Destination Lyon Kayak: Etape 2

Faire étape à Port de Groslée, c’est comme flirter avec un silence et une tranquillité permanente. Exception faite cette nuit où les chiens du voisinage n’ont pas arrêté d’aboyer sans but précis.

Réveil à 6h30. On ressent brutalement le changement de saison, non pas à cause de la température ambiante, mais plutôt de la luminosité. Il fait nuit noir. Les éclairages publics rayonnent encore sur la ViaRhôna. Ce ballet de lueurs nous guidera jusqu’au ponton d’embarcation.

Je m’engage en premier afin de libérer rapidement l’accès à mes compagnons. L’espace n’est pas très large et la taille de nos kayaks n’arrange rien.

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Nous sommes face au pont suspendu. Une fine nappe de brume flotte légèrement au dessus de l’eau. Tout est calme… Comme figé dans le temps. La surface du fleuve est lisse… On se croirait presque sur un lac. Même le courant est quasi inexistant.

Quelques étirements avant d’aborder cette nouvelles étape et nous voilà lancés.

Nos trois étraves fendent ce miroir d’eau d’une perfection absolue. Nous profitons de ces derniers instants de silence.

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Devant nous, le défilé de Malarage. Très symbolique à nos yeux, ce sont les dernières gorges que nous offre le Rhône avant Lyon et la Mer. On parle souvent du Haut Rhône qui s’étend de Genève à la confluence avec la Saône à Lyon, mais j’aurai presque tendance à penser que le Haut Rhône ne va pas plus loin que ce défilé.

La largeur du fleuve n’excède pas 30 mètres. Deux falaises abruptes se dressent devant nos yeux pour nous ouvrir les portes d’un nouveau Rhône.

Un Rhône qui commence sa mutation. Une mutation que l’on doit principalement à notre empreinte humaine.

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La centrale SuperPhénix située juste derrière le défilé ne manquera pas de nous le rappeler.

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Les débats actuels sur le nucléaire vont bon train. Chacun en dira du bien ou du mal, mais qu’importe. On ne peut rester indifférent lorsque l’on passe devant cet immense édifice. D’une prédominance jaune feu, couleurs propres à cette créature mythologique dont la particularité est de renaître de ses cendres, on comprend vite que même à l’arrêt, le risque existe. Ces mêmes couleurs qui se reflètent au bord de l’eau, se mélangent harmonieusement avec les premiers rayons matinaux. Une aubaine pour quelques photos.

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J’avais quelques appréhensions quand à notre rythme. Nous avions fait une belle étape la veille, et bien souvent, le revers de la médaille se traduit par de grosses courbatures, voir une longue récupération le lendemain.

Mais il n’en est rien. Bien au contraire, nous avançons avec la même vitesse de croisière que la veille voir davantage.

Une aide précieuse qui aura raison des 7 Km séparant Creys Malville à Montalieu.

Je commence à avoir mes propres repères…

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Une fois le pont de Serrières de Briord franchi, des bruits sourds et lointains se font entendre, nous rappelons que le Rhône s’industrialise petit à petit. A notre approche une installation complexe rive gauche prends le dessus sur la végétation au premier plan. La cimenterie Vicat tourne sans interruption.

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Même constat que Superphénix. Très imposante par sa taille, elle n’en reste pas moins impressionnante à contempler.
Nous continuons malgré tout notre chemin en direction de la base de loisirs “La Vallée Bleue”.

Nous retrouvons un environnement un peu plus calme. L’ambiance sonore de la cimenterie s’estompe à mesure que nous avançons.
Quelques pêcheurs en barque tentent leur chance munis d’une, deux, trois cannes, voir davantage.
Sur la rive droite, j’aperçois le “Camping du Point Vert”, symbole de notre deuxième nuit passée en ces lieux lors de notre première descente Seyssel Lyon réalisée en 2015.

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On ne s’attarde pas et préférons continuer sur notre lancée. Mais cet entrain sera vite stoppé par les appels d’un homme, toujours sur la rive droite juste après le camping. On le regarde sans trop lui prêter attention, pensant ne pas être concernés par ses signes. Mais à y regarder de plus près, pas de doute. Son regard porte en notre direction. Nous faisons demi tour, la pointe avant de nos kayaks face à cet homme, avant de s’échouer sur une plage de sable, derrière laquelle se dresse la base du club nautique Serrièrois.

Marc, notre hôte, nous offre généreusement un bon café. Notre sport, peu médiatisé, et de plus peu pratiqué sur le Rhône, génère un élan de solidarité entre kayakistes. Sous un petit chapiteau, à touillier notre breuvage, une discussion passionnante s’engage entre nous. Echange de nos coordonnées, projets divers et variés. Il participe lui aussi à la Lyon Kayak.

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Mais il va falloir s’y remettre… En plus d’avoir un timing à respecter, notre ami Rikou à un impératif et doit rejoindre Lyon dans la soirée.
On se laisse sur un « Au revoir » en se promettant de se retrouver dimanche à la course.

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Rapidement, le barrage de Sault Brénaz. Un portage des plus simples. La mise à l’eau ne laisse personne indifférent car elle se fait à l’intérieur même d’une ancienne écluse. Un couloir immense s’élève. Les murs de part et d’autre, d’une hauteur impressionnante nous indiquent la direction à prendre. Derrière le mur de droite résonne le grondement du seuil de Sault Brénaz.

On ne manquera pas d’aller rendre visite à ce même seuil une fois sortis de l’écluse.

Quelques bruits autres que ceux générés par le seuil s’invitent… Bips de recul, extraction, concassage, criblage… Pas de doutes, nous sommes juste à proximité de la carrière de Sault Brénaz.

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Encore 5 km avant de franchir le pont de Lagnieu. Il représente un changement radical du fleuve. Quelques petits ruissellements commencent à se faire sentir en amont de ce pont. Le dénivellement s’accentue, créant par la même occasion de petites accélérations nous permettant de s’économiser un peu sur notre rythme et de se laisser porter avec flemmardise sur ce courant généreux avant de faire notre pause repas sur une petite plage de galets.

J’en profite pour passer un coup de fil à notre hôte de ce soir. En effet, Yannick Véricel, moniteur diplômé d’état et gérant des sites http://www.randovive.com et www.lyonurbankayak.com avec qui j’ai fait connaissance lors de notre préparation du périple Genève – Saintes Maries de la Mer s’est proposé de nous rejoindre à notre bivouac et nous offrir le repas.

Pas de temps à perdre. On se remet à l’eau. Nos kayaks sont comme arrachés à la rive par les courants importants.
Une aubaine! Nous allons pouvoir digérer notre repas guidés par les flots du Rhône sans forcer sur la pagaie.

Mais c’était sans compter sur la météo changeante de ce milieu de journée.

En effet…

Un vent de sud surgit brusquement accompagné de nuages sombres et menaçants. Une toile aux tons de gris se dessine désormais devant nos yeux. Cet arrière plan de mauvaise augure viendra accueillir dans ce tableau un nouveau sujet principal:

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La centrale nucléaire du Bugey.

Elle en impose davantage que Superphénix et nous tient en respect, face à ses immenses cheminées qui trônent rive droite. Nous comprenons vite à la vue de ce colosse  que nous ne sommes pas de taille, et qu’en cas d’accident nucléaire, le souffle de l’explosion aurait raison de nous bien avant les températures proches d’une supernova.

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A propos de souffle, nous peinons de plus en plus, et ce, malgré la force du courant, à avancer. Le vent se renforce et gagne en puissance. Comme la faune présente en ces lieux, nous nous abritons sous les branchages au plus proches de la rive, profitant de leur protection naturelle pour s’économiser du moindre effort.

Péniblement, nous rallions Loyettes, reconnaissable à ses deux arches métalliques de son pont traversant le Rhône. Une ombre se faufile sous les kayaks de Lionel et Rikou. “Un silure” rétorque ce dernier. Sa taille est estimée aux alentours d’un 1,20m.

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A la sortie, nous retrouvons à nouveau quelques petits rapides générés par le fleuve qui nous seront d’une aide précieuse.

Des grondements se font ressentir au loin. Pas de doutes, nous approchons de la confluence avec la rivière d’Ain. En laissant mes mains caresser le mélange de ces deux cours d’eau, je m’aperçois rapidement du changement brutal de la température.

Les eaux de cette rivière, en plus d’être fraîches, génèrent un courant incroyable qui viendra s’additionner à celui du Rhône et nous permettre ainsi de réaliser notre meilleure performance en terme de vitesse de la journée.

Au loin, nous apercevons deux kayakistes remontant le Rhône dans notre direction. Un kayak rouge fuselé et un kayak de mer semblable aux nôtres. On intensifie le rythme afin de satisfaire notre curiosité. Un visage nous est familier, il s’agit de Ludo accompagné d’un ami à lui: Jean Michel. Ils nous suivaient sur internet depuis deux jours via notre tracker GPS et avaient décidé de nous rejoindre. Cette attention nous touche profondément, et nous décidons de partager le reste de notre parcours jusqu’à la fin toute proche.

Le barrage de Jons.

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Il se diffère des autres ouvrages du fleuve par sa tour carrée reconnaissable de loin.
A la vue de cet édifice, cette architecture particulière annonce notre arrivée aux portes de Lyon. Le fleuve change également pour s’industrialiser davantage, et plus particulièrement sur le canal de Jonage que nous laisserons de côté afin de privilégier celui de Miribel plus agréable à parcourir.

Ce barrage marquera également notre fin d’étape. Du moins pour Lionel et moi même.

Rikou, quand à lui doit continuer sa route en direction de Lyon et ensuite remonter la Saône. Il lui en reste encore un bon morceau.

Devant tant de kilomètres avalés, certains de mes proches me posent régulièrement la même question:

“Tu dois avoir mal aux bras après tous ces km parcourus! Ils vont être musclés à force de pagayer!”

Désolé de vous décevoir et de casser le mythe du kayakiste bâtit sur le haut du corps d’une musculature laissant entrevoir biceps, épaules imposantes et torse en “V”. Digne des plus belles couvertures de magazines de culturisme. Le relief de cette masse musculaire reflétant (de part un bronzage hollywoodien) à la perfection la lumière ambiante, sous peine d’en aveugler de plaisir la gent féminine jusqu’à les faire fondre….. …. .. bref, je m’égare un peu.

La réalité est tout autre, et si il y a bien une partie du corps à laquelle, nous autres, kayakistes de randonnée avons mal, c’est aux fesses, pour ne pas prononcer un autre mot plus familier (et faire entorse au récit que je me donne tant de mal à rédiger), tellement la douleur ressentie est intenable après tant de temps assis dans l’hiloire.

L’expression “En avoir plein le c…..” n’a jamais pris autant de sens ce jour là.

Pour ne pas arranger les choses, la rampe de débarquement (bien que très bien annoncée au travers d’une signalétique récente et en excellent état) ressemble à tout sauf à une rampe. Rochers posés anarchiquement les uns sur les autres, et pour finir, quelques marches improvisées de blocs de bétons pas du tout adaptées à notre activité. Je ne bénirai jamais assez les ingénieurs qui ont inventé le polyéthylène, matériau de nos embarcations, dont la particularité est de résister aux abrasions.

C’est un véritable cauchemar pour débarquer.

Si par le plus grand des hasards, les responsables de l’agence de l’eau, de la fédération de pêche, ou encore d’une des plus grandes entreprises nationales pour ne pas la citer: « EDF », devaient lire ces quelques lignes, je vous en conjure… Ou plutôt, je vous implore de faire (comme les politiques sont friands de cette formule d’ailleurs..) “tout ce qui est en votre pouvoir” pour que tout kayakiste ou autres usagers du Rhône, puissent un jour franchir les portes de Lyon autrement. Car actuellement, ce n’est pas rendre hommage à une si belle ville, d’arriver par voie fluviale dans ces conditions.

Après quelques minutes de galères, ça y est! Notre étape est bouclée. Nous nous dirigeons maintenant vers notre point de rendez vous indiqué par Yannick.

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On installe notre bivouac en hauteur, avec une vue imprenable sur le canal de Miribel, régulé par le barrage de Jons.

Le va et vient des hérons cendrés, aigrettes, canards, etc… Qui nous ont accompagnés tout au long de notre parcours est radicalement remplacé par les allées et venues des avions de ligne, nous rappelant notre proximité avec l’aéroport de St Exupéry.

Je m’aperçois à mon grand désarroi que j’ai oublié ma petite scie, outil très pratique pour préparer du bois pour le feu. Ca aurait été sympa d’éviter à notre hôte cette tâche un peu ingrate, d’autant qu’il nous a prévu un repas de roi.

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Yannick, à son arrivée, ne manquera pas, de son naturel assez taquin, de nous le rappeler.

Yannick Véricel…

Je prends le temps de mettre cette fin de récit en pause pour faire les éloges de ce personnage hors normes.

Cela remonte maintenant à bientôt 2 ans, lorsque je préparais notre périple avec Lionel sur le Rhône.

L’outil incontournable qu’on à tous le réflexe dans nos sociétés modernes à utiliser, c’est bien évidemment internet.

Oui mais internet, on trouve de tout, mais surtout n’importe quoi.

J’étais à la recherche d’informations précieuses pour préparer notre entrée sur Lyon. Des zones sensibles, comme le seuil des petits chevaux mais aussi et surtout celui de Feyssine attisaient mes craintes. Il me fallait trouver des sites fiables pour franchir ces obstacles avec le maximum de sécurité pour ne pas mettre cette expédition en péril.

Internet, c’est un peu comme une jungle. Armé d’une machette, on tranche avec vigueur les herbes hautes, obstacles principaux, avec lesquels, si on ne fait pas attention, le risque de s’égarer peut vite surgir. A force de courage mais surtout de persévérance, je tombe, par le plus grand des hasards sur un site d’une qualité et d’un design équilibré à la perfection.

http://www.lyonurbankayak.com/

Les informations tant convoitées sont là, devant moi. Des topos rédigés avec passion, des photos de qualité, le tout, organisé et structuré d’une façon redoutablement efficace.
Je vais être franc avec vous… Pour avoir côtoyé quelques temps le monde du graphisme, tomber sur ce genre de site est très rare. On a tendance à observer deux extrêmes:

– Un design proche des plus grandes productions de la Silicon Valley mais avec un contenu pauvre, voir médiocre.

 – Ou alors des réalisations peu attractives où l’on s’y perd, alors que leurs contenus regorgent d’informations.

LyonUrbanKayak, c’est l’équilibre des deux conçus d’une main de maître.

Ma curiosité s’emballe, et sans plus attendre, je prends contact avec l’administrateur.Je lui expose mes projets futurs, et ceux réalisés en kayak.
La réponse ne se fait pas attendre… Réactif avec ça!!!! Tout ce que j’aime! Nous échangeons principalement sur Facebook au travers de discussions passionnantes jusqu’à tard dans la soirée.

Je m’adresse au travers de ce récit à toutes les personnes sceptiques sur la technologie actuelle et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. J’ai pour coutume de dire que ce sont des outils, et comme tout outil, il y a le bon et le mauvais usage.

 – Oui, c’est vrai, la plupart de nos congénères restent cloîtrés chez eux à diffuser leur plus beaux selfies sur Facebook, twitter, etc… Prisonniers de ce monde virtuel dans lequel ils se sentent non seulement vivants, mais vénérés.

 – J’ai rencontré Lionel par l’intermédiaire d’internet avec qui nous avons bâti notre projet de rallier Genève à la méditerranée l’année dernière en kayak.

C’est au cours de ce périple que notre rencontre dans la “vrai vie” avec Yannick a vu le jour. C’était justement à la confluence de l’Ain et du Rhône. Un croisement symbolique de ces deux cours d’eaux, métaphore parfaitement adaptée à la situation.

Yannick, en plus d’être diplômé d’état, est un passionné de l’activité, incollable sur la réglementation, fervent défenseur de l’environnement mais également des sites où nous pratiquons régulièrement. Et ses ambitions vont bien au delà de nos frontières puisqu’il organise des raids en Norvège, Suède, etc…

Je ne vais pas m’étaler sur ses connaissances et son parcours, mais rencontrer des personnes aussi passionnées n’arrive pas souvent.

Retour maintenant sur notre bivouac trois étoiles!

Le ciel, bien que menaçant, nous épargnera cette fois ci. Seulement quelques petites gouttes, si petites qu’à peine s’être écrasées sur le sol, sècheront immédiatement.

Le feu crépite, chauffant la grille métallique sur laquelle repose de belles pièces: Andouillettes, Chorizo, et bien d’autres encore. Les odeurs mélangées à celle de la fumée embaument nos narines pour ensuite transmettre à notre cerveau les codes nécessaires à la mise en route du mécanisme de l’appétit…Cette viande fraiche, reluisante, change petit à petit d’aspect pour laisser apparaître ces quelques traces brunâtres propres à la cuisson au feu de bois.

Une fois en bouche, elle fond littéralement sous notre palais, libérant ainsi les arômes d’une viande de qualité, se glissant par la suite dans notre oesophage avant de nous rassasier de ces 58 kilomètres parcourus.

Et c’est assis autour de ce feu s’amenuisant petit à petit, que nous terminerons notre soirée au travers de récits d’expédition, de futurs projets etc…

A oui, j’oubliais… L’ami Rikou…

Un petit coup de fil avant de se coucher pour apprendre qu’il est rentré à bon port avec à son actif, une journée de 96 bornes!!!

Une machine ce Rikou!

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CORNETTO Yves

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