gagne en intensité. Il bombarde au passage de sa lumière bienfaitrice toute cette succession interminable de quadrilatères allongés d’eau salée jouxtant la route jusqu’à perte de vue. Ces marais salants renvoient d’ailleurs cette même lumière à la manière d’un champ de panneaux solaires aux tons miroirs. L’environnement étincelant qui m’entoure m’offre un spectacle magique et saisissant. Au travers de mes lunettes de soleil qui apportent une teinte orangée, je me retrouve plongé dans un univers doré aux éclats scintillants de mille feux dans une ambiance californienne.

Je laisse sur ma droite le chenal de la Perrotine contournant sur la gauche Boyardville, petit hameau de la commune de St Georges d’Oléron pour rejoindre le parking du centre sportif départemental. Je quitte alors la route des Saumonards, grignotant les 150 derniers mètres d’une allée bordée de part et d’autre d’une végétation dense mélangeant pins, chênes verts etc…, pour apercevoir enfin le terminus.

La route s’ouvre alors sur une impasse beaucoup plus éclairée que l’allée la précédant. L’asphalte maculée de fines couches sableuses m’indique malgré elle que la plage et l’océan ne sont plus très loin.

J’attends maintenant Christophe, mon hôte qui va me servir de guide avec son ami Laurent pour cette journée prometteuse.

Mon coeur bouillonne d’impatience.

Je me remémore les premières recherches effectuées sur la toile quelques années auparavant, et mes premiers coups de pagaie. Je venais à l’époque de me séparer de mon tout premier kayak: Le BIC Ouassou.

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Mon tout premier kayak: Le « Bic Ouassou »

Un bateau parfait pour « goûter » aux joies de la navigation mais qui montrera vite ses limites en seulement quelques mois pour ne pas dire quelques semaines. J’avais acquis dans la foulée un superbe Sit-On-Top:

Le RTM Disco.

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RTM Disco

Un bateau fin et épuré dont la coque rappelle celle des kayaks de mer pontés. Idéal pour progresser en toute sécurité et engager de plus grosses sorties.

Rapidement, je décide de m’inscrire sur les premiers forums dans l’espoir de trouver d’autres adeptes. Après quelques recherches infructueuses sur « http://www.kayakdemer.eu », je sympathise malgré tout avec un utilisateur, propriétaire également d’un Disco:

Christophe

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Christophe & son DISCO « Curiosity »

Très vite, ce bateau magique agira comme un ciment, liant notre complicité sans failles au travers de discussions passionnantes autour de ce kayak, mais également sur notre attrait commun à la réalisation de montages vidéos.

Originaire de Charente Maritime, il vit la plus part du temps en région Parisienne pour son travail, mais profite des week-ends à rallonge et des congés annuels pour rejoindre sa terre natale afin de se ressourcer sur son Disco, navigant sur l’océan et les quelques étendues d’eau aux alentours.

Il gère le blog:

http://curiosity.kayak.blog.free.fr/

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Une mine d’or d’informations sur son fidèle destrier qu’il place régulièrement sur un piédestal, mais également un outil touristique incontournable pour tout kayakiste désireux d’aller naviguer dans l’estuaire de la Gironde, celui de la Seudre, et les quelques îles aux alentours comme , et Oléron.

C’est sur cette dernière, au parking du centre sportif de Boyardville que je termine la manœuvre de mon véhicule, juste avant de commencer à décharger mon matériel.

J’amorce à l’aide de mes pouces une pression franche sur les boucles des sangles, libérant ainsi mon kayak.

Les lieux à cette heure sont encore déserts, seulement 5 à 6 voitures stationnées. Une légère brise compose ses propres notes musicales au travers du feuillage nous entourant. Les chants des mouettes, goélands et autres laridés accompagnent ce fond sonore, nous invitant expressément à rejoindre l’étendue d’eau infinie qui nous attend.

Un crépitement sableux se fait entendre au loin.

Je me redresse, et j’aperçois enfin Christophe à bord de sa Toyota Starlet couleur sable venant tout droit des années 90, sur laquelle trône fièrement son RTM Disco sanglé avec soin.

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Après plusieurs années de correspondance pendant lesquelles, seules les touches de nos claviers respectifs, déroulant une quantité innombrable de messages postés via le forum, maintenaient ce lien entre nous, je savoure enfin, avec un brin d’excitation, cette rencontre tant attendue.

Nous engageons l’un comme l’autre une poignée de main amicale au travers de laquelle, nous prenons pleinement conscience de cet instant magique et fraternel que toutes ces années d’attente ont fait germer.

Habitué à préparer mes affaires en un temps record, j’observe mon homologue Charentais organiser de façon méticuleuse son matériel de navigation, soucieux de ne rien laisser au hasard, il fait malgré lui la promotion de cet adage connu de tous : « Une place à chaque chose, et chaque chose à sa place. »

Tel un paparazzi il déploie tout un arsenal de caméras étanches dont il prendra un temps infini à mettre en place, ajustant le moindre support avec la plus grande précision, me faisant involontairement trépigner d’impatience.

Caresser les flots de l’océan est une chose qui se mérite. La marée basse à cette heure, aura pour effet d’augmenter considérablement la distance pour rejoindre l’eau. Malgré la présence de nos chariots de portage, nous ne serons pas trop de 2 pour acheminer nos embarcations. Les roues de ces mêmes chariots sont comme avalées dans un sable fin prêt à utiliser tous les stratagèmes et moyens nécessaires pour nous retenir. La situation que nous sommes en train de vivre pourrait presque s’apparenter à ce fameux rêve dans lequel on essaie vainement de courir, mais que nos jambes ne suivent pas, un peu comme si tout à coup, elles se mettaient à peser une tonne chacune.

Après un bon quart d’heure d’efforts surhumains pour venir à bout de 300 mètres seulement, nous sommes enfin au sommet de la dune. Au loin, nous apercevons une rangée de plusieurs catamarans échoués sur la plage, elle même délaissée par la marée.

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Sur la dune après de nombreux efforts!!!

Un petit tracteur du club de voile, dans un ballet de va-et-vient, achemine chaque embarcation au large, permettant ainsi aux heureux stagiaires de s’économiser du moindre effort. On se regarde tristement avec Christophe et nos pauvres chariots criant de douleur, observant avec envie et frustration ces petits veinards.

Ce sera sur un sable humide dessiné de stries ondulées que nous parcourrons les derniers mètres. On relâche nos poignées de portage, et je ressens l’afflux sanguin irriguer à nouveau le réseau veineux de mes phalanges libérées. L’étrave de mon kayak retombe sur le sol, caressée désormais par les premières vaguelettes. Mais ces dernières jouent encore avec notre patience en s’éloignant. La marée descendante n’a pas tout à fait fini son cycle.

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Plus que quelques mètres avant de rejoindre l’eau…

Bref, inutile de continuer avec nos chariots. Nous replions ces derniers, préférant traîner nos bateaux jusqu’à cette eau salée bienfaitrice. A son contact, les efforts herculéens qu’il nous fallait fournir au préalable, se métamorphosent désormais en petites poussées délicates exécutées d’une seule main, permettant aux kayaks de glisser enfin.

Même dans une euphorie la plus totale à l’affût de chaque sortie, j’ai toujours pris le temps d’apprécier cet instant magique à la limite d’un rituel, pendant lequel, mes jambes pénètrent à l’intérieur de l’hiloire. Mes orteils, au travers de mes chaussons néoprène, cherchent à l’aveugle les cales pieds montés sur glissières. A leur contact, j’effectue cet appui qui viendra tendre les câbles latéraux pilotant le gouvernail, pendant que le bas de mon dos épousera définitivement le dossier. J’amorce l’arrière de ma jupe sous la gorge de l’hiloire, pour ensuite enchaîner avec une poussée ferme et franche de cette même jupe vers l’avant en clipsant l’opposé. Viendra ensuite les deux dernières petites tensions latérales qui scelleront non seulement la totalité de la jupe sur l’hiloire, mais également le lien qui nous unis moi et mon destrier océanique. Je saisi avec délicatesse l’une des pales effilées de ma pagaie bois traditionnelle pour recentrer cette dernière et caler mes deux mains à la naissance de ces mêmes pales. Je ressens pendant le mouvement les quelques effluves d’huile de lin utilisée pour nourrir et entretenir le cèdre rouge, composant principal de cet outil de propulsion ancestral. Ils se lient dans une osmose parfaite aux parfum des embruns marins caressant par la même occasion mon visage.

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Derniers préparatifs © Christophe BONNIN

Christophe en selle également, empoigne sa VHF et lance un appel sur le canal commun que nous partageons avec Laurent pour lui signaler notre présence. Pas de réponse.

Connaissant suffisamment son compère et ses habitudes, il m’invite à mettre le cap sur la pointe du chenal de la Perrotine.

A son embouchure, nous apercevons au loin un kayak ressemblant à un Ysak couleur gris storm échoué sur une plage bordée de quelques tapis d’algues déposés par la marée.

Derrière lui trône fièrement un amas de blocs rocheux, matérialisant la digue séparant le chenal de la plage. La marée encore sur la descendante imprimera son passage sur cette digue au travers d’un dégradé gris pierre du sommet, pour s’étendre à son embase d’un vert couleur algue.

Juste derrière le kayak, son propriétaire, ajustant son camel-bag sur son gilet à l’aide d’un filet de fixation fait maison, lève la tête en notre direction.

– Salut les gars!

Je lui renvoie la politesse, heureux de pouvoir faire également sa connaissance et mettre enfin un visage derrière ce pseudo énigmatique: « NGI17390 » dont l’étymologie m’est pour l’instant inconnue.

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Laurent à la sortie du chenal de la Perrotine © Christophe BONNIN

Une fois en piste, nous abordons la première étape de cette balade nautique, et mettons le cap sur le Fort Boyard. Il nous faudra avaler un peu plus de 3km avant de pouvoir prendre l’assaut de cet édifice que je convoitais du haut de mes 10 ans. Epoque qui remonte à presque 30 ans en arrière, lorsque Patrice LAFFONT allait, sans le savoir, vivre l’apothéose de sa carrière de présentateur en animant ce jeu télévisé. Une émission devenue incontournable traversant plusieurs générations, et qui perdure encore à l’heure où j’écris ces quelques lignes.

J’impose sans le savoir un rythme soutenu au groupe, pagayant inlassablement avec une frénésie certaine. Décidé à rattraper tout ce temps perdu depuis ces années 90. L’étrave telle une lame aiguisée fendra chaque petite vaguelette que maître Éole, dans un réveil paresseux, s’amuse à projeter contre nous. Ce qui s’apparente à un petit rocher au loin, grandit à mesure de notre progression. Les contours arrondis du monument se dessinent au fil des quelques centaines de mètres avalés et j’aperçois maintenant la face sud du Fort et sa tour de vigie. J’entendrais presque cette voix charismatique, caverneuse et remplie de sagesse du Père Fouras énonçant sa fameuse énigme, résonner dans ma tête.

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Cap sur Fort Boyard !!!

Une certaine appréhension viendra provisoirement faire de l’ombre à cette excitation de voir et de contempler de près ce lieu médiatique. Selon les dires de mes compères, lors des journées de tournage, une vedette rôde régulièrement autour de l’édifice tel un Cerbère s’appropriant jalousement les lieux et dissuadant tout intrus de pénétrer au-delà d’une certaine distance.

Nous tentons alors une approche furtive, nous préparant dans l’éventualité à faire usage de cet argument imparable de la personne naïve et ignorante ne connaissant pas les lieux, et armé d’une politesse sans failles dans l’espoir de minimiser au mieux les risques de sanctions verbales ou autres.

Les quelques petites vaguelettes rencontrées au départ se métamorphosent désormais en légères ondulations à mesure que nous approchons du Fort.

Sa face Ouest attire immédiatement mon attention. J’aperçois une plateforme montée sur quatre pylônes d’un noir intense excepté sur leurs embases, recouvertes d’un léger dégradé blanc sel venant maculer leurs parties immergées au rythme des marées. Une passerelle métallique renvoyant les reflets aveuglants d’un soleil presque au zénith relie ce monstre moderne à quatre pattes à ce monument historique datant des années 1800. Il s’en résulte une cassure esthétique entre ces deux époques faisant tâche d’huile, et fracassant par la même occasion tous mes espoirs de pouvoir observer quelque chose d’authentique.

Arrivés au Fort !!!© Christophe BONNIN

Christophe & Laurent avaient quant à eux anticipé ma réaction.

La production se garde bien de filmer cette plateforme pourtant essentielle au bon déroulement de l’émission, préférant mettre en valeur la face opposée du fort, beaucoup plus esthétique pour nous autres téléspectateurs. Les premières secondes à la vue de cette supercherie sont difficiles à encaisser, mais rapidement, je me laisse envahir par l’immensité de ce mastodonte et cette proximité incroyable qui me tient en respect.

A son embase, une ceinture haute de plusieurs mètres couleur vase, mouchetée de coquilles d’huitres, témoigne des caprices de la marée sur ses plus forts coefficients.

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© Christophe BONNIN

Mes hôtes, par habitude n’ont plus la même vision, préférant relayer ce fort à un simple rocher. Malgré tout, je ressens en eux cette joie perpétuelle qui les animent de pouvoir partager avec leurs congénères venus de contrées lointaines, leur patrimoine touristique.

La traditionnelle séance photo incontournable commence. Je jubile comme un gamin franchissant pour la première fois le seuil d’entrée d’un grand parc d’attraction connu de tous.

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Nous partageons l’affiche aux côtés d’un catamaran titanesque, proposant diverses croisières à la voile. Les quelques touristes à bord, profitent tout comme moi de ce spectacle saisissant.

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Sous l’écrasante chaleur d’un soleil désormais à son apogée, nous mettons maintenant le cap en direction de l’île d’Aix pour notre petite pause repas.

Vue de la carte, sa forme pourrait s’apparenter à celle d’un croissant. Est-ce le rapprochement visuel entre cette île et la viennoiserie traditionnelle ? Mais toujours est il que mon estomac, malgré un petit déjeuner bien chargé, commence à crier famine. A peine le Fort délaissé de quelques centaines de mètres que nous apercevons rapidement la « plage du Tridoux », appelée également « Grande Plage ». D’autant plus grande que la marée à cette heure, vient de finir son cycle pour embrayer sur le suivant, laissant pour le moment une énorme étendue de sable sur laquelle viendra s’échouer nos étraves. Nous traînons nos kayaks sur quelques mètres, le temps de nous restaurer sans que nos frêles esquifs ne soient emportés par les eaux montantes.

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 Île d’Aix: Arrivés sur la plage du Tridoux © Christophe BONNIN

La vue sur le Fort depuis la plage est tout simplement magique. Alternance entre diverses teintes bleutées propres à la profondeur de l’eau sur des tons azurs mélangés à quelques reflets céruléens projetés de façon linéaire au gré des horizons, derrière lesquelles trône le Fort avec en arrière-plan une longue bande de sable bordant l’île d’Oléron de Boyardville à St Denis d’Oléron reflétant les éclats scintillants qu’Hélios projette abondamment.

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Vue sur le Fort & l’île d’Oléron © Christophe BONNIN

Mon expérience de marin d’eau douce commence à se faire ressentir. Pendant que je me prélasse sur la plage, m’abandonnant complètement à la digestion d’un repas bien mérité, mes deux compères quant à eux, scrutent régulièrement depuis ce matin leur montre et leur GPS. C’est un réflexe dont je suis totalement dépourvu. La navigation sur l’océan, contrairement aux lacs de ma région, nécessite une certaine vigilance concernant l’évolution de la marée, et ce, afin de ne pas se retrouver en difficultés face à des courants importants, ou de nous échouer sur des parcs à huitres si nous venions par mégarde de louper le créneau horaire de navigation.

Bref, vous l’aurez compris, inutile de jouer aux phoques paresseux, soucieux de se faire dorer la pilule sous ce soleil pourtant généreux. On remballe le matériel, clipsant les trappes étanches et reprenons notre odyssée.

Nous contournerons l’île sur sa face Ouest pour rejoindre sa partie Nord. Quelques petites vaguelettes nous ballottent, mais ne perturbent en rien notre navigation.

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Plage des « Sables d’Or » © Christophe BONNIN

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Coincée au creux des récifs bordant la face Nord, la petite plage des « Sables d’Or » de part son nom, affiche non seulement une belle pellicule sableuse aux tons précieux, mais également une végétation garnie de pins, arbousiers et autres éléments de la gent végétale qui me feraient presque croire que nous nous sommes échoués sur une plage de la méditerranée. Toujours dans un souci d’être en parfaite adéquation avec les caprices de la marée, nous délaisserons prématurément cet endroit magique au profit d’une nouvelle destination :

L’île Madame.

Avant d’avaler de nouveaux milles nautiques, je me retourne une dernière fois vers l’île d’Aix, contemplant la pointe de Coudepont, symbole d’un au revoir furtif. Cette mécanique effrénée entre les rouages du temps qui passe me laisse un léger goût amer d’inachevé quant à la contemplation et l’exploration de ces lieux. Je me console, en me promettant un jour d’y retourner.

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Christophe & Laurent devant la Pointe de Coudepont

Face à nous, une masse sombre pointe le bout de son nez. Christophe et Laurent ont choisi volontairement d’inclure cet édifice sur notre route. Construit après la bataille de l’île d’Aix afin de protéger l’arsenal de Rochefort, le Fort Enet, beaucoup plus discret que son cousin « Boyard » viendra agrémenter notre randonnée nautique. La hauteur d’eau augmentant au fil des heures nous permettra de franchir aisément la passe d’accès immergée, serpentant depuis la pointe de la Fumée. Cette piste de 1,6km permet aux visiteurs à marée basse, d’accéder à pieds à ce site classé depuis le continent.

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Christophe devant le Fort Enet
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Fort Enet © Christophe BONNIN

Propulsés comme jamais par les courants de marée, l’île que l’on convoitait s’approchera avec des vitesses frôlant les 10 km/h. Ce sera sur une plage de galets en osmose avec un résiduel sableux derrière laquelle trône une digue protectrice, et toujours sous un soleil de plomb, que nous foulerons quelques mètres carrés de l’île. Le temps pour moi de sortir mon réchaud et de porter quelques centilitres d’eau à ébullition pour offrir généreusement à mes hôtes un bon café soluble avant la dernière partie de cette journée.

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Christophe à bord de Curiosity avec vue sur l’île Madame © Christophe BONNIN
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Débarquement sur l’île Madame © Christophe BONNIN
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Votre serviteur © Christophe BONNIN

Les yeux rivés vers l’Ouest, nous contemplons l’île d’Oléron. Elle peine par sa distance éloignée à se dessiner sous ce fond uniforme d’un bleu tropical et ces autres teintes océaniques.

Nous voilà face à notre dernière ligne droite pour rallier la pointe du chenal de la Perrotine. Impossible pour l’instant à cette distance avoisinant les 10km d’apercevoir ce chenal. On s’en remet à nos GPS pour tenir le cap, et surtout à notre mental pour affronter les éléments qui semblent prendre forme au large.

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GPS & matériel embarqué de Christophe © Christophe BONNIN

Le plateau des Palles, incontournable pour la pêche à pieds s’étend sur les deux premiers kilomètres. Un numéro de haute voltige illustré par des Sternes Pierregarin viendra fendre le ciel. Plusieurs flèches blanches propres à ces hirondelles des mers se propagent de façon anarchique avec des vitesses incroyables mêlées à ce fameux « kirri…kirri…kirri » reconnaissable parmi tant d’autres. D’autres laridés tentent également de se faire une place dans ce brouhaha anarchique.

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Le Plateau des Palles © Christophe BONNIN

Rien ne semble, pour l’instant freiner notre progression. Nous glissons sur l’eau avec une aisance certaine avec dans l’espoir d’atteindre rapidement Oléron.

Les cris stridents de nos amis à plumes commencent à s’atténuer au rythme de nos coups de pagaie. Devant moi, j’observe cette étendue d’eau qui semble présenter au loin de légers picotements de surface. Nous ne sommes pas encore dans la zone concernée, mais cela ne semble présager rien de bon. On poursuit sur notre lancée, bien décidés à boucler la boucle. Nos étraves continuent inlassablement de fendre la surface de l’eau jusqu’à cet instant précis où nous pénétrons dans le secteur tant redouté.

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Laurent devant le plateau des Palles © Christophe BONNIN

Un flux d’air imposant se dresse face à nous, se plaquant violemment contre mon visage. Surpris aux premiers abords, je passe la deuxième, et garde le rythme avec arrogance face aux éléments qui semblent vouloir me provoquer. Mais Éole ne souhaite pas en rester là et impose sa volonté. Il nous expédie d’autres sbires qui manquent de peu d’arracher de mes mains ma pagaie. J’appuie fermement sur cette dernière, à la manière d’un sceptre transperçant les eaux tumultueuses, voulant moi aussi le contraindre à me laisser avancer dans ce rapport de force. Il réplique de plus belle en soulevant maintenant les premières vagues qui viendront non seulement se fracasser sur le pont du kayak mais également sur mon visage. Ce fourbe se joue de nous. Je perçois presque son rire narquois au travers de ses sifflements venteux mélangés aux embruns. Sa force tend à me faire dévier de ma trajectoire. Je redresse mon embarcation, les pieds et genoux enfoncés sur les cales, amorçant des hanches un mouvement violent de la gîte accompagné d’un geste circulaire de ma pagaie pour aligner de nouveau la pointe avant face à notre destinée. Il enchaîne maintenant avec d’autres vagues plus imposantes venant de travers, frappant sans répit les flancs du kayak. C’est un véritable combat épique qui s’engage sur cette dernière traversée. Il ne manquerait plus qu’un « Don’t Think Now is the Best Time » d’un Hans Zimmer survolté pour enrober cette ambiance à la sauce « David contre Goliath ». Je tourne la tête, cherchant du regard Christophe et Laurent qui avancent eux aussi avec la même frénésie, couchés sur l’avant de leurs navires en opposant le moins de résistance possible face aux caprices éoliens qui nous entourent. Leurs visages ne laissant transparaître aucune inquiétude, j’en déduis que la situation est encore sous contrôle, et me focalise à nouveau sur notre objectif commun. J’occulte également tous les repères visuels aux alentours, à commencer par le Fort Boyard au loin, toujours immobile, témoignant de la lenteur de notre progression, afin de préserver mon moral.

Dans les vagues contre les vents © Christophe BONNIN

Pour ne rien arranger, nous essuyons les agressions solaires du disque de feu amorçant son déclin, projetant à la hauteur de notre regard, ses rayons aveuglants. S’ajoute à cette vision brûlante, la force et les courants de marée que nous subissons de plein fouet, bien décidés à nous barrer la route. Dans ce tumulte, je décide d’abattre ma dernière carte et empoigne fermement la corde dédiée, orchestrant un fort mouvement de traction qui viendra déployer mon gouvernail. Il m’économisera le peu d’énergie qu’il me reste pour venir à bout de ce combat titanesque qui aura duré pas moins de deux heures et demie pour effectuer seulement 8 km.

© Christophe BONNIN

A l’issue de cette lutte acharnée, nous apercevons enfin cette étendue de sable salvatrice, matérialisant la plage de Boyardville à proximité du chenal de la Perrotine. Déserte ce matin lors de notre départ, elle est désormais noire de monde. Le rythme intense de notre mouvement de pagaie exécuté de façon mécanique au risque de faire surchauffer la machine, laissera place à un relâchement total des muscles sollicités. La pagaie posée à l’horizontale sur le pont, je me laisse dériver avec légèreté, cambré à l’arrière du kayak, étirant tout le haut de mon corps, en orchestrant une profonde inspiration, les avant-bras immergés dans l’eau salée. Epuisé comme jamais, j’exulte intérieurement. Fier d’avoir non seulement réalisé mon rêve de gosse à la vue du Fort, mais également d’avoir tout donné dans la douleur, repoussant une fois de plus mes limites.

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Enfin arrivés !!! © Christophe BONNIN

Nous raccompagnons Laurent à la pointe du chenal de la Perrotine. Avant de nous séparer, je remercie chaleureusement mes deux compères pour leur accueil, la découverte de leur patrimoine nautique et cette superbe séance cardio de fin de parcours qui va me laisser, au travers des crampes à venir, de superbes souvenirs !!!

Merci à vous d’avoir pris le temps de lire ces quelques lignes. En récompense je vous propose un superbe montage vidéo de notre ami Christophe résumant cette superbe journée.
Bon visionnage

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CORNETTO Yves

 

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Chapitre II: Le Pertuis de Maumusson

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