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[Hors Série] Le Pertuis de Maumusson

Bienvenue sur ce deuxième chapitre !!!

Si vous avez raté le premier sur la prise d’assaut du Fort Boyard, je vous invite à le lire ici:

A l'assaut du Fort Boyard
A l’assaut du Fort Boyard

 

Pour ce deuxième opus, juste avant de monter à bord, attendez vous à non seulement vivre par procuration une odyssée incroyable entre l’estuaire de la Seudre et le Pertuis de Maumusson, mais également à prendre place dans les méandres de la mémoire de votre serviteur.

Bonne lecture!

Prologue…

Mardi 25 Septembre 1990

  • Les enfants ! On avance et on reste groupés !

Cette consigne répétée maintes et maintes fois depuis le début de notre séjour résonne désormais dans nos têtes comme une impression de déjà-vu. Les institutrices, accompagnées de quelques parents encadrants, veillent à ce que cette masse juvénile de 42 élèves dont je fais partie reste compacte.

Nous foulons un chemin forestier maculé de nappes sableuses parsemées d’aiguilles de pin. Au pied de chaque conifère gisent quelques cônes desséchés partiellement recouverts. Un parfum aux notes résineuses propre à la pinède où nous évoluons embaume nos narines, accompagné de teintes salées émanant des embruns.

Le soleil, tamisé par ces pins maritimes se propage par petits rayons lumineux façonnés au travers d’une fine pellicule de poussière en suspension. En résulte une ambiance filamenteuse aux multiples projections qui viendra teinter par petites touches dorées cet univers forestier.

La hauteur de la végétation environnante nous renvoie sans contestations possibles à nos petites tailles. Comme le chantait si bien Souchon « J’ai dix ans », j’arborais cet âge avec fierté. Ma première décennie écoulée, en classe de CM2, et par la même occasion, sur la dernière marche à franchir avant le collège.

Le Sou des écoles, aidé de notre commune, du conseil général et d’autres âmes charitables nous ont permis de lever suffisamment de fonds pour nous offrir ce séjour scolaire au point cardinal radicalement opposé à celui de notre région. Il nous suffisait tout simplement de tracer une ligne parfaitement horizontale sur la carte de France, partant de notre village d’Anglefort en direction de l’Ouest pour atterrir à vol d’oiseau 540 km plus loin sur l’île d’Oléron.

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Cette escapade dans la Forêt domaniale de St Trojan avait un léger goût amer d’un « au revoir », clôturant ainsi presque une semaine d’aventure insulaire.

La masse végétale propre à cette pinède s’estompait à mesure de notre progression jusqu’à nous révéler les premières dunes protectrices. Nous arpentons un léger dénivelé sableux juste avant d’apercevoir au loin une étendue d’eau infinie matérialisant le Pertuis de Maumusson.

Echoué quelque part sur la face ouest de la pointe de Gatseau, notre groupe, que les adultes avaient eu tant de mal à contenir, se disloque de façon anarchique, chacun voguant malgré tout en direction de l’océan. Quelques méduses « chou-fleur » probablement surprises par la marée descendante, terminaient leur existence de façon pitoyable, gisant sur un sable humide caressé des dernières vagues. Cette scène de désolation attisa toutefois notre curiosité, et par petits groupes, nous nous rapprochons, sous l’œil bienveillant des encadrants. Les plus courageux d’entre nous s’armeront d’un morceau de bois, tâtant l’ombrelle jaunâtre et semi translucide aux allures visqueuses de la pauvre bête qui ondule tel un bloc de gélatine sous la pression exercée.

Lassé et me sentant oppressé par la masse agglutinée autour de la méduse qui a depuis des lustres passé l’arme à gauche, je m’isolais de mes congénères, captivé par ses mugissements lointains émanant au large.

« Entendez mugir le Pertuis de Maumusson »

Perfusé à l’époque d’émissions TV dont la plus célèbre propageait une quantité innombrable de dessins animés, mangas et autres, j’étais, il faut bien l’avouer, complètement hermétique à cette citation poignante de Victor HUGO, symbolisant à elle seule toute la puissance qui régnait en ces lieux.

La maturité me faisant cruellement défaut, je n’avais aucune conscience de l’environnement dans lequel j’évoluais. Considéré comme l’un des nombrils de la mer, j’étais comme imprégné de cette force colossale qui me faisait vibrer de l’intérieur. Un sentiment étrange que je n’avais pour l’instant jamais ressenti commençait à prendre place et allait marquer de façon indélébile les entrailles de mon âme. Je restais figé, face à ce tableau de maître. Une toile sincère aux tons naturels, dépouillée de tout artifice, superposait à mon regard de gosse cette surface sableuse à la texture dorée se noyant dans un dégradé humide aux notes d’écumes avant de se lier à une étendue océanique mélangée de masses sombres et azurées derrière laquelle, juste avant d’arborer ce fond céleste, trônaient majestueusement en maîtres incontestés des lieux, ces rouleaux d’écumes étirés à perte de vue, façonnant ces déferlantes tant redoutées des marins, martelant perpétuellement les haut fonds sableux.

Fasciné par cette symphonie aquatique aux notes fracassantes, j’étais comme hypnotisé, occultant involontairement les consignes des institutrices désireuses de reformer le groupe au plus vite et vaquer à notre agenda.

  • Les enfants ! En route !

La logique n’avait aucun sens en ces lieux. A croire que même les lois de la gravité n’étaient plus régies par le sol, mais par cette force au large qui me poussait à rester.

  • On se regroupe les enfants !

Le sentiment d’être seul au monde, attiré par cette ode à la liberté, au point même d’oublier complètement les autres visites effectuées sur l’île (le port de la Côtinière, le phare de Chassiron, le Château d’Oléron etc…).

L’un des parents accompagnateurs, quelque peu excédé, viendra m’extraire de ce spectacle saisissant.

Je rejoins le groupe avec une certaine frustration, laissant derrière moi un sentiment d’inachevé. Un goût amer, à l’instar d’une personne chère à mon cœur à qui je dois faire mes adieux, accompagne alors mes pas sur un tapis de sable encore humide que la marée viendra effacer…

Le Pertuis de Maumusson

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Vendredi 19 Juillet 2019

Une image d’une symétrie frôlant la perfection défile sous mes yeux. Les rambardes s’enchaînent les unes après les autres à la périphérie de mon regard, entrecoupées de perches légèrement courbées matérialisant l’éclairage, avec en arrière plan, cette étendue bleutée laissant entrevoir quelques hauts fonds. Je quitte provisoirement l’île d’Oléron, évoluant sur le viaduc du même nom.

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Christophe m’avait transmis la veille ce précieux sésame symbolisant le lieu de notre rendez vous. Après avoir rejoint le continent et franchi le viaduc de la Seudre, je me retrouve au dernier kilomètre encerclé de marais salants, longeant le chenal de l’Eguillatte. J’accompagne ce même chenal jusqu’à son embouchure avec la Seudre, symbole de notre point de ralliement. Perdu au beau milieu du bassin de Marennes-Oléron, je me retrouve sur un parking dépourvu de marquage au sol. Il est délimité de part et d’autre d’une multitude de supports en ferraille empilés les uns sur les autres arborant cette teinte orangée témoignant d’une oxydation prononcée.

D’une ponctualité redoutable, la fameuse Starlet chevauchée par « Curiosity » m’emboite le pas.

Cette fois ci, inutile de me précipiter comme à Boyardville, je me cale sur le rythme de Christophe pour préparer tranquillement mon matériel.

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La Starlet de Christophe au départ – © Christophe BONNIN

A la manière d’un guide touristique dont il endosse à merveille l’allure et la pédagogie, il me prodigue quelques conseils sur la navigation au rythme des marées pour parfaire mon initiation.

Au programme, nous descendrons la Seudre jusqu’à son estuaire, en utilisant justement les courants d’une marée descendante qui auront pour effet de nous propulser sur l’eau sans le moindre effort de notre part. On improvisera la suite dans l’estuaire entre la plage de Gatseau, celle du Galon d’Or et pourquoi pas, aller faire un tour vers St Trojan. Nous profiterons par la suite du renversement de la marée prévue aux alentours de 12h00/13h00 pour remonter avec le courant  inverse qui nous poussera jusqu’à notre point de départ.

Une rampe spacieuse à seulement quelques mètres accueillera nos kayaks, nous permettant ainsi de nous économiser d’un chariotage fastidieux.

Rampe d’embarquement  – © Christophe BONNIN

Une fois sorties du chenal de l’Eguillatte, nos étraves gouttent désormais la saveur des eaux de la Seudre. Ces dernières, renvoient quelques reflets métalliques d’un soleil tentant de se frayer un chemin au travers d’un léger moutonnement nuageux.

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Sur le chenal de l’Eguillatte avec au loin la Seudre

Les prévisions sont formelles, ces quelques nuages perturbateurs seront rapidement dilués au profit de tons célestes uniformes.

La quiétude qui régnait en ces lieux il y a encore quelques dizaines de minutes sera régulièrement entrecoupée de bateaux pour le moins atypiques. Défilants les uns après les autres, ces chalands, embarcations à fond plat, utilisés principalement pour l’ostréiculture, se ruent eux aussi dans l’estuaire de la Seudre. Leurs proues relevées, ils filent à vive allure, sculptant dans leur sillage de belles vagues sur lesquelles nous nous essayons au surf. On se prend au jeu, en orchestrant de vives accélérations dans l’espoir de caresser l’inertie de ces mêmes vagues avant de se laisser porter sur leur dénivelé, ajustant avec précision notre direction en combinant la gîte et quelques mouvements arrières de la pagaie pour faire durer le plaisir au maximum. Ces quelques exercices grisants rythment le parcours et cassent un peu la monotonie platonique d’une Seudre s’étirant face à nous jusqu’à perte de vue.

Un des nombreux chalands –  – © Christophe BONNIN

Mon guide perso me convie à une petite halte dans l’embouchure du chenal de la Tremblade, lieu mythique et incontournable pour tout amateur d’huître.

La France, au pied du podium, derrière la Chine, le Japon et la Corée, fait partie des plus gros pays exportateurs au monde. La Tremblade, intimement liée à Marennes, située sur la rive opposée de la Seudre, abrite l’un des plus importants sites d’affinage et de production d’huîtres d’Europe. Le ballet de vas-et-viens des chalands observé tout à l’heure n’était pas anodin. Les ostréiculteurs profitent eux aussi de la marée descendante, non pas pour se prélasser comme nous autres kayakistes, mais pour utiliser l’un des seuls créneaux disponibles offert par dame nature pour exercer leur métier et ce, tous les jours de la semaine, y compris les week-ends.

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Le chenal de la Tremblade  – © Christophe BONNIN

Je remercie Christophe pour cette mise à jour de ma base de données culturelle et nous orientons maintenant la pointe de nos kayaks en direction du viaduc de la Seudre (traversé ce matin même en voiture), symbole de notre arrivée imminente dans l’estuaire.

Plusieurs piliers alignés émergent les uns après les autres face à nous. Ils soutiennent cette ligne de béton à la courbe discrète bombée vers les cieux, découpant l’horizon.

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Vue sur le viaduc de la Seudre

Telle une locomotive, une barque rouge motorisée tractait plusieurs petits voiliers d’initiation du centre nautique « Charline Picon« . Dans un défilé processionnaire, ces coquilles de noix évoluaient les unes derrière les autres. Leur voiles, estampillées du logo d’un opérateur téléphonique connu de tous plaqué sur un fond turquoise, semblaient propager cette même teinte turquoise au ciel, déchirant par la même occasion les dernières petites masses nuageuses affaiblies, laissant le champ libre aux rayonnements solaires qui viendront jouer leur plus belle partition.

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Les petits voiliers du centre nautique « Charline Picon » – © Christophe BONNIN
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– © Christophe BONNIN

Cap vers l’Ouest, en direction de la plage du Galon d’Or. Au passage, Christophe m’invite à jeter un petit coup d’oeil amical sur la plage de Ronce Les Bains, et plus particulièrement sur l’établissement trônant fièrement en arrière plan.

« Le Brise-Lames »

Le Brise Lames, Restaurant de cuisine traditionnelle à avec ...
Le Brise Lames  – © http://www.linternaute.com

Partageant la même structure que l’hôtel « Le Grand Châlet », ce restaurant, proposant une cuisine traditionnelle, emploie notre ami Laurent en tant que chef qui, pour des raisons professionnelles aujourd’hui, troquera justement sa pagaie bois contre un ustensile du même matériau avec lequel il doit probablement remuer et aérer les quelques ingrédients en cuisson, libérant ainsi diverses saveurs qui embaumeront les narines de la clientèle attablée.

Les parcs à huîtres libérés par la marée descendante nous barreront la route et nous ôteront tout espoir de débarquement possible pour aller rendre visite à notre compère. On lui transmet malgré tout une petite pensée amicale juste avant que nos étraves s’échouent quelques kilomètres après  sur la plage du Galon d’Or.

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La plage du Galon d’Or

Un balisage agrémenté de plusieurs panneaux aux couleurs vives nous indiquent clairement que nous ne sommes pas les bienvenus en ces lieux. Par arrêté municipal, la baignade ainsi que la circulation à pied sur une partie de l’estran sont formellement interdites. L’évolution du trait de côte et la présence de sables mouvants présentent des risques potentiellement mortels.

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La plage du Galon d’Or et la signalétique de danger  – © Christophe BONNIN

En évoquant de tels risques dans cet étranglement marin entre Oléron et le continent. Difficile de ne pas évoquer « Le Pertuis de Maumusson ». En tendant bien l’oreille, nous arrivons sans problème à distinguer ces grondements lointains qui, en premier lieu me rappellent ceux des seuils rencontrés sur le Rhône.

Mais quelque chose de plus intense accroche mon attention…

Je me paye le culot de demander à Christophe jusqu’à quelle distance pouvons nous approcher cette zone tant redoutée des marins. Hésitant au départ, il m’invite malgré tout à prendre la direction de la bouée d’atterrissage de Maumusson, reconnaissable à sa forme de phare aux tons sanguins entrecoupés de lames blanchâtres. Estampillée en lettres verticales « GALON D’OR », elle indique l’axe du chenal à emprunter en évitant aux plaisanciers de venir s’échouer accidentellement sur les bancs de sables avoisinants. Elle représente également une limite virtuelle, derrière laquelle le décor basculera radicalement.

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Face à la bouée d’atterrissage de Maumusson  – © Christophe BONNIN
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– © Christophe BONNIN

Les derniers courants de marée nous portent rapidement sur place. Les grondements montent en puissance. L’appréhension que j’éprouvais il y a encore quelques minutes se mue en une curiosité soudaine mélangée à un sentiment de fascination. L’imposante bouée désormais face à moi n’en est que transparente, noyée malgré elle par les mugissements et ces quelques brises émanant du large qui ont commencé leur processus de séduction. Elles caressent avec tendresse mon visage, m’invitant sans plus attendre à franchir la ligne rouge.

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Les mugissements du Pertuis de Maumusson  – © Christophe BONNIN

A l’instar des chants mélodieux des sirènes, la houle au loin, tentaculaire, s’empare de mon esprit. Par prudence, nous longeons avec Christophe la pointe de Gatseau observant de loin le phénomène. Mais cette manœuvre de retrait ne fera qu’attiser ma curiosité.

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La pointe de Gatseau

Est ce le hasard ou la providence? Mais toujours est il que notre positionnement géographique proche de la pointe de Gatseau et l’angle de vue qui l’accompagne, articulent mentalement les mécanismes complexes liés à un espace temps qui, au travers de ses rouages, amorce un forage intensif dans les entrailles de mon âme. Des souvenirs enfouis depuis presque 30 ans refont maintenant surface comme une lame de fond déferlant devant moi, superposant à mes yeux ce regard de gosse qui, en cette date du 25 Septembre 1990, observait du même endroit ce même tableau arborant les mêmes couleurs, la même symphonie, le même parfum.

Je revivais la scène en boucle, mais dépouillé de cette naïveté et cette insouciance juvénile.

Malgré la présence de Christophe à mes côtés, je me sentais en l’espace de quelques secondes seul au monde. Seul face à moi même, le regard planté dans le rétroviseur, arpentant toutes ces années écoulées jusqu’aux origines de cette rencontre. Revivant malgré moi ce sentiment d’inachevé à l’époque où j’avais dû à contre coeur rebrousser chemin.

Je reprends en main mes esprits, mais surtout ma destinée.

Je me sens dorénavant libre.
Délivré des obligations qui m’incombaient à l’époque.
Libre de ressentir pleinement à nouveau ces vibrations et cette attirance défiant les lois de la gravité sans qu’aucune personne aux alentours ne vienne parasiter et m’extraire de ce qui se présente face à moi comme un instant de grâce.

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Christophe face au Pertuis de Maumusson

Un autre phénomène que je n’avais pas perçu à l’époque se dessine au loin. Nous observons avec Christophe la naissance de quelques bandes dorées pointant le bout de leur nez à la surface et s’étirant sur l’horizon. Des bancs de sable au large, juste à proximité des déferlantes s’affichent désormais, leur fine granulométrie bombardée d’une lumière bienfaitrice d’un soleil nous surplombant au zénith, comme si les éléments réputés dangereux avaient choisi de nous gratifier d’un instant privilégié.

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Les premiers bancs de sable se dévoilent timidement  – © Christophe BONNIN

Hésitant au départ, mais toujours sous le charme des chants mélodieux aux notes fracassantes de la houle au loin, je décide de m’abandonner totalement et de me lier, au travers du peu de temps dont je dispose, à cette force colossale.

J’empoigne ma pagaie comme jamais, et dans un mouvement ample et déterminé, je dessine les premiers gestes qui me propulseront vers le large. Face à ces déferlantes dévastatrices, j’avance sans craintes, suivi de près par Christophe. Nous laissons derrière nous la pointe de Gatseau, sur laquelle nous observe encore, plusieurs décennies en arrières, l’ombre de moi même.

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Face au Pertuis de Maumusson  – © Christophe BONNIN
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Dans un élan de liberté – © Christophe BONNIN

Le sentiment d’êtres seuls au monde s’intensifie à mesure de notre progression. Suivi de près par un Christophe aux aguets, je lève les bras au ciel, exultant de joie, juste avant de m’échouer sur la première plage de sable émergée, trainant sur quelques mètres avec une certaine reconnaissance, mon fidèle destrier sans qui rien n’aurait été possible. J’effectue dans le calme et la plénitude, accompagné de ces mugissements perpétuels qui m’enivrent, une rotation sur moi même à 360°, profitant de ce panorama incroyable aux dimensions nouvelles, qui me ferait presque penser que nous nous sommes échoués comme deux exilés sur un continent nouveau.

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Un continent nouveau  – © Christophe BONNIN
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Seul au monde  – © Christophe BONNIN

Je foule dans le plus grand respect ce sol unique, évoluant dans ce sanctuaire, lui même  planté dans un décor presque irréel, avançant comme hypnotisé, face aux éléments au loin se déchaînant comme jamais. J’observe et fait partie intégrante de cette toile de maître, me rapprochant au plus près de ces déferlantes projetant leur écume avec force et violence sur les hauts fonds dans un rugissement contagieux. Je ressens les embruns, le souffle, la houle. Les yeux fermés, je me laisse le temps de quelques secondes, bercer intérieurement et bombardé par une énergie nouvelle me délivrant provisoirement des emprises du monde réel dans lequel j’évolue quotidiennement.

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Nos destriers océaniques  – © Christophe BONNIN

Machinalement, je sors mon appareil pour immortaliser l’instant, tout en sachant déjà qu’au plus profond de moi même, mon esprit a commencé à s’imprégner des éléments avec une fidélité incomparable. Elle est à des années lumières de ces suites binaires, matérialisant dans une succession de codes et d’algorithmes après avoir pressé le déclencheur, les quelques clichés qui viendront rejoindre ceux de Fort Boyard sur la carte SD.

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En quête de souvenirs  – © Christophe BONNIN

Christophe est formel, nous ne disposons plus que de quelques minutes avant que la situation ne nous échappe. La marée arrive au bout de son cycle et le renversement est imminent. Le sol que nous foulons, à l’instar de cette légende propre à l’Atlantide, finira sous les eaux tumultueuses accompagnées de courants violents, et dévoré par les rouleaux d’écumes qui semblent justement gagner du terrain.

La sensation de vivre quelques chose d’éphémère m’invite à en profiter comme jamais, ajoutant à ces quelques dernières secondes écoulées, une saveur toute particulière.

Je saisis maintenant la poignée avant du kayak, orchestrant un mouvement de traction pour le libérer de cette emprise collante propre à cette plage de sable à qui je dois faire mes adieux. Caressant les premiers centimètres d’eau salée, il m’attend, ballotté de gauche à droite. Je me retourne une dernière fois face au large, face à ces rouleaux d’écumes, laissant malgré moi un fragment de mon être, qui finira comme cette étendue vierge, sous les eaux et les mugissements du Pertuis de Maumusson.

Nous retournons sur nos pas, en direction de la pointe de Gatseau où nous comblerons ce vide abyssal, que l’on a tendance à ressentir après avoir été propulsé au sommet par cette poussée d’endorphines, par un bon repas bien mérité.

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Christophe quittant la plage éphémère

Je choisis volontairement d’amputer du récit que vous êtes en train de lire, les quelques lignes matérialisant la dégustation de victuailles, au profit d’un extrait de la vidéo de Christophe (que vous aurez l’occasion de parcourir en entier à la fin de ce compte rendu), qui à su d’une main de maître restituer les moments forts et poignants ressentis face au Pertuis de Maumusson.

On s’offre le luxe d’une bonne digestion, en observant au loin l’inversement des courants de marée, et attendant patiemment le bon créneau pour embarquer.

Une fois à l’eau, nous serons rapidement propulsés et ce, de façon violente par des courants de marée soutenus avec lesquels nous ne manquerons pas de jouer dans de belles petites vagues anarchiques générées au travers de ce goulet étroit entre la pointe Espagnole et celle de Gatseau.

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Christophe dans les courants de marée
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– © Christophe BONNIN

Petite halte à proximité de la baie de Gatseau à l’abri des courants. Une poignée de kayaks de location, reposant encore sur un sable brulant, attendent leurs pseudos propriétaires, qui, venant de s’acquitter du tarif horaire, goûteront eux aussi aux joies de la navigation à la pagaie.

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Baie de Gatseau  – © Christophe BONNIN
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St Trojan

Nous retrouvons nos courants bienfaiteurs, en se laissant dériver par ces derniers le temps de terminer définitivement notre digestion avant de nous engouffrer au large de St Trojan, à l’intérieur des méandres labyrinthiques de parcs à huîtres.

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Parcs à Huîtres
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– © Christophe BONNIN

On se faufile habilement au travers de chaque rangée, en prenant un soin tout particulier à ne pas les approcher davantage. Le tranchant des coquilles comparable à des lames de rasoir, risquent d’entailler sérieusement nos frêles esquifs. Les odeurs de marée, et son niveau montant à vue d’oeil, accompagnent nos derniers coups de pagaie avant de franchir dans le sens inverse le viaduc de la Seudre, symbole imminent de la dernière ligne droite de notre odyssée.

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Retour sur la Seudre

On se paie le luxe de sortir provisoirement de la Seudre, pour s’offrir une remontée du canal de la Tremblade avec une vue imprenable sur les cabanes ostréicoles alignées sur les deux rives opposées, témoignant de l’ampleur de l’activité dans la région, considérée comme l’une des plus importantes avec le tourisme.

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Sur le canal de la Tremblade – © Christophe BONNIN

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Les derniers kilomètres se feront dans la flemmardise la plus totale, la pagaie posée sur le pont, profitant de cette force incroyable que la nature, au travers de ce phénomène de marées, insuffle à nos bateaux, pour se laisser dériver jusqu’à notre point de départ.

Je remercie encore une fois de plus Christophe pour sa disponibilité, sa gentillesse et sa pédagogie. Il a malgré lui, joué un rôle important dans cette journée, en me permettant d’effectuer non seulement une superbe randonnée nautique, mais également un voyage intérieur dans les méandres de ma mémoire, en revivant ces sentiments poignants que je croyais égarés ces dernières décennies.

Je garde désormais gravés dans mon âme, ces mugissements lointains, récitant au travers de ces rideaux d’écumes, cette ode à la liberté, qui, à l’heure ou je termine ce compte rendu, raisonne encore dans ma tête.

Merci à vous d’avoir pris le temps de vous évader à mes côtés. Comme pour le premier chapitre, je vous propose pour clôturer dignement ce compte rendu, le résumé complet en vidéo de notre ami Christophe.

En espérant vous retrouver pour le dernier chapitre, je vous souhaite un bon visionnage!

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CORNETTO Yves

 

 

 

 

 

[Hors Série] Oléron > À l’assaut du Fort Boyard!

Bonjour à tous!!!

Pas facile de rester enfermé en cette période de confinement.

Si le coeur vous en dis, je vous propose de vous évader à mes côtés au travers d’une des 3 sorties effectuées l’été dernier aux alentours de l’île d’Oléron.

Je vous laisse prendre place à bord de ce premier chapitre :

« À l’assaut du Fort Boyard! »

Bonne lecture!

Lundi 15 Juillet 2019.

Je n’ai seulement que quelques petites heures de sommeil à mon actif. Cramponné au volant de ma voiture, je file à vive allure sur la départementale 126, longeant le chenal de la Perrotine. Malgré le peu de sommeil accumulé, je déborde d’une énergie incroyable qu’il m’est difficile de contenir. J’essaye tant bien que mal d’apaiser les choses en scrutant au loin l’horizon dégagé. Il est traversé d’un léger résiduel nuageux inoffensif, traçant quelques lignes horizontales sur un dégradé jaune orangé éclaboussant ces mêmes nuages d’une note rosâtre. Ces couleurs chaudes commencent d’ailleurs à embrasser une teinte bleutée ambitieuse, prenant petit à petit l’avantage à mesure que le disque de feu encore timide à cette heure, gagne en intensité. Il bombarde au passage de sa lumière bienfaitrice toute cette succession interminable de quadrilatères allongés d’eau salée jouxtant la route jusqu’à perte de vue. Ces marais salants renvoient d’ailleurs cette même lumière à la manière d’un champ de panneaux solaires aux tons miroirs. L’environnement étincelant qui m’entoure m’offre un spectacle magique et saisissant. Au travers de mes lunettes de soleil qui apportent une teinte orangée, je me retrouve plongé dans un univers doré aux éclats scintillants de mille feux dans une ambiance californienne.

Je laisse sur ma droite le chenal de la Perrotine contournant sur la gauche Boyardville, petit hameau de la commune de St Georges d’Oléron pour rejoindre le parking du centre sportif départemental. Je quitte alors la route des Saumonards, grignotant les 150 derniers mètres d’une allée bordée de part et d’autre d’une végétation dense mélangeant pins, chênes verts etc…, pour apercevoir enfin le terminus.

La route s’ouvre alors sur une impasse beaucoup plus éclairée que l’allée la précédant. L’asphalte maculée de fines couches sableuses m’indique malgré elle que la plage et l’océan ne sont plus très loin.

J’attends maintenant Christophe, mon hôte qui va me servir de guide avec son ami Laurent pour cette journée prometteuse.

Mon coeur bouillonne d’impatience.

Je me remémore les premières recherches effectuées sur la toile quelques années auparavant, et mes premiers coups de pagaie. Je venais à l’époque de me séparer de mon tout premier kayak: Le BIC Ouassou.

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Mon tout premier kayak: Le « Bic Ouassou »

Un bateau parfait pour « goûter » aux joies de la navigation mais qui montrera vite ses limites en seulement quelques mois pour ne pas dire quelques semaines. J’avais acquis dans la foulée un superbe Sit-On-Top:

Le RTM Disco.

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RTM Disco

Un bateau fin et épuré dont la coque rappelle celle des kayaks de mer pontés. Idéal pour progresser en toute sécurité et engager de plus grosses sorties.

Rapidement, je décide de m’inscrire sur les premiers forums dans l’espoir de trouver d’autres adeptes. Après quelques recherches infructueuses sur « http://www.kayakdemer.eu », je sympathise malgré tout avec un utilisateur, propriétaire également d’un Disco:

Christophe

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Christophe & son DISCO « Curiosity »

Très vite, ce bateau magique agira comme un ciment, liant notre complicité sans failles au travers de discussions passionnantes autour de ce kayak, mais également sur notre attrait commun à la réalisation de montages vidéos.

Originaire de Charente Maritime, il vit la plus part du temps en région Parisienne pour son travail, mais profite des week-ends à rallonge et des congés annuels pour rejoindre sa terre natale afin de se ressourcer sur son Disco, navigant sur l’océan et les quelques étendues d’eau aux alentours.

Il gère le blog:

http://curiosity.kayak.blog.free.fr/

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Une mine d’or d’informations sur son fidèle destrier qu’il place régulièrement sur un piédestal, mais également un outil touristique incontournable pour tout kayakiste désireux d’aller naviguer dans l’estuaire de la Gironde, celui de la Seudre, et les quelques îles aux alentours comme , et Oléron.

C’est sur cette dernière, au parking du centre sportif de Boyardville que je termine la manœuvre de mon véhicule, juste avant de commencer à décharger mon matériel.

J’amorce à l’aide de mes pouces une pression franche sur les boucles des sangles, libérant ainsi mon kayak.

Les lieux à cette heure sont encore déserts, seulement 5 à 6 voitures stationnées. Une légère brise compose ses propres notes musicales au travers du feuillage nous entourant. Les chants des mouettes, goélands et autres laridés accompagnent ce fond sonore, nous invitant expressément à rejoindre l’étendue d’eau infinie qui nous attend.

Un crépitement sableux se fait entendre au loin.

Je me redresse, et j’aperçois enfin Christophe à bord de sa Toyota Starlet couleur sable venant tout droit des années 90, sur laquelle trône fièrement son RTM Disco sanglé avec soin.

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Après plusieurs années de correspondance pendant lesquelles, seules les touches de nos claviers respectifs, déroulant une quantité innombrable de messages postés via le forum, maintenaient ce lien entre nous, je savoure enfin, avec un brin d’excitation, cette rencontre tant attendue.

Nous engageons l’un comme l’autre une poignée de main amicale au travers de laquelle, nous prenons pleinement conscience de cet instant magique et fraternel que toutes ces années d’attente ont fait germer.

Habitué à préparer mes affaires en un temps record, j’observe mon homologue Charentais organiser de façon méticuleuse son matériel de navigation, soucieux de ne rien laisser au hasard, il fait malgré lui la promotion de cet adage connu de tous : « Une place à chaque chose, et chaque chose à sa place. »

Tel un paparazzi il déploie tout un arsenal de caméras étanches dont il prendra un temps infini à mettre en place, ajustant le moindre support avec la plus grande précision, me faisant involontairement trépigner d’impatience.

Caresser les flots de l’océan est une chose qui se mérite. La marée basse à cette heure, aura pour effet d’augmenter considérablement la distance pour rejoindre l’eau. Malgré la présence de nos chariots de portage, nous ne serons pas trop de 2 pour acheminer nos embarcations. Les roues de ces mêmes chariots sont comme avalées dans un sable fin prêt à utiliser tous les stratagèmes et moyens nécessaires pour nous retenir. La situation que nous sommes en train de vivre pourrait presque s’apparenter à ce fameux rêve dans lequel on essaie vainement de courir, mais que nos jambes ne suivent pas, un peu comme si tout à coup, elles se mettaient à peser une tonne chacune.

Après un bon quart d’heure d’efforts surhumains pour venir à bout de 300 mètres seulement, nous sommes enfin au sommet de la dune. Au loin, nous apercevons une rangée de plusieurs catamarans échoués sur la plage, elle même délaissée par la marée.

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Sur la dune après de nombreux efforts!!!

Un petit tracteur du club de voile, dans un ballet de va-et-vient, achemine chaque embarcation au large, permettant ainsi aux heureux stagiaires de s’économiser du moindre effort. On se regarde tristement avec Christophe et nos pauvres chariots criant de douleur, observant avec envie et frustration ces petits veinards.

Ce sera sur un sable humide dessiné de stries ondulées que nous parcourrons les derniers mètres. On relâche nos poignées de portage, et je ressens l’afflux sanguin irriguer à nouveau le réseau veineux de mes phalanges libérées. L’étrave de mon kayak retombe sur le sol, caressée désormais par les premières vaguelettes. Mais ces dernières jouent encore avec notre patience en s’éloignant. La marée descendante n’a pas tout à fait fini son cycle.

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Plus que quelques mètres avant de rejoindre l’eau…

Bref, inutile de continuer avec nos chariots. Nous replions ces derniers, préférant traîner nos bateaux jusqu’à cette eau salée bienfaitrice. A son contact, les efforts herculéens qu’il nous fallait fournir au préalable, se métamorphosent désormais en petites poussées délicates exécutées d’une seule main, permettant aux kayaks de glisser enfin.

Même dans une euphorie la plus totale à l’affût de chaque sortie, j’ai toujours pris le temps d’apprécier cet instant magique à la limite d’un rituel, pendant lequel, mes jambes pénètrent à l’intérieur de l’hiloire. Mes orteils, au travers de mes chaussons néoprène, cherchent à l’aveugle les cales pieds montés sur glissières. A leur contact, j’effectue cet appui qui viendra tendre les câbles latéraux pilotant le gouvernail, pendant que le bas de mon dos épousera définitivement le dossier. J’amorce l’arrière de ma jupe sous la gorge de l’hiloire, pour ensuite enchaîner avec une poussée ferme et franche de cette même jupe vers l’avant en clipsant l’opposé. Viendra ensuite les deux dernières petites tensions latérales qui scelleront non seulement la totalité de la jupe sur l’hiloire, mais également le lien qui nous unis moi et mon destrier océanique. Je saisi avec délicatesse l’une des pales effilées de ma pagaie bois traditionnelle pour recentrer cette dernière et caler mes deux mains à la naissance de ces mêmes pales. Je ressens pendant le mouvement les quelques effluves d’huile de lin utilisée pour nourrir et entretenir le cèdre rouge, composant principal de cet outil de propulsion ancestral. Ils se lient dans une osmose parfaite aux parfum des embruns marins caressant par la même occasion mon visage.

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Derniers préparatifs © Christophe BONNIN

Christophe en selle également, empoigne sa VHF et lance un appel sur le canal commun que nous partageons avec Laurent pour lui signaler notre présence. Pas de réponse.

Connaissant suffisamment son compère et ses habitudes, il m’invite à mettre le cap sur la pointe du chenal de la Perrotine.

A son embouchure, nous apercevons au loin un kayak ressemblant à un Ysak couleur gris storm échoué sur une plage bordée de quelques tapis d’algues déposés par la marée.

Derrière lui trône fièrement un amas de blocs rocheux, matérialisant la digue séparant le chenal de la plage. La marée encore sur la descendante imprimera son passage sur cette digue au travers d’un dégradé gris pierre du sommet, pour s’étendre à son embase d’un vert couleur algue.

Juste derrière le kayak, son propriétaire, ajustant son camel-bag sur son gilet à l’aide d’un filet de fixation fait maison, lève la tête en notre direction.

– Salut les gars!

Je lui renvoie la politesse, heureux de pouvoir faire également sa connaissance et mettre enfin un visage derrière ce pseudo énigmatique: « NGI17390 » dont l’étymologie m’est pour l’instant inconnue.

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Laurent à la sortie du chenal de la Perrotine © Christophe BONNIN

Une fois en piste, nous abordons la première étape de cette balade nautique, et mettons le cap sur le Fort Boyard. Il nous faudra avaler un peu plus de 3km avant de pouvoir prendre l’assaut de cet édifice que je convoitais du haut de mes 10 ans. Epoque qui remonte à presque 30 ans en arrière, lorsque Patrice LAFFONT allait, sans le savoir, vivre l’apothéose de sa carrière de présentateur en animant ce jeu télévisé. Une émission devenue incontournable traversant plusieurs générations, et qui perdure encore à l’heure où j’écris ces quelques lignes.

J’impose sans le savoir un rythme soutenu au groupe, pagayant inlassablement avec une frénésie certaine. Décidé à rattraper tout ce temps perdu depuis ces années 90. L’étrave telle une lame aiguisée fendra chaque petite vaguelette que maître Éole, dans un réveil paresseux, s’amuse à projeter contre nous. Ce qui s’apparente à un petit rocher au loin, grandit à mesure de notre progression. Les contours arrondis du monument se dessinent au fil des quelques centaines de mètres avalés et j’aperçois maintenant la face sud du Fort et sa tour de vigie. J’entendrais presque cette voix charismatique, caverneuse et remplie de sagesse du Père Fouras énonçant sa fameuse énigme, résonner dans ma tête.

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Cap sur Fort Boyard !!!

Une certaine appréhension viendra provisoirement faire de l’ombre à cette excitation de voir et de contempler de près ce lieu médiatique. Selon les dires de mes compères, lors des journées de tournage, une vedette rôde régulièrement autour de l’édifice tel un Cerbère s’appropriant jalousement les lieux et dissuadant tout intrus de pénétrer au-delà d’une certaine distance.

Nous tentons alors une approche furtive, nous préparant dans l’éventualité à faire usage de cet argument imparable de la personne naïve et ignorante ne connaissant pas les lieux, et armé d’une politesse sans failles dans l’espoir de minimiser au mieux les risques de sanctions verbales ou autres.

Les quelques petites vaguelettes rencontrées au départ se métamorphosent désormais en légères ondulations à mesure que nous approchons du Fort.

Sa face Ouest attire immédiatement mon attention. J’aperçois une plateforme montée sur quatre pylônes d’un noir intense excepté sur leurs embases, recouvertes d’un léger dégradé blanc sel venant maculer leurs parties immergées au rythme des marées. Une passerelle métallique renvoyant les reflets aveuglants d’un soleil presque au zénith relie ce monstre moderne à quatre pattes à ce monument historique datant des années 1800. Il s’en résulte une cassure esthétique entre ces deux époques faisant tâche d’huile, et fracassant par la même occasion tous mes espoirs de pouvoir observer quelque chose d’authentique.

Arrivés au Fort !!!© Christophe BONNIN

Christophe & Laurent avaient quant à eux anticipé ma réaction.

La production se garde bien de filmer cette plateforme pourtant essentielle au bon déroulement de l’émission, préférant mettre en valeur la face opposée du fort, beaucoup plus esthétique pour nous autres téléspectateurs. Les premières secondes à la vue de cette supercherie sont difficiles à encaisser, mais rapidement, je me laisse envahir par l’immensité de ce mastodonte et cette proximité incroyable qui me tient en respect.

A son embase, une ceinture haute de plusieurs mètres couleur vase, mouchetée de coquilles d’huitres, témoigne des caprices de la marée sur ses plus forts coefficients.

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© Christophe BONNIN

Mes hôtes, par habitude n’ont plus la même vision, préférant relayer ce fort à un simple rocher. Malgré tout, je ressens en eux cette joie perpétuelle qui les animent de pouvoir partager avec leurs congénères venus de contrées lointaines, leur patrimoine touristique.

La traditionnelle séance photo incontournable commence. Je jubile comme un gamin franchissant pour la première fois le seuil d’entrée d’un grand parc d’attraction connu de tous.

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Nous partageons l’affiche aux côtés d’un catamaran titanesque, proposant diverses croisières à la voile. Les quelques touristes à bord, profitent tout comme moi de ce spectacle saisissant.

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Sous l’écrasante chaleur d’un soleil désormais à son apogée, nous mettons maintenant le cap en direction de l’île d’Aix pour notre petite pause repas.

Vue de la carte, sa forme pourrait s’apparenter à celle d’un croissant. Est-ce le rapprochement visuel entre cette île et la viennoiserie traditionnelle ? Mais toujours est il que mon estomac, malgré un petit déjeuner bien chargé, commence à crier famine. A peine le Fort délaissé de quelques centaines de mètres que nous apercevons rapidement la « plage du Tridoux », appelée également « Grande Plage ». D’autant plus grande que la marée à cette heure, vient de finir son cycle pour embrayer sur le suivant, laissant pour le moment une énorme étendue de sable sur laquelle viendra s’échouer nos étraves. Nous traînons nos kayaks sur quelques mètres, le temps de nous restaurer sans que nos frêles esquifs ne soient emportés par les eaux montantes.

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 Île d’Aix: Arrivés sur la plage du Tridoux © Christophe BONNIN

La vue sur le Fort depuis la plage est tout simplement magique. Alternance entre diverses teintes bleutées propres à la profondeur de l’eau sur des tons azurs mélangés à quelques reflets céruléens projetés de façon linéaire au gré des horizons, derrière lesquelles trône le Fort avec en arrière-plan une longue bande de sable bordant l’île d’Oléron de Boyardville à St Denis d’Oléron reflétant les éclats scintillants qu’Hélios projette abondamment.

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Vue sur le Fort & l’île d’Oléron © Christophe BONNIN

Mon expérience de marin d’eau douce commence à se faire ressentir. Pendant que je me prélasse sur la plage, m’abandonnant complètement à la digestion d’un repas bien mérité, mes deux compères quant à eux, scrutent régulièrement depuis ce matin leur montre et leur GPS. C’est un réflexe dont je suis totalement dépourvu. La navigation sur l’océan, contrairement aux lacs de ma région, nécessite une certaine vigilance concernant l’évolution de la marée, et ce, afin de ne pas se retrouver en difficultés face à des courants importants, ou de nous échouer sur des parcs à huitres si nous venions par mégarde de louper le créneau horaire de navigation.

Bref, vous l’aurez compris, inutile de jouer aux phoques paresseux, soucieux de se faire dorer la pilule sous ce soleil pourtant généreux. On remballe le matériel, clipsant les trappes étanches et reprenons notre odyssée.

Nous contournerons l’île sur sa face Ouest pour rejoindre sa partie Nord. Quelques petites vaguelettes nous ballottent, mais ne perturbent en rien notre navigation.

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Plage des « Sables d’Or » © Christophe BONNIN

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Coincée au creux des récifs bordant la face Nord, la petite plage des « Sables d’Or » de part son nom, affiche non seulement une belle pellicule sableuse aux tons précieux, mais également une végétation garnie de pins, arbousiers et autres éléments de la gent végétale qui me feraient presque croire que nous nous sommes échoués sur une plage de la méditerranée. Toujours dans un souci d’être en parfaite adéquation avec les caprices de la marée, nous délaisserons prématurément cet endroit magique au profit d’une nouvelle destination :

L’île Madame.

Avant d’avaler de nouveaux milles nautiques, je me retourne une dernière fois vers l’île d’Aix, contemplant la pointe de Coudepont, symbole d’un au revoir furtif. Cette mécanique effrénée entre les rouages du temps qui passe me laisse un léger goût amer d’inachevé quant à la contemplation et l’exploration de ces lieux. Je me console, en me promettant un jour d’y retourner.

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Christophe & Laurent devant la Pointe de Coudepont

Face à nous, une masse sombre pointe le bout de son nez. Christophe et Laurent ont choisi volontairement d’inclure cet édifice sur notre route. Construit après la bataille de l’île d’Aix afin de protéger l’arsenal de Rochefort, le Fort Enet, beaucoup plus discret que son cousin « Boyard » viendra agrémenter notre randonnée nautique. La hauteur d’eau augmentant au fil des heures nous permettra de franchir aisément la passe d’accès immergée, serpentant depuis la pointe de la Fumée. Cette piste de 1,6km permet aux visiteurs à marée basse, d’accéder à pieds à ce site classé depuis le continent.

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Christophe devant le Fort Enet
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Fort Enet © Christophe BONNIN

Propulsés comme jamais par les courants de marée, l’île que l’on convoitait s’approchera avec des vitesses frôlant les 10 km/h. Ce sera sur une plage de galets en osmose avec un résiduel sableux derrière laquelle trône une digue protectrice, et toujours sous un soleil de plomb, que nous foulerons quelques mètres carrés de l’île. Le temps pour moi de sortir mon réchaud et de porter quelques centilitres d’eau à ébullition pour offrir généreusement à mes hôtes un bon café soluble avant la dernière partie de cette journée.

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Christophe à bord de Curiosity avec vue sur l’île Madame © Christophe BONNIN
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Débarquement sur l’île Madame © Christophe BONNIN
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Votre serviteur © Christophe BONNIN

Les yeux rivés vers l’Ouest, nous contemplons l’île d’Oléron. Elle peine par sa distance éloignée à se dessiner sous ce fond uniforme d’un bleu tropical et ces autres teintes océaniques.

Nous voilà face à notre dernière ligne droite pour rallier la pointe du chenal de la Perrotine. Impossible pour l’instant à cette distance avoisinant les 10km d’apercevoir ce chenal. On s’en remet à nos GPS pour tenir le cap, et surtout à notre mental pour affronter les éléments qui semblent prendre forme au large.

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GPS & matériel embarqué de Christophe © Christophe BONNIN

Le plateau des Palles, incontournable pour la pêche à pieds s’étend sur les deux premiers kilomètres. Un numéro de haute voltige illustré par des Sternes Pierregarin viendra fendre le ciel. Plusieurs flèches blanches propres à ces hirondelles des mers se propagent de façon anarchique avec des vitesses incroyables mêlées à ce fameux « kirri…kirri…kirri » reconnaissable parmi tant d’autres. D’autres laridés tentent également de se faire une place dans ce brouhaha anarchique.

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Le Plateau des Palles © Christophe BONNIN

Rien ne semble, pour l’instant freiner notre progression. Nous glissons sur l’eau avec une aisance certaine avec dans l’espoir d’atteindre rapidement Oléron.

Les cris stridents de nos amis à plumes commencent à s’atténuer au rythme de nos coups de pagaie. Devant moi, j’observe cette étendue d’eau qui semble présenter au loin de légers picotements de surface. Nous ne sommes pas encore dans la zone concernée, mais cela ne semble présager rien de bon. On poursuit sur notre lancée, bien décidés à boucler la boucle. Nos étraves continuent inlassablement de fendre la surface de l’eau jusqu’à cet instant précis où nous pénétrons dans le secteur tant redouté.

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Laurent devant le plateau des Palles © Christophe BONNIN

Un flux d’air imposant se dresse face à nous, se plaquant violemment contre mon visage. Surpris aux premiers abords, je passe la deuxième, et garde le rythme avec arrogance face aux éléments qui semblent vouloir me provoquer. Mais Éole ne souhaite pas en rester là et impose sa volonté. Il nous expédie d’autres sbires qui manquent de peu d’arracher de mes mains ma pagaie. J’appuie fermement sur cette dernière, à la manière d’un sceptre transperçant les eaux tumultueuses, voulant moi aussi le contraindre à me laisser avancer dans ce rapport de force. Il réplique de plus belle en soulevant maintenant les premières vagues qui viendront non seulement se fracasser sur le pont du kayak mais également sur mon visage. Ce fourbe se joue de nous. Je perçois presque son rire narquois au travers de ses sifflements venteux mélangés aux embruns. Sa force tend à me faire dévier de ma trajectoire. Je redresse mon embarcation, les pieds et genoux enfoncés sur les cales, amorçant des hanches un mouvement violent de la gîte accompagné d’un geste circulaire de ma pagaie pour aligner de nouveau la pointe avant face à notre destinée. Il enchaîne maintenant avec d’autres vagues plus imposantes venant de travers, frappant sans répit les flancs du kayak. C’est un véritable combat épique qui s’engage sur cette dernière traversée. Il ne manquerait plus qu’un « Don’t Think Now is the Best Time » d’un Hans Zimmer survolté pour enrober cette ambiance à la sauce « David contre Goliath ». Je tourne la tête, cherchant du regard Christophe et Laurent qui avancent eux aussi avec la même frénésie, couchés sur l’avant de leurs navires en opposant le moins de résistance possible face aux caprices éoliens qui nous entourent. Leurs visages ne laissant transparaître aucune inquiétude, j’en déduis que la situation est encore sous contrôle, et me focalise à nouveau sur notre objectif commun. J’occulte également tous les repères visuels aux alentours, à commencer par le Fort Boyard au loin, toujours immobile, témoignant de la lenteur de notre progression, afin de préserver mon moral.

Dans les vagues contre les vents © Christophe BONNIN

Pour ne rien arranger, nous essuyons les agressions solaires du disque de feu amorçant son déclin, projetant à la hauteur de notre regard, ses rayons aveuglants. S’ajoute à cette vision brûlante, la force et les courants de marée que nous subissons de plein fouet, bien décidés à nous barrer la route. Dans ce tumulte, je décide d’abattre ma dernière carte et empoigne fermement la corde dédiée, orchestrant un fort mouvement de traction qui viendra déployer mon gouvernail. Il m’économisera le peu d’énergie qu’il me reste pour venir à bout de ce combat titanesque qui aura duré pas moins de deux heures et demie pour effectuer seulement 8 km.

© Christophe BONNIN

A l’issue de cette lutte acharnée, nous apercevons enfin cette étendue de sable salvatrice, matérialisant la plage de Boyardville à proximité du chenal de la Perrotine. Déserte ce matin lors de notre départ, elle est désormais noire de monde. Le rythme intense de notre mouvement de pagaie exécuté de façon mécanique au risque de faire surchauffer la machine, laissera place à un relâchement total des muscles sollicités. La pagaie posée à l’horizontale sur le pont, je me laisse dériver avec légèreté, cambré à l’arrière du kayak, étirant tout le haut de mon corps, en orchestrant une profonde inspiration, les avant-bras immergés dans l’eau salée. Epuisé comme jamais, j’exulte intérieurement. Fier d’avoir non seulement réalisé mon rêve de gosse à la vue du Fort, mais également d’avoir tout donné dans la douleur, repoussant une fois de plus mes limites.

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Enfin arrivés !!! © Christophe BONNIN

Nous raccompagnons Laurent à la pointe du chenal de la Perrotine. Avant de nous séparer, je remercie chaleureusement mes deux compères pour leur accueil, la découverte de leur patrimoine nautique et cette superbe séance cardio de fin de parcours qui va me laisser, au travers des crampes à venir, de superbes souvenirs !!!

Merci à vous d’avoir pris le temps de lire ces quelques lignes. En récompense je vous propose un superbe montage vidéo de notre ami Christophe résumant cette superbe journée.
Bon visionnage

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Chapitre II: Le Pertuis de Maumusson

[Photos] La Valouse

Initialement, nous avions prévu d’aller travailler dans les courants à l’espace d’eau vive de Sault Brénaz. Mais les dernières mesures pour lutter contre le COVID 19 prises par le gouvernement en ont décidé autrement.
Au final, ce sera une sortie improvisée aux côtés de Laurent NICOLET qui a eu la gentillesse de nous servir de guide sur un superbe spot qu’est la Valouse.
Une rivière, certes, un peu éloignée de notre territoire, serpentant dans le département du Jura avant de rejoindre la rivière d’Ain.
Embarquement vers Valfin sur Valouse pour un parcours de 14 km avec en prime une superbe visite de la Caborne du Boeuf en mode spéléo.

Encore un immense merci Laurent!!!

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« Photos » Les Marais de Lavours entre chien & loup

Quoi de mieux que de venir profiter des bienfaits de ce surplus d’eau au coeur des marais de Lavours? Sortie crépusculaire organisée par Fred. Au programme, une petite boucle de 2 km dans un labyrinthe de roselières dans une ambiance entre chien et loup. Des lumières magiques d’une pureté rarissime!!! Un délice pour les yeux! Régalez vous sans modération!!!!

Fondus de Kayak 2020

Dimanche 16 Février 2020,

9h35 – Rampe d’embarquement en aval du barrage de Motz.

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Rampe d’embarquement en aval du barrage de Motz

Cinq petites minutes de retard sur notre timing initial, mais qui ne perturberont en rien la magie de cette superbe journée.

Je lève les yeux au ciel avec un sentiment de méfiance quant à la météo annoncée. Elle prend un malin plaisir à flirter entre nuages quelques peu menaçants, et un soleil qui tente de toutes ses forces à se faire une place au travers de ces mêmes nuages afin de régner en maître pour ces prochaines heures.

Sept kayakistes dont je fais partie s’apprêtent à glisser sur les eaux timides d’un Rhône encore endormi. Les vannes du barrage de Motz resteront fermées, ne laissant écouler que le débit réservé minimum. Insuffisant à mes yeux pour nous permettre d’aller nous faufiler dans les méandres du vieux Rhône et caresser l’espoir d’aller chercher cette quiétude tant convoitée.

Fort heureusement, l’objectif et l’attraction principale de cette journée se trouvent ailleurs…

Nous nous apprêtons à revivre la magie conviviale de l’événement :

« Fondus de kayak »

Ce nom vous est encore inconnu ?

Je vous invite sans plus attendre à rattraper votre retard en lisant le compte rendu d’un des plus gros événements réalisés en 2017 ci-dessous :

https://kayakrhonelacs.com/2017/11/18/fondus-de-kayak/

C’est en ce Samedi 18 Janvier 2020 que la genèse de cette nouvelle édition à commencé.

Rendez vous avec Yannick VERICEL (Randovive) à son QG situé à Meyzieu pour récupérer du matos.
On en profite pour boire un verre et refaire le monde autour du kayak.
Malheureusement, le temps nous manque cruellement pour poursuivre ces échanges passionnants, et chacun doit vaquer à son agenda respectif.

Juste avant de me retourner face à mon véhicule il m’interpelle une dernière fois :

– « J’ai quelques week-ends de dispo en Février. Voudrais tu organiser à nouveau une sortie kayak avec une bonne fondue à la clé ? »

Mon emploi du temps surchargé me laisse dubitatif et émettre quelques doutes quant à l’organisation d’une sortie de cette ampleur. Mais ces mêmes secondes à peine écoulées, se dilueront instantanément devant un enthousiasme que je sens renaître en moi tel un phœnix émergeant à nouveau de ses cendres.

Rapidement une date est trouvée et sans plus attendre, je me hâte à ouvrir un groupe de discussion sur FaceBook Messenger afin de réunir les futurs protagonistes qui prendront part à cette édition 2020.

Malgré la réputation nauséabonde que l’on peut se faire des réseaux sociaux, je reste persuadé que cet outil utilisé à bon escient peut s’avérer être un fil conducteur puissant capable de nous rallier les uns aux autres autour de notre passion commune : Le Kayak

Au final, pas moins de 18 kayakistes inscrits, avec comme nouveauté cette année, le mélange des nationalités Belges, Françaises et Suisses.

Pour ces derniers, Coralie & Yves, rencontrés lors de l’événement Rhôn’O’Lac en Septembre 2019, nous proposerons de partager à leur côtés leur fondue préparée selon la plus pure tradition Suisse.

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Coralie & Yves – © Randovive

Autre nouveauté également, l’événement attire désormais les plus jeunes : Thomas & Grégoire âgés de 11 & 12 ans.

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Thomas & Grégoire – ©JP Lesage

Traditionnellement, nous avions pour coutume d’aller naviguer sur un Lac (Bourget, Annecy). J’ai, pour cette 4ème édition, décidé d’ajouter quelques kilomètres supplémentaires sur le Rhône.

Le projet est de partir de Motz,

  • Descendre le fleuve jusqu’à Chanaz,
  • Remonter le canal de Savière en direction du Lac du Bourget
  • Parcourir ce dernier sur environ 6 km en direction de la grotte de Raphaël, lieu incontournable pour déguster la fondue tant convoitée.

Afin que cet événement soit accessible à tous, une partie du groupe aura la possibilité de prendre le train en route à Portout.

Il me faudra jongler avec une logistique optimisée de façon à privilégier ceux qui viennent de loin afin qu’ils puissent prendre la route rapidement pour le retour.

Un vrai casse tête sur le papier, mais je prends un réel plaisir à mettre toute cette organisation sur pieds. Quelques petits aléas m’incite à revoir quelques détails, mais dans l’ensemble, tout devrait pouvoir fonctionner à merveille le jour « J ».

Les quelques jours et les quelques heures précédant l’événement, je reste toujours aux aguets avec une vigilance absolue, redoutant un revirement brutal de situation (absence d’un des membres, etc..) nécessitant une remise en question complète de la logistique initiale. Bref, la métaphore du grain de sable dans une mécanique complexe.
Fort heureusement, les quelques imprévus de dernières minutes ne perturberont en rien tout ce que j’ai mis tant de temps à bâtir.

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Les premiers kayaks quittent la rampe de Motz. Leurs poupes raclent légèrement la surface bétonnée de cette même rampe pour caresser et rejoindre les eaux du Rhône.

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Dirk au départ

Je pose un regard complice envers mon ami Rikou partageant avec lui depuis plusieurs années maintenant cette passion commune pour ce fleuve.

Une passion qu’il me tarde de transmettre à mes nouveaux compagnons, Fred, Coralie et Yves, qui n’ont jamais navigué en ces lieux.

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Fred & Rikou

Il nous faudra être vigilants par rapport à la hauteur d’eau qui se mesure à certains endroits en centimètres, afin de préserver au mieux les coques de nos kayaks.

La montre jouant un peu contre nous, nous la consultons régulièrement afin de ne pas trop faire attendre l’autre partie du groupe qui nous rejoindra à Portout aux alentours de 12h30.

Je garde un oeil vigilant sur la météo. En effet, la tempête « Dennis » traverse actuellement le pays sur sa partie Nord Nord/Ouest avec des vents avoisinant les 130 km/h.

De part notre position géographique et notre localisation beaucoup plus protégée, des vents nettement plus atténués sont annoncés pour cette fin de matinée avec des rafales pouvant atteindre malgré tout les 30 km/h.

Nous essuyons d’ailleurs quelques prémices de ces mêmes rafales sur le Rhône, qui arrivent parfois à nous faire légèrement dériver.

Malgré tout, je prends un plaisir certain à retrouver mes marques en ces lieux. En effet, les dernières sorties en rivière effectuées sur le Séran, m’avaient éloigné provisoirement de ma pratique initiale. Je retrouve avec joie les sensations et la vitesse du kayak de mer, porté par les eaux de mon compagnon de toujours.

Rapidement nous rejoignons Culoz, et subitement, les quelques rafales qui nous provoquaient sans cesse en ce milieu de matinée s’effacent brutalement. J’en suis le premier surpris. En temps normal, la traversée de Culoz sous les vents devient particulièrement difficile, ces derniers se renforçant souvent dans cette zone.

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Cap sur le Pont de La Loi reliant Culoz à la Savoie

A mesure de notre progression, le cercle de feu prend de l’ampleur, dépassant les quelques nuages rebroussant chemin, ne pouvant résister devant ses rayons conquérants. Ils transpercent lentement, mais surement cette masse blanche qui se disloque à notre arrivée à Chanaz.

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Yves dans l’une des rares lônes qu’on aura pu visiter en aval de Culoz

Nos combinaisons sèches nous protégeant du froid et de l’hypothermie représentent désormais un fardeau lourd à porter sous ces quelques degrés supplémentaires gagnés en quelques minutes.

Comme le fardeau cité quelques mots en arrière, il nous faudra porter également nos embarcations pour franchir la digue séparant le Rhône du Canal de Savière.

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Fred & Guillaume acheminant un kayak du Rhône au Canal de Savière

La vue sur le Grand Colombier dominant cette partie du fleuve est toujours aussi agréable à contempler. Ce géant du Bugey trône comme un roi faisant face à la Savoie.

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Coralie & Yves sur le Rhône avec en arrière plan le Grand Colombier

Le temps presse et sans plus attendre, nous prenons la direction de Chanaz que nous traverserons en l’espace de quelques petites minutes pour continuer avec frénésie notre ascension du canal pour rejoindre le reste du groupe à Portout.

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Dirk sur le point de Franchir le Pont vénitien de Chanaz

Rive droite, nous apercevons l’Auberge de Portout et son ponton aménagé spécialement pour les plaisanciers désireux de faire une pause repas sur le canal.

A ce même ponton, embarque la deuxième partie du groupe. Du moins ce qu’il en reste. Ne nous voyant pas arriver, les premiers protagonistes de Portout auront préféré rejoindre directement la grotte et ainsi gagner un temps précieux sur la préparation du feu.

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Corinne, Fred, Dirk, Rikou et Ludo sous le pont de Portout

Nous faisons une petite halte pour récupérer les vivres laissées au préalable le matin sur le parking de Portout dans les voitures de la logistique retour. En effet, il nous était inutile de s’encombrer d’un poids supplémentaire le matin même lors de notre descente du Rhône.

Plus que quelques centaines de mètres avant de rejoindre l’embouchure du canal et apercevoir cette vue panoramique incroyable que nous offre le Nord du lac du Bourget. Tout au loin de cette étendue d’eau propre au plus grand lac naturel de France, se dresse majestueusement le massif de Belledonne. Ses sommets enneigés avec générosité nous renvoient la pureté d’une lumière dynamique, générée par un soleil qui désormais, imposera pour le reste de la journée sa grandeur et sa toute puissance.

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Coralie, Yves et le reste du groupe à l’embouchure du canal de Savière avec vue sur le Lac

La surface du lac présente de légères ondulations, qui ne gêneront en rien notre progression jusqu’à notre destination finale. Le vent a complètement disparu. Les quelques rafales agressives du matin se métamorphoseront en petites brises légères nous caressant le visage avec un peu de fraîcheur, et nous aideront malgré elles à mieux supporter le poids de la chaleur à l’intérieur de nos combinaisons.

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Le Lac du Bourget avec vue sur le massif de Belledonne – © Randovive

Pas le temps d’apprécier davantage le paysage nous entourant. Les proues de nos kayaks s’alignent en direction du Château St Gilles reconnaissable à sa couleur rose, qui pourrait presque nous faire croire que nous prenons l’assaut de ce dernier afin de délivrer une pseudo princesse ressemblant à s’y méprendre aux plus gros clichés de la gent féminine des studios Disney.

Les pseudos princes charmants que nous sommes en ces lieux n’ont en aucun cas l’intention de réveiller la belle, mais plutôt de combler un vide énorme qui s’intensifie à mesure de nos coups de pagaies.

Si dans les contes de fée de notre enfance, les chevelures de ces dames de haut rang, sont pour la plupart de couleur dorée, reflétant le soleil à la manière d’un champ de blé, nous n’en retiendrons seulement que les quelques filaments parfumés d’Emmental mélangé à d’autres ingrédients tels que le Beaufort, le Vacherin et son cousin Suisse Fribourgeois, s’enroulant avec délice autour de ce morceau de pain légèrement rassis d’une croûte brunâtre craquelée suite à la pénétration vigoureuse d’un javelot en acier inoxydable. Ce même morceau de pain pompera de ces interstices le mélange d’un vin blanc chauffé dont les effluves mariées à l’odeur d’un ail raclé au préalable et noyé dans ce trio de fromage fondu cloquant sous l’effet de la chaleur.

Ces quelques pensées furtives qui ne font qu’alimenter notre faim, transmettront toute la motivation pour trouver l’énergie nécessaire afin d’arriver au plus vite à destination.

A la base du Château de St Gilles, la digue séparant son port privé nous indiquera une fois franchie, une masse sombre quelques centaines de mètres plus loin, épousant le lac.

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Vue sur l’Abbaye avec à droite, la pente rocheuse protégeant la grotte de Raphaël – © Randovive

A hauteur de cette même masse viendra se dessiner les contours de notre lieu d’accueil:

« La Grotte de Raphaël »

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La Grotte de Raphaël – ©JP Lesage

Nos kayaks s’échouent sur la plage de galets dont la surface sera recouverte au trois quarts par nos embarcations.

On s’extrait de nos hiloires et quelques uns d’entre nous retirent leurs combinaisons sèches à la manière d’un papillon sortant de sa chrysalide.

Le reste du groupe nous attend avec impatience. Derrière eux, le feu crépite de joie.

Les bouchons des trappes se déclipsent les uns après les autres, révélant à l’intérieur de chaque caisson divers accessoires et victuailles qu’il nous tarde d’extraire au plus vite.

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Les trappes ouvertes pour notre plus grand bonheur – © Randovive

Tout s’organise autour du feu à la manière de nos ancêtres lointains dépeçant leur gibier attrapé après des heures de chasse parfois au péril de leur vie.

Les quelques briquettes de jus de fruit sont quand à elles, réservées à l’âge juvénile.

Pour le reste, bière Belge, blanc, et une cuvée de Royal d’Hautecombe offerte généreusement par Yvan. Un apéritif bien fourni, agrémenté de saucisson, jambon cru, chorizo, et en bonus quelques boites de pâté maison confectionnées par la belle mère de notre ami Rikou. Un délice mélangé à une explosion de saveurs préparant notre palais à l’attraction clé tant attendue de cette journée.

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Yvan et sa cuvé de « Royal d’Hautecombe » – ©JP Lesage
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Une bonne tartine de pâté avant la suite!!! – © Randovive

Les réchauds se mettent en place. Les premières odeurs d’ail frotté sur les caquelons viennent chatouiller nos narines, libérant à l’intérieur de nous mêmes une quantité non négligeable de sérotonine qui viendra stimuler notre appétit.

Le clapotis du flot extrait du goulot de vin blanc viendra jouer les premières notes d’une musique culinaire qu’il nous tarde d’écouter. L’amorce étincelante viendra enflammer le sifflement silencieux du flux de gaz allumant ainsi les uns après les autres dans une vitesse quasi instantanée touts les interstices circulaires rangés en cercle autour du bruleur.

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Raphaëlle préparant la fondue – ©JP Lesage

Quelques minutes après, les premières effluves alcooliques, mélangées à l’ail émietté au fond du caquelon viendront amplifier d’avantage notre frénésie.

Les premiers morceaux finement coupés des ingrédients principaux tombent désormais à l’intérieur de cette bouillonnante musique qui cesse les premiers instants avant de reprendre de plus belle une fois le fromage dilué progressivement dans une danse rythmée par une spatule en bois énergique, aérant le mélange afin d’intégrer au mieux tous les éléments présents et obtenir cette osmose parfaite, parfumée et prête à déguster.

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La fondue enfin prête – © Randovive

Nous sommes trois volontaires à orchestrer cette symphonie, Raphaëlle, Yves et moi même, ajustant les derniers détails avec un soupçon de noix de Muscade et autres ingrédients propres à finaliser définitivement nos préparations. Entourés d’un auditoire dont les papilles gustatives s’emballent d’impatience et prêtes à en découdre.

 

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Yves & Yves préparant la fondue – ©JP Lesage

Seuls au fond de la grotte, imperméables à tout ce spectacle, Thomas et Grégoire s’essayent au « Fire Striker » sous l’oeil bienveillant de Yannick.

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Grégoire et Thomas suivant les instructions de Yannick – ©JP Lesage
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Et ça marche !!!!! – © Randovive

Un premier morceau de pain viendra s’immerger et s’imprégner du mélange finalisé. Je le mets en bouche avant de valider et déclarer la fondue prête à consommer.

Nous entrons tous en danse. Chacun navigant d’un caquelon à l’autre pour comparer, se délecter et apprécier comme il se doit chaque fondue.

Au final, les caquelons seront tous expédiés, certains d’entre nous usant même de leur pics pour racler le restant de fromage séché au fond par l’excédent de chaleur pour ne pas en perdre une miette.

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Affamés !!!! – ©JP Lesage

Yannick nous préparera un bon café à l’aide de sa fidèle cafetière italienne. Cette dernière chauffant progressivement sur l’un des réchauds. Les clapotis de l’eau avoisinant les 100°c métamorphoseront cette dernière en un état vaporeux qui viendra épouser le café moulu et ressortir au sommet du deuxième compartiment dans sa forme finale.

Rikou prendra rapidement le relais en dégainant sa bouteille d’eau de vie à la poire. La ration, bien que minime pour ce genre de breuvage, une fois absorbée, clôturera définitivement le repas.

S’ensuit alors au cours d’une digestion commune, des sujets de conversation diverses, pour la plupart orientés à notre pratique du kayak.

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La convivialité à son apogée!!! – © Randovive

Chaque protagoniste trouve naturellement sa place dans cette communauté improvisée. Personne n’est mis à l’écart. Néanmoins, je fais volontairement exception le temps de quelques minutes pour apprécier comme il se doit cet événement. Je m’assois furtivement près du feu, observant à distance cette convivialité, symbolisant à mes yeux la récompense de toute cette organisation qui, sans la proposition de Yannick en ce Samedi 18 Janvier dernier, n’aurait probablement pas vu le jour cette année.

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Photo de groupe!!! – ©JP Lesage

Le soleil amorce désormais son déclin. L’ombre qu’il projette depuis la grotte, se répand sur le lac. Il nous faut nous hâter et ranger rapidement nos affaires à l’intérieur des trappes étanches. Se remettre en selle et rejoindre l’embouchure du canal avant la nuit.

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Fred & le reste du groupe à l’embarquement pour le retour – ©JP Lesage

Avant de nous réfugier à l’intérieur du canal de Savière, je me retourne face à cette magnifique chaine de Belledonne, scintillant encore sous les derniers reflets lumineux.

Ce tableau de maître, que seule dame nature à la faculté de projeter sous les yeux de ceux qui veulent prendre le temps d’apprécier l’instant, symbolisera la fin de cette quatrième édition de « fondus de kayak ».

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Dernières lueurs sur le massif de Belledonne – © Randovive

Je tenais à remercier tout d’abord Yannick VERICEL de m’avoir sollicité pour organiser cet événement. De mon propre chef, je ne sais pas si j’aurai eu le courage de me lancer dans cette entreprise cette année.

Merci également à tous les protagonistes qui ont participé, ceux qui n’ont pas hésiter à bousculer leur agenda pour nous gratifier de leur présence! Ils se reconnaîtront à la lecture de ces lignes.

De nouvelles idées pour la prochaine édition commencent déjà à gamberger dans ma tête.

Hâte de vous retrouver l’année prochaine!!!!!

CORNETTO Yves

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© Randovive