Archives du mot-clé Bugey

Le Séran et ses secrets

Le Séran

Je commencerai ce compte rendu par un seul mot:

« Hasard »

On l’emploie souvent, et parfois même sans forcément s’en rendre compte.
Si l’on s’intéresse à sa définition, on obtient ceci:

« Puissance considérée comme la cause d’événements apparemment fortuits ou inexplicables »

Ou alors:

« Circonstance de caractère imprévu ou imprévisible dont les effets peuvent être favorables ou défavorables pour quelqu’un »

Lorsque l’on organise un événement important, la phrase suivante revient souvent:

« Rien n’a été laissé au hasard »…

C’est un mot qui, dans nos sociétés modernes où tout est cloisonné, n’a que peu de place.
La recherche perpétuelle de la perfection absolue dans nos attentions, notre travail, voir parfois, dans notre vie quotidienne, laissera le hasard à l’extérieur. A l’image d’un être qu’il ne faut en aucun cas fréquenter sous peine d’être relayé nous aussi au rang d’intrus à éviter.

En ce Samedi 15 Juin 2019, rien ne me prédestinait à programmer une sortie en kayak.

Cependant, le hasard a voulu que la météo se gâte avec des orages importants annoncés en fin d’après-midi. Après consultation des bulletins, pas de doutes, le département est même placé en vigilance orange.

Je vais dans ce compte rendu, vous parler à nouveau du Séran.

Inutile de me répéter sur les origines de cette rivière. Pour ceux qui seraient passés à côté de mon dernier CR sur ce cours d’eau, je vous invite à le lire ICI.

GPTempDownload-10

Les chances pour voir l’eau parcourir généreusement le lit de cette rivière après le mois d’Avril sont faibles, voir quasi inexistantes. La particularité du Séran, bien que renforcé par son confluent avec le Groin sur la commune d’Artemare, est son débit qui varie brusquement d’un jour à l’autre.

Je m’explique…

Pour avoir le privilège de pouvoir naviguer sur cette rivière, il faudra guetter comme le lait sur le feu la météo, et plus particulièrement les grosses averses ou les orages importants qui renforceront le débit afin d’avoir un niveau d’eau suffisant. Ingrédients nécessaires pour une navigation réussie. Et de plus, il ne faudra pas « louper le créneau » car dès le lendemain ce même débit sera déjà divisé par 2.

Les repères à prendre en compte, sont d’additionner les débits du Groin et du Séran pour obtenir une valeur de référence.
Cette référence ne doit en aucun cas être en dessous de 7 m3/s sous peine de racler constamment le fond.

Vous trouverez ci-dessous les liens officiels des stations de mesure pour vous faire une idée.

La station de Belmont-Luthézieu pour le Séran:
https://www.rdbrmc.com/hydroreel2/station.php?codestation=868

La Station d’Artemare pour le Groin:
https://www.rdbrmc.com/hydroreel2/station.php?codestation=869

Je reviens donc sur ce hasard ou cette chance incroyable en cette journée de Samedi.

Les débits additionnés juste avant l’orage me faisaient hésiter un peu. Sur le coup des 14 heures, ils s’élevaient à peine à 7 m3/s.

Mais l’orage, bien qu’annoncé quelques heures auparavant, s’invitera brusquement avec des vents incroyables, suivis de pluies diluviennes. Ces mêmes pluies, qui malgré une fourchette horaire très courte, seront suffisantes pour faire varier les débits du Groin et du Séran à des valeurs frôlant les 30 m3/s en début de soirée.

Ni une ni deux, je saisi mon téléphone et improvise avec un ami une sortie pour le lendemain.

GPTempDownload-13

Dimanche 16 Juin

La nuit aura été courte. Un sommeil tardant à venir, parasité par cette excitation frénétique que nous ressentons tous au prélude d’un événement important qui nous tient à cœur.
A peine levé que je me précipite sur les relevés des débits. Les valeurs de référence égalant les 30 m3/s vers 22h00 sont redescendues maintenant à 22 m3/s.


Notre point d’embarquement n’étant qu’à 5min, nous sautons avec mon compagnon de route dans la voiture sans plus tarder et filons à vive allure vers une nouvelle aventure.

Je vais également au travers de ce compte rendu mettre à nouveau la lumière sur les kayaks gonflables et plus particulièrement ceux de la marque Gumotex.

Bien que réticent sur ces embarcations il y a encore quelques mois, j’apprends au fil de mes sorties à m’habituer, et surtout à apprécier les qualités que peuvent nous offrir ce type de kayaks.
Certes, il faut bien avouer que question vitesse, prise au vent, et navigation dans des conditions soutenues en mer ou en lacs, les KG (Kayaks Gonflables) ne sont pas encore prêts d’égaler les rigides.
Mais là où ces engins venus d’un autre monde vont tirer tous leurs avantages par rapport aux rigides sera dans leur capacité de transport, stockage, mais également leurs qualités de navigation dans de petits cours d’eau, rivières, etc, là où des kayaks de mers ne pourront aller.

GPTempDownload-11

La gamme Gumotex, en comparaison avec d’autres gonflables bénéficie d’un matériau résistant aux abrasions et aux UV:

Le Nitrilon

3299_0

Je ne vais pas m’étendre sur les caractéristiques techniques et mécaniques de ce matériau, mais j’invite les plus curieux d’entre vous à consulter le lien suivant:

https://www.gumotexboats.com/fr/materiaux-utilises

J’ai depuis 4 ans maintenant fait l’acquisition pour une utilisation occasionnelle et familiale du Solar, l’un de leur kayaks les plus polyvalents et les plus répandus.

31671

J’étais sceptique quand à la résistance de ces bateaux, mais après avoir effectué une sortie hivernale sur le Séran, raclé un peu le fond de la rivière, percuté quelques branchages parfois épineux, je dois bien avouer que je regarde maintenant ces bateaux sous un angle nouveau, avec une vision prometteuse et de nouvelles possibilités qui s’ouvrent à moi sur des spots de la région encore inexplorés.

Ci dessous, une vidéo d’une sortie hivernale sur le Séran:

Comme cité un peu plus haut, ils ne remplaceront jamais les kayaks de mer que j’aime tant.

Ces bateaux qui n’ont pas encore fini de faire parler d’eux représentent un complément de navigation que ne peut nous offrir le kayak de mer, embourbés par une organisation logistique importante, une manœuvrabilité limitée, et bien sûr, leur poids.

9h30

Nous voilà au pied du Séran, juste à côté de l’entrée du camping le Vaugrais. Nous acheminons  énergiquement des quantités d’air à l’intérieur du Solar par des mouvements répétitifs du pied droit (suivi du pied gauche une fois le côté opposé engourdi par l’effort) sur la pompe.
A mesure que le kayak prend forme notre frénésie gagne en intensité.

GPTempDownload-20

La lumière ambiante est d’une pureté flirtant avec la perfection. Je remercie les orages de la veille, mais surtout cette pluie dense et intense qui a eu pour effet de « laver » l’atmosphère. Le soleil, se fraye une place au travers d’un résiduel nuageux de la veille. Ce mélange d’un blanc, jaune, bleu, additionné à un vert végétal d’un feuillage bien fourni en cette saison sera un précieux allié pour embellir mes photos. Seul absent de ces futurs clichés numériques, la transparence cristalline de l’eau, remplacée par un mélange légèrement boueux. C’est malheureusement le prix à payer pour avoir un niveau d’eau suffisant.

Une fois le kayak gonflé, j’attache au moyen de sangles et mousquetons les sacs étanches et divers accessoires à bord. Mon compagnon de route se demande d’ailleurs si cela est vraiment nécessaire. Après avoir perdu une Gopro lors d’une sortie en mer quelques années auparavant, je préfère ne prendre aucuns risques.

GPTempDownload-19

Nous prenons place à bord pour une navigation en biplace et sans plus attendre les premiers coups de pagaies commencent à rythmer cette sortie. Ils sont un peu timides au début, le temps de synchroniser nos efforts pour diriger le kayak au mieux.

Nous sommes propulsés par un courant généreux. A peine avons-nous franchi les premiers 100 mètres que nous rejoignons le Groin.

Je ne sais pas si vous avez pris le temps en lisant ce compte rendu de vous arrêter un peu plus haut sur les deux copies d’écran concernant les courbes de débits du Séran et du Groin. Sur ce dernier, vous remarquerez facilement que sa puissance par rapport au Séran est multipliée par 2.

Nous ressentons pleinement cette puissance sur place. Des vagues anarchiques nous ballottent. Mais nous arrivons à nous positionner sur le courant central. Le kayak rebondit sur ces mêmes vagues, qui d’ailleurs une fois fracassées sur la proue, remplissent l’intérieur de notre embarcation. Les premières hésitations de mon partenaire face à ces premiers caprices du Séran se transforment en un enthousiasme sans failles avide d’en connaitre davantage.

GPTempDownload-18

Sur notre gauche, les arbres longeant la rue des Glières (derrière laquelle se dresse le gymnase d’Artemare) défilent à vitesse grand V. En moins de temps qu’il nous le fallait, nous franchissons le pont de la rue de Lyon. Quelques premiers branchages nous font barrage. Après avoir franchi avec succès cet obstacle, un autre entremêlement boisé beaucoup plus dense pointe le bout de son nez. Nous cherchons désespérément une ouverture dans ce chaos. Il va falloir improviser. A peine avions nous eut le temps de commencer à se dégager de ces sbires feuillus que le kayak se place de travers. Le courant commence alors à avaler notre embarcation déjà pleine d’eau. Je comprends alors à la dernière fraction de seconde que le dessalage est inévitable. Mon premier réflexe est de saisir énergiquement le kayak et ma pagaie avant de passer à l’eau. Malgré nos combinaisons néoprène, je ressens ce choc thermique violent qui me coupe le souffle les 10 premières secondes. Tellement troublé que je n’arrive pas à passer oralement les consignes à mon partenaire. Fort heureusement, ce dernier a eu le même réflexe pour s’emparer du bateau également, et sans paniquer, nous rejoignons la rive droite pour vider rapidement notre embarcation.  Nous faisons immédiatement référence à notre conversation lors de notre préparation au camping le Vaugrais lorsque j’attachais les affaires au kayak.

Mais il va falloir nous ressaisir rapidement et se concentrer pour la suite. Quelques minutes après, un nouveau rapide, généré par un vieux passage à gué partiellement détruit par une ancienne crue de la rivière. Nous négocions avec brio ce rapide presque équivalent à de la classe II.

Arrivés au confluent avec un petit ruisseau « Le Laval », on s’offre une petite pause pour quelques photos et prenons le temps d’apprécier ce débit incroyable qui décidément est bien parti pour nous offrir l’une de nos plus belles sorties de l’année.

Tout s’enchaîne rapidement, est sans que l’on ait eu le temps de s’en rendre compte, voici devant nous le pont SNCF de Marlieu, qui avec 22m3/s va générer malgré lui de beaux rapides synonymes de sensations fortes. Une autre pause s’impose histoire de saisir quelques clichés du pont.

Les courants bienfaiteurs nous propulseront quelques dizaines de minutes après vers un autre confluent où le ruisseau « Les Rousses » viendra épouser le Séran. Pour pénétrer dans ce cours d’eau, il faut être vigilant afin de ne pas « louper » l’embouchure légèrement masquée par les feuillages aux alentours et les quelques branchages. Les 22m3/s assureront assez de hauteur d’eau pour que l’on puisse le remonter.

GPTempDownload-2

Les Rousses,

Difficile de trouver des informations sur ce petit affluent qui semble prendre sa source à Luyrieu, petit hameau de la commune de Béon.

Long d’un peu plus de 2 km, il nous permettra par la même occasion de pénétrer dans les marais de Lavours.

Nous avions déjà eu l’occasion en Décembre dernier de pouvoir parcourir ces eaux calmes, à la seule différence, et pas des moindres, qu’en ce mois de Juin, ce méandre est garni d’une végétation dense et chatoyante à souhait recouvrant avec générosité ces mêmes branchages rachitiques que j’avais côtoyé cet hiver. Ces nouvelles teintes viendront colorer délicieusement les clichés que je m’empresse de saisir.

La quiétude, et la beauté des lieux, sont de précieux trésors qui se méritent. En effet, une fois engagés dans les entrailles des marais, nous faisons face tous les 100 mètres à des enchevêtrements de branches, troncs d’arbres échoués au travers du cours d’eau. Il nous faudra ruser et ce, de façon variée à chaque obstacle afin de pouvoir accéder à ce sanctuaire tant convoité. La végétation ombragée se dégage à mesure de notre progression pour nous dévoiler en fond de toile le Grand Colombier sous un angle nouveau. J’avais pour habitude de le contempler depuis le Rhône. Je ne compte d’ailleurs même plus le nombre de photos que j’ai pu faire de ce point d’observation.

GPTempDownload-8

Mais ici, je prends pleinement conscience à chaque fois que j’appuie sur le déclencheur que de pouvoir accéder à tant de richesse visuelle est un privilège d’exception. L’eau trouble de ce début de journée s’éclaircie au fil de notre parcours à contre-courant. Son état boueux se dilue petit à petit dans ce mélange limpide jusqu’à laisser entrevoir le fond du lit de ce ruisseau qui décidément n’a pas fini de nous surprendre. Surpris, justement, tout comme ces quelques chevesnes que nous venons, au travers de notre progression, de déranger. Nous les observons filer à vivre allure dans cet univers translucide et cristallin. La magie opère et nous voilà, mon coéquipier et moi-même transportés dans ce qui pourrait ressembler à s’y méprendre au paradis sur terre.

GPTempDownload-21

Il nous faudra, faute de timing à respecter, rebrousser chemin et rejoindre sans plus attendre le Séran.

On quittera les eaux calmes des Rousses pour retrouver de puissants courants qui nous conduirons sans le moindre effort de notre part à notre arrivée finale.

Pour rajouter une dernière dose de défi à cette sortie, un dernier embâcle décidé à nous en faire baver jusqu’au bout. Je suis obligé de descendre du kayak et prendre appui sur la branche principale en travers du cours d’eau dans l’espoir que notre embarcation traverse cet obstacle avant d’apercevoir le symbole de notre arrivée :

L’arche du Pont d’Aignoz permettant aux touristes de rejoindre depuis le village les sentiers sur pilotis incontournables pour visiter les Marais de Lavours.

GPTempDownload

Cette même arche étrangle malgré elle le courant du Séran qui s’intensifie à sa sortie. Une fois le pont traversé, nous sommes propulsés comme jamais juste avant de saisir un joli contre-courant rive droite qui nous permettra un débarquement aisé.

On se dirige vers un chemin qui, avec le débit actuel de la rivière se trouve sous l’eau. La hauteur d’eau diminue à mesure que nous avançons. L’espace est ombragé. Les arbres bordant ce chemin, forment avec leurs branches une arche qui nous protège des rayons brûlants du soleil qui atteint bientôt le zénith. Sa position écrasante au ciel symbolisant la mi journée, m’encourage, une fois après avoir débarqué, à sortir deux bonnes bières que nous dégustons, fiers de notre parcours, accoudés sur les bords du pont d’Aignoz, en observant avec respect et reconnaissance,  le Séran au loin, qui continuera sa course sans nous.

Le Kayak est dégonflé, plié et rangé dans le sac. Une opération qui ne monopolisera que quelques minutes de notre temps, nous rappelant une fois de plus le côté pratique du kayak gonflable, en nous économisant d’opérations logistiques compliquées.

Je terminerai ce récit avec un regard beaucoup plus mûr sur ces embarcations qui à mes yeux vont m’offrir de nouvelles voies à explorer que je ne manquerai pas de mettre en avant au travers de mon blog.

CORNETTO Yves

logo-gumotex-mack-kayak-gonflable logo-maison-marais-lavours  bugey sud tourisme

 

Boucle sur le Rhône de Massignieu de Rives à Seyssel

Encore une sortie insolite, que l’on pourra désormais ajouter à notre tableau de chasse.

Voilà maintenant quelques semaines que je guette scrupuleusement le débit du Rhône dans l’espoir que ce dernier n’excède pas 200 m3/s (débit mesuré sous le pont de la Loi).
En effet, au delà de ce seuil, il nous sera alors impossible de remonter le fleuve à contre courant, et plus particulièrement dans le secteur du Pont de la Loi. Le débit du Vieux Rhône additionné à celui de son canal en sortie du barrage de Châtel va générer un courant important qui en plus de gagner en intensité, nous stoppera net, voir nous fera reculer comme ce fût le cas au mois de Mai l’année dernière (débit enregistré supérieur à 500 m3/s).

Nous allons au travers de ce parcours audacieux côtoyer 3 départements: l’Ain, la Savoie et la Haute Savoie. Comme je l’ai déjà conté dans ce blog, le Rhône n’est pas une frontière, c’est à mes yeux au contraire un lien profond qui nous unis tous, Bugistes (Pour ne pas dire Aindinois, nom trouvé récemment par le conseil départemental de l’Ain afin de pouvoir enfin nous nommer), Savoyards et Hauts Savoyards.
Le hasard à voulu qu’en cette journée exceptionnelle, chaque département soit représenté par un kayakiste.

Lionel, habitant Valmeinier (Savoie)
Cédric, moniteur de kayak au sein du club de Sévrier (Haute Savoie)
Moi même, habitant du Bugey (Ain)

Et en bonus… Notre ami Rikou, qui malgré un passage difficile à l’heure d’été, viendra compléter le groupe représentant son département qui n’a d’autre nom que celui du fleuve que l’on va parcourir.

GPTempDownload-1
Embarquement au Port de Massignieu de Rives

Le départ se fera du port de Massignieu de Rives.
C’est un lieu calme et idyllique, loin des zones où se regroupe la population et le tourisme de masse.

L’objectif est de rallier Seyssel en arpentant 23 km à contre courant principalement sur le canal de déviation afin de se réserver le meilleur (Vieux Rhône) pour la suite.

Dès le départ, Cédric prend une nette avance sur nous. En effet, de part son expérience et son embarcation taillée pour la vitesse, il est évident que nous ne boxons pas du tout dans la même catégorie.

GPTempDownload-2

Malgré tout, le lien entre nous se construit progressivement à mesure que nous avalons les kilomètres.

GPTempDownload-4
Sur le Rhône principal à hauteur de Culoz avec vue sur le Grand Colombier

Après avoir franchi sans encombres le pont SNCF de Culoz, nous voilà maintenant dans la zone tant redoutée, celle du Pont de la Loi. Malgré un débit mesuré en dessous des 200 m3/s, on ressent pleinement la force du courant. On voit l’eau défiler, nous faisant presque croire que nous gagnons en vitesse. Mais en scrutant au travers de ces reflets cristallins, nous apercevons les galets tapis au fond qui peinent à avancer sous nos yeux.

Il va falloir jouer avec les quelques contres courants générés par les piles de pont ou les berges adjacentes pour s’économiser dans cette ascension.

Une fois l’ouvrage franchi, nous rejoignons rapidement le canal de déviation pour s’extraire au plus vite des courants résiduels afin de pouvoir souffler un peu.

GPTempDownload-6
Petite pause en amont du Pont de la Loi sur le canal de déviation.

Notre prochain objectif, rallier le barrage de Châtel pour notre premier portage de la journée.
Les demandes en électricité étant moindres le week end, le canal en sortie du barrage présente peu de courant. La planéité parfaite de l’eau en surface nous ferait presque croire que nous naviguons sur un lac.

Rapidement, l’ouvrage convoité se dessine devant nos yeux et la rampe de débarquement apparaît quelques minutes après.

GPTempDownload-5
Petite pause au barrage de Châtel.

Dernière partie du canal avant de rejoindre le fleuve principal en amont du barrage de Motz. Un canal long de 5 km dont une partie est constituée d’une ligne droite quasi parfaite sur 3,5 km.

A ce niveau du parcours, le Grand Colombier qui régnait en maître sur la partie sud cèdera sa place au massif du Grand Crêt d’Eau dominant le Nord. Il en impose d’avantage avec presque 100 mètres d’écart que notre géant du Bugey.
Quelques dernières traces de neige persistent sur son sommet. Signe que malgré un soleil bien présent, il n’est pas encore temps de tomber la veste. D’ailleurs un vent frais venu du nord viendra chatouiller notre visage, parasitant légèrement notre remontée.

Nous arrivons maintenant à proximité du barrage de Motz, symbole de notre deuxième portage que nous effectuerons tout à l’heure, après avoir fait demi tour à Seyssel.

Seyssel…

GPTempDownload-11
Seyssel (Haute Savoie)

Cette, ou plutôt ces deux communes homonymes sont limitrophes l’une de l’autre, séparées par le Rhône.

Ces deux entités vivent en harmonie reliées par 2 ponts.
Un premier à haubans, mis en service en 1987 que nous apercevons au loin, nous guidera jusqu’à l’entrée de la ville.

GPTempDownload-9
Arrivée sur Seyssel avec vue sur le pont à haubans

Quand au deuxième, il ne tardera pas à se dévoiler une fois son cadet franchi.
Le « Pont de la Vierge Noire » ou « Vieux Pont de Seyssel » date de 1840 et représente un lien fort entre ces deux communes situées sur deux départements différents (Ain & Haute Savoie).

GPTempDownload-10
Entrée dans Seyssel avec au loin le Pont de la Vierge Noire

Je faisais référence à plusieurs reprises dans mes récits précédents sur l’émotion forte et poignante que je pouvais ressentir lors de mes traversées de Lyon en kayak. A plus petite échelle, je découvre que Seyssel, parcourue dans le sens inverse du Rhône procure autant de magie. A ce décor, s’ajoute également une ambiance calme et reposante.
Nos premiers 23 km vont prendre fin une fois le Pont de la Vierge Noire contourné. Quelques passants nous regardent, étonnés de nous voir avancer dans le sens inverse à la normale.
Seyssel sonnera comme une récompense de cette remontée à contre courant.
Une autre façon peu orthodoxe de parcourir le Rhône certes, mais le fait de revenir en arrière sur ce fleuve nous offre de nouvelles perspectives, de nouveaux paysages, de nouveaux angles de vue. Je me délecte de ces instants où ce sport que nous pratiquons, se mélange à tant de poésie.

Depuis mes premières expériences de kayakiste, j’ai toujours été frustré de ne pas pouvoir prendre d’avantage le temps nécessaire pour apprécier cette ville au fil de l’eau et lui donner la place qu’elle mérite dans mon coeur.
Majoritairement, Seyssel ne représentait qu’une étape de départ que l’on regardait à peine, préférant se focaliser vers l’issue de nos expéditions.

Cette euphorie restera dans ma tête durant tout le reste de la journée, au point de voler la vedette au Vieux Rhône que j’apprécie tant.

Nous rejoindrons d’ailleurs cette partie du fleuve après avoir englouti le repas sur les berges de Seyssel et effectué le portage traditionnel du barrage de Motz.

La succession des petits rapides assaisonnera notre parcours qui était, il faut le dire monotone sur les portions canalisées.

GPTempDownload-13
Le Vieux Rhône et ses petits rapides bienfaiteurs.

Nous retrouverons par la suite rapidement l’une d’entre elles que nous avons parcouru le matin, reliant Lavours à Massignieu de Rives.

Cette dernière portion nous paraîtra interminable avant de pouvoir franchir le pont reliant la commune de Cressin Rochefort à Massignieu de Rives pour ensuite apercevoir le lac du Lit Au Roi avec en arrière plan le Mont du Chat.

GPTempDownload-16
Rikou sur le Lac du Lit au Roi

Le compteur kilométrique atteindra les 48 km qui symboliseront la fin de notre parcours.

Quelques courbatures et ampoules aux mains, mais qu’importe, comme à l’accoutumée, cette sensation de bien être qui s’empare de nous à chaque sortie prendra le dessus, alimentant notre esprit vers de prochaines aventures.

 

CORNETTO Yves

 

Le Séran et les Rousses en Kayak

Le Séran,

Il prend sa source à Jalinard, hameau de la commune du Petit-Abergement, à 1 090 m d’altitude puis prend la direction sud. Il passe à Champagne-en-Valromey, Artemare et Ceyzérieu puis conflue dans le Vieux Rhône en passant par un siphon sous le Rhône canalisé, à Cressin-Rochefort, à 230 m d’altitude.

Source Wikipédia

Voilà maintenant plus de 4 ans que je n’ai pas eu l’occasion d’aller côtoyer cette rivière.
Un parcours d’environ 14 Km séparant la commune d’Artemare à Cressin-Rochefort.

Cet été, de part des conditions météo exceptionnelles, qui malheureusement, vont s’intensifier au fil des années, ce cours d’eau était à sec depuis le mois de Juillet.
Il doit sa renaissance aux intempéries de ces dernières semaines.

Yannick Vericel (Randovive) et Laurent Nicolet (River Equipement) prévoyaient justement de faire un parcours de reconnaissance sur le Séran pour la suite rédiger un topo sur www.lyonurbankayak.com

Habitant à 5 minutes du Séran, il m’était donc difficile de résister à leur proposition.
Rendez vous pris à 9h45 sur la commune de Cressin-Rocherfort où nous laisserons un véhicule pour la navette retour.
La mise à l’eau se fera juste avant le confluent du Séran et du Groin, à proximité du camping « Le Vaugrais » sur la commune d’Artemare.

La météo annonce des averses en fin de journée. Le ciel nuageux en cette matinée nous ferait presque croire que les précipitations prendraient de l’avance.
Par chance, les nuages se dissiperont petit à petit pour nous faire profiter de quelques éclaircies à la mi journée.

Pour cette sortie, je ferai entorse au précepte de mon blog, à savoir, « valoriser le kayak de mer rigide dans la région », pour troquer mon embarcation favorite aux gonflables de la gamme Gumotex, qui, pour ce type de parcours seront beaucoup plus adaptés.

Nous voilà donc à notre point de départ, gonflant nos kayaks et canoës. Mon compagnon de route sera le Gumotex Safari, bateau d’une longueur de 3,30m qui a déjà parcouru des rivières de classe IV.

1637

GOPR3069

Comme il fallait s’y attendre, il n’est pas très directeur, mais le côté positif est une maniabilité d’une redoutable précision. Un vrai petit jouet qui me séduira à mesure du déroulement de la journée.

Une fois la confluence avec le Groin franchie, nous ressentons vivement l’addition des deux débits qui sans même pagayer nous propulse à des vitesses frôlant les 10 km/h.

Au préalable, j’avais pris le soin d’incorporer sur mon GPS quelques balises et repérer ainsi un confluent avec le ruisseau « Les Rousses » dans l’espoir de remonter ce dernier.

Je propose cette option à mes compagnons qui acquiescent immédiatement.

Nous voilà donc rapidement dans les lieux tant convoités pour apercevoir ce cours d’eau d’une plénitude et d’une ambiance relaxante.
On quitte donc provisoirement le Séran pour aller explorer cette nouvelle trouvaille.

GOPR3120

A mesure de notre progression à contre courant, nous apercevons des panneaux sur notre droite indiquant la réserve naturelle des Marais de Lavours.

GOPR3135

Les intempéries de ces derniers jours ont permis de remplir abondamment les marais, et nous offrir un terrain de jeu incroyablement vaste. On s’échappe donc de ce cours d’eau, non pas en direction de la réserve, mais à l’opposé, explorant ainsi de nouveaux horizons et décors d’un autre monde. Et tout cela à deux pas de chez nous!!!

Notre ascension se terminera en contrebas de la commune de Béon. Le ruisseau continue un peu plus loin en amont, mais nous déciderons de faire une halte pour un petit apéro avant de faire demi tour.

Nous retrouvons à nouveau le Séran, toujours avec un débit vigoureux pour rejoindre rapidement le pont d’Aignoz, porte d’entrée de la réserve naturelle des Marais de Lavours.

GOPR3148

Yannick et Laurent en profitent pour faire une petite pause photo à proximité des sentiers sur pilotis pendant que je continue d’apprivoiser mon nouveau jouet en découvrant les joies et plaisirs de la rivière (qui jusqu’à présent m’étaient inconnues) en m’initiant entre stops, bacs, et reprises de courant.

Le soleil en cette saison commence à décliner rapidement. Il est temps de poursuivre notre route sur une partie du Séran beaucoup plus calme qu’en amont. Il faudra composer avec d’innombrables embâcles de branches et d’arbres morts, nous obligeant parfois à débarquer, traîner nos embarcation pour les remettre à l’eau en aval de chaque obstacle. Je suis surpris de la résistance à l’abrasion du matériau (nitrilon) de nos kayaks. Une robustesse à toute épreuve. Entre collision avec des branchages, frottement des coques sur le sol lors des portages… Même le kayak de Laurent avait accroché un hameçon sans que ce dernier ne perce la structure. Ma vision que j’avais des gonflables change petit à petit.

GOPR3153

Nous franchissons une succession de ponts et passerelles jusqu’à nous rendre à Cressin-Rochefort, terminus de notre parcours.

Le Séran se jette alors sous le canal du Rhône en passant par un siphon. La sortie se fait une centaine de mètres en amont.

Très belle expérience, tant sur la navigation, que l’essai de nouveaux bateaux, mais également d’échanges et de partages avec mes compagnons de route.

On fera durer ce moment de convivialité autour d’une bonne fondue avant de se séparer en se promettant de remettre ça.

CORNETTO Yves

river-eqipement

lyon urban kayak29663725_1793176060747034_459046473_n

 

 

 

Destination Lyon Kayak: Etape 2

Faire étape à Port de Groslée, c’est comme flirter avec un silence et une tranquillité permanente. Exception faite cette nuit où les chiens du voisinage n’ont pas arrêté d’aboyer sans but précis.

Réveil à 6h30. On ressent brutalement le changement de saison, non pas à cause de la température ambiante, mais plutôt de la luminosité. Il fait nuit noir. Les éclairages publics rayonnent encore sur la ViaRhôna. Ce ballet de lueurs nous guidera jusqu’au ponton d’embarcation.

Je m’engage en premier afin de libérer rapidement l’accès à mes compagnons. L’espace n’est pas très large et la taille de nos kayaks n’arrange rien.

002-FullSizeRender-28

Nous sommes face au pont suspendu. Une fine nappe de brume flotte légèrement au dessus de l’eau. Tout est calme… Comme figé dans le temps. La surface du fleuve est lisse… On se croirait presque sur un lac. Même le courant est quasi inexistant.

Quelques étirements avant d’aborder cette nouvelles étape et nous voilà lancés.

Nos trois étraves fendent ce miroir d’eau d’une perfection absolue. Nous profitons de ces derniers instants de silence.

002-IMG_20180921_130110

Devant nous, le défilé de Malarage. Très symbolique à nos yeux, ce sont les dernières gorges que nous offre le Rhône avant Lyon et la Mer. On parle souvent du Haut Rhône qui s’étend de Genève à la confluence avec la Saône à Lyon, mais j’aurai presque tendance à penser que le Haut Rhône ne va pas plus loin que ce défilé.

La largeur du fleuve n’excède pas 30 mètres. Deux falaises abruptes se dressent devant nos yeux pour nous ouvrir les portes d’un nouveau Rhône.

Un Rhône qui commence sa mutation. Une mutation que l’on doit principalement à notre empreinte humaine.

002-FullSizeRender-12

La centrale SuperPhénix située juste derrière le défilé ne manquera pas de nous le rappeler.

002-IMG_20180921_125302

Les débats actuels sur le nucléaire vont bon train. Chacun en dira du bien ou du mal, mais qu’importe. On ne peut rester indifférent lorsque l’on passe devant cet immense édifice. D’une prédominance jaune feu, couleurs propres à cette créature mythologique dont la particularité est de renaître de ses cendres, on comprend vite que même à l’arrêt, le risque existe. Ces mêmes couleurs qui se reflètent au bord de l’eau, se mélangent harmonieusement avec les premiers rayons matinaux. Une aubaine pour quelques photos.

002-FullSizeRender-11

J’avais quelques appréhensions quand à notre rythme. Nous avions fait une belle étape la veille, et bien souvent, le revers de la médaille se traduit par de grosses courbatures, voir une longue récupération le lendemain.

Mais il n’en est rien. Bien au contraire, nous avançons avec la même vitesse de croisière que la veille voir davantage.

Une aide précieuse qui aura raison des 7 Km séparant Creys Malville à Montalieu.

Je commence à avoir mes propres repères…

002-IMG_20180921_125011

Une fois le pont de Serrières de Briord franchi, des bruits sourds et lointains se font entendre, nous rappelons que le Rhône s’industrialise petit à petit. A notre approche une installation complexe rive gauche prends le dessus sur la végétation au premier plan. La cimenterie Vicat tourne sans interruption.

002-FullSizeRender-15

Même constat que Superphénix. Très imposante par sa taille, elle n’en reste pas moins impressionnante à contempler.
Nous continuons malgré tout notre chemin en direction de la base de loisirs “La Vallée Bleue”.

Nous retrouvons un environnement un peu plus calme. L’ambiance sonore de la cimenterie s’estompe à mesure que nous avançons.
Quelques pêcheurs en barque tentent leur chance munis d’une, deux, trois cannes, voir davantage.
Sur la rive droite, j’aperçois le “Camping du Point Vert”, symbole de notre deuxième nuit passée en ces lieux lors de notre première descente Seyssel Lyon réalisée en 2015.

002-IMG_20180921_124213

On ne s’attarde pas et préférons continuer sur notre lancée. Mais cet entrain sera vite stoppé par les appels d’un homme, toujours sur la rive droite juste après le camping. On le regarde sans trop lui prêter attention, pensant ne pas être concernés par ses signes. Mais à y regarder de plus près, pas de doute. Son regard porte en notre direction. Nous faisons demi tour, la pointe avant de nos kayaks face à cet homme, avant de s’échouer sur une plage de sable, derrière laquelle se dresse la base du club nautique Serrièrois.

Marc, notre hôte, nous offre généreusement un bon café. Notre sport, peu médiatisé, et de plus peu pratiqué sur le Rhône, génère un élan de solidarité entre kayakistes. Sous un petit chapiteau, à touillier notre breuvage, une discussion passionnante s’engage entre nous. Echange de nos coordonnées, projets divers et variés. Il participe lui aussi à la Lyon Kayak.

002-IMG_4088

Mais il va falloir s’y remettre… En plus d’avoir un timing à respecter, notre ami Rikou à un impératif et doit rejoindre Lyon dans la soirée.
On se laisse sur un « Au revoir » en se promettant de se retrouver dimanche à la course.

002-IMG_20180921_123726

Rapidement, le barrage de Sault Brénaz. Un portage des plus simples. La mise à l’eau ne laisse personne indifférent car elle se fait à l’intérieur même d’une ancienne écluse. Un couloir immense s’élève. Les murs de part et d’autre, d’une hauteur impressionnante nous indiquent la direction à prendre. Derrière le mur de droite résonne le grondement du seuil de Sault Brénaz.

On ne manquera pas d’aller rendre visite à ce même seuil une fois sortis de l’écluse.

Quelques bruits autres que ceux générés par le seuil s’invitent… Bips de recul, extraction, concassage, criblage… Pas de doutes, nous sommes juste à proximité de la carrière de Sault Brénaz.

002-IMG_20180921_122710

Encore 5 km avant de franchir le pont de Lagnieu. Il représente un changement radical du fleuve. Quelques petits ruissellements commencent à se faire sentir en amont de ce pont. Le dénivellement s’accentue, créant par la même occasion de petites accélérations nous permettant de s’économiser un peu sur notre rythme et de se laisser porter avec flemmardise sur ce courant généreux avant de faire notre pause repas sur une petite plage de galets.

J’en profite pour passer un coup de fil à notre hôte de ce soir. En effet, Yannick Véricel, moniteur diplômé d’état et gérant des sites http://www.randovive.com et www.lyonurbankayak.com avec qui j’ai fait connaissance lors de notre préparation du périple Genève – Saintes Maries de la Mer s’est proposé de nous rejoindre à notre bivouac et nous offrir le repas.

Pas de temps à perdre. On se remet à l’eau. Nos kayaks sont comme arrachés à la rive par les courants importants.
Une aubaine! Nous allons pouvoir digérer notre repas guidés par les flots du Rhône sans forcer sur la pagaie.

Mais c’était sans compter sur la météo changeante de ce milieu de journée.

En effet…

Un vent de sud surgit brusquement accompagné de nuages sombres et menaçants. Une toile aux tons de gris se dessine désormais devant nos yeux. Cet arrière plan de mauvaise augure viendra accueillir dans ce tableau un nouveau sujet principal:

002-FullSizeRender-10

La centrale nucléaire du Bugey.

Elle en impose davantage que Superphénix et nous tient en respect, face à ses immenses cheminées qui trônent rive droite. Nous comprenons vite à la vue de ce colosse  que nous ne sommes pas de taille, et qu’en cas d’accident nucléaire, le souffle de l’explosion aurait raison de nous bien avant les températures proches d’une supernova.

002-IMG_20180922_101528

A propos de souffle, nous peinons de plus en plus, et ce, malgré la force du courant, à avancer. Le vent se renforce et gagne en puissance. Comme la faune présente en ces lieux, nous nous abritons sous les branchages au plus proches de la rive, profitant de leur protection naturelle pour s’économiser du moindre effort.

Péniblement, nous rallions Loyettes, reconnaissable à ses deux arches métalliques de son pont traversant le Rhône. Une ombre se faufile sous les kayaks de Lionel et Rikou. “Un silure” rétorque ce dernier. Sa taille est estimée aux alentours d’un 1,20m.

002-IMG_20180922_101227

A la sortie, nous retrouvons à nouveau quelques petits rapides générés par le fleuve qui nous seront d’une aide précieuse.

Des grondements se font ressentir au loin. Pas de doutes, nous approchons de la confluence avec la rivière d’Ain. En laissant mes mains caresser le mélange de ces deux cours d’eau, je m’aperçois rapidement du changement brutal de la température.

Les eaux de cette rivière, en plus d’être fraîches, génèrent un courant incroyable qui viendra s’additionner à celui du Rhône et nous permettre ainsi de réaliser notre meilleure performance en terme de vitesse de la journée.

Au loin, nous apercevons deux kayakistes remontant le Rhône dans notre direction. Un kayak rouge fuselé et un kayak de mer semblable aux nôtres. On intensifie le rythme afin de satisfaire notre curiosité. Un visage nous est familier, il s’agit de Ludo accompagné d’un ami à lui: Jean Michel. Ils nous suivaient sur internet depuis deux jours via notre tracker GPS et avaient décidé de nous rejoindre. Cette attention nous touche profondément, et nous décidons de partager le reste de notre parcours jusqu’à la fin toute proche.

Le barrage de Jons.

002-IMG_20180922_101019

Il se diffère des autres ouvrages du fleuve par sa tour carrée reconnaissable de loin.
A la vue de cet édifice, cette architecture particulière annonce notre arrivée aux portes de Lyon. Le fleuve change également pour s’industrialiser davantage, et plus particulièrement sur le canal de Jonage que nous laisserons de côté afin de privilégier celui de Miribel plus agréable à parcourir.

Ce barrage marquera également notre fin d’étape. Du moins pour Lionel et moi même.

Rikou, quand à lui doit continuer sa route en direction de Lyon et ensuite remonter la Saône. Il lui en reste encore un bon morceau.

Devant tant de kilomètres avalés, certains de mes proches me posent régulièrement la même question:

“Tu dois avoir mal aux bras après tous ces km parcourus! Ils vont être musclés à force de pagayer!”

Désolé de vous décevoir et de casser le mythe du kayakiste bâtit sur le haut du corps d’une musculature laissant entrevoir biceps, épaules imposantes et torse en “V”. Digne des plus belles couvertures de magazines de culturisme. Le relief de cette masse musculaire reflétant (de part un bronzage hollywoodien) à la perfection la lumière ambiante, sous peine d’en aveugler de plaisir la gent féminine jusqu’à les faire fondre….. …. .. bref, je m’égare un peu.

La réalité est tout autre, et si il y a bien une partie du corps à laquelle, nous autres, kayakistes de randonnée avons mal, c’est aux fesses, pour ne pas prononcer un autre mot plus familier (et faire entorse au récit que je me donne tant de mal à rédiger), tellement la douleur ressentie est intenable après tant de temps assis dans l’hiloire.

L’expression “En avoir plein le c…..” n’a jamais pris autant de sens ce jour là.

Pour ne pas arranger les choses, la rampe de débarquement (bien que très bien annoncée au travers d’une signalétique récente et en excellent état) ressemble à tout sauf à une rampe. Rochers posés anarchiquement les uns sur les autres, et pour finir, quelques marches improvisées de blocs de bétons pas du tout adaptées à notre activité. Je ne bénirai jamais assez les ingénieurs qui ont inventé le polyéthylène, matériau de nos embarcations, dont la particularité est de résister aux abrasions.

C’est un véritable cauchemar pour débarquer.

Si par le plus grand des hasards, les responsables de l’agence de l’eau, de la fédération de pêche, ou encore d’une des plus grandes entreprises nationales pour ne pas la citer: « EDF », devaient lire ces quelques lignes, je vous en conjure… Ou plutôt, je vous implore de faire (comme les politiques sont friands de cette formule d’ailleurs..) “tout ce qui est en votre pouvoir” pour que tout kayakiste ou autres usagers du Rhône, puissent un jour franchir les portes de Lyon autrement. Car actuellement, ce n’est pas rendre hommage à une si belle ville, d’arriver par voie fluviale dans ces conditions.

Après quelques minutes de galères, ça y est! Notre étape est bouclée. Nous nous dirigeons maintenant vers notre point de rendez vous indiqué par Yannick.

002-FullSizeRender-42

On installe notre bivouac en hauteur, avec une vue imprenable sur le canal de Miribel, régulé par le barrage de Jons.

Le va et vient des hérons cendrés, aigrettes, canards, etc… Qui nous ont accompagnés tout au long de notre parcours est radicalement remplacé par les allées et venues des avions de ligne, nous rappelant notre proximité avec l’aéroport de St Exupéry.

Je m’aperçois à mon grand désarroi que j’ai oublié ma petite scie, outil très pratique pour préparer du bois pour le feu. Ca aurait été sympa d’éviter à notre hôte cette tâche un peu ingrate, d’autant qu’il nous a prévu un repas de roi.

002-FullSizeRender-34

Yannick, à son arrivée, ne manquera pas, de son naturel assez taquin, de nous le rappeler.

Yannick Véricel…

Je prends le temps de mettre cette fin de récit en pause pour faire les éloges de ce personnage hors normes.

Cela remonte maintenant à bientôt 2 ans, lorsque je préparais notre périple avec Lionel sur le Rhône.

L’outil incontournable qu’on à tous le réflexe dans nos sociétés modernes à utiliser, c’est bien évidemment internet.

Oui mais internet, on trouve de tout, mais surtout n’importe quoi.

J’étais à la recherche d’informations précieuses pour préparer notre entrée sur Lyon. Des zones sensibles, comme le seuil des petits chevaux mais aussi et surtout celui de Feyssine attisaient mes craintes. Il me fallait trouver des sites fiables pour franchir ces obstacles avec le maximum de sécurité pour ne pas mettre cette expédition en péril.

Internet, c’est un peu comme une jungle. Armé d’une machette, on tranche avec vigueur les herbes hautes, obstacles principaux, avec lesquels, si on ne fait pas attention, le risque de s’égarer peut vite surgir. A force de courage mais surtout de persévérance, je tombe, par le plus grand des hasards sur un site d’une qualité et d’un design équilibré à la perfection.

http://www.lyonurbankayak.com/

Les informations tant convoitées sont là, devant moi. Des topos rédigés avec passion, des photos de qualité, le tout, organisé et structuré d’une façon redoutablement efficace.
Je vais être franc avec vous… Pour avoir côtoyé quelques temps le monde du graphisme, tomber sur ce genre de site est très rare. On a tendance à observer deux extrêmes:

– Un design proche des plus grandes productions de la Silicon Valley mais avec un contenu pauvre, voir médiocre.

 – Ou alors des réalisations peu attractives où l’on s’y perd, alors que leurs contenus regorgent d’informations.

LyonUrbanKayak, c’est l’équilibre des deux conçus d’une main de maître.

Ma curiosité s’emballe, et sans plus attendre, je prends contact avec l’administrateur.Je lui expose mes projets futurs, et ceux réalisés en kayak.
La réponse ne se fait pas attendre… Réactif avec ça!!!! Tout ce que j’aime! Nous échangeons principalement sur Facebook au travers de discussions passionnantes jusqu’à tard dans la soirée.

Je m’adresse au travers de ce récit à toutes les personnes sceptiques sur la technologie actuelle et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. J’ai pour coutume de dire que ce sont des outils, et comme tout outil, il y a le bon et le mauvais usage.

 – Oui, c’est vrai, la plupart de nos congénères restent cloîtrés chez eux à diffuser leur plus beaux selfies sur Facebook, twitter, etc… Prisonniers de ce monde virtuel dans lequel ils se sentent non seulement vivants, mais vénérés.

 – J’ai rencontré Lionel par l’intermédiaire d’internet avec qui nous avons bâti notre projet de rallier Genève à la méditerranée l’année dernière en kayak.

C’est au cours de ce périple que notre rencontre dans la “vrai vie” avec Yannick a vu le jour. C’était justement à la confluence de l’Ain et du Rhône. Un croisement symbolique de ces deux cours d’eaux, métaphore parfaitement adaptée à la situation.

Yannick, en plus d’être diplômé d’état, est un passionné de l’activité, incollable sur la réglementation, fervent défenseur de l’environnement mais également des sites où nous pratiquons régulièrement. Et ses ambitions vont bien au delà de nos frontières puisqu’il organise des raids en Norvège, Suède, etc…

Je ne vais pas m’étaler sur ses connaissances et son parcours, mais rencontrer des personnes aussi passionnées n’arrive pas souvent.

Retour maintenant sur notre bivouac trois étoiles!

Le ciel, bien que menaçant, nous épargnera cette fois ci. Seulement quelques petites gouttes, si petites qu’à peine s’être écrasées sur le sol, sècheront immédiatement.

Le feu crépite, chauffant la grille métallique sur laquelle repose de belles pièces: Andouillettes, Chorizo, et bien d’autres encore. Les odeurs mélangées à celle de la fumée embaument nos narines pour ensuite transmettre à notre cerveau les codes nécessaires à la mise en route du mécanisme de l’appétit…Cette viande fraiche, reluisante, change petit à petit d’aspect pour laisser apparaître ces quelques traces brunâtres propres à la cuisson au feu de bois.

Une fois en bouche, elle fond littéralement sous notre palais, libérant ainsi les arômes d’une viande de qualité, se glissant par la suite dans notre oesophage avant de nous rassasier de ces 58 kilomètres parcourus.

Et c’est assis autour de ce feu s’amenuisant petit à petit, que nous terminerons notre soirée au travers de récits d’expédition, de futurs projets etc…

A oui, j’oubliais… L’ami Rikou…

Un petit coup de fil avant de se coucher pour apprendre qu’il est rentré à bon port avec à son actif, une journée de 96 bornes!!!

Une machine ce Rikou!

[Etape 1] [Etape Finale]

lyon urban kayak ffa-aviron-club-c01035-logo__20151110115237 29663725_1793176060747034_459046473_n

CORNETTO Yves

Destination Lyon Kayak: Etape 1

Destination Lyon Kayak

Comme toutes les années, l’évènement Lyon kayak est incontournable en Rhône Alpes.

Cette course réunit pas moins de 1800 embarcations (Kayak, canoë, paddle), que ce soit du débutant au compétiteur averti.

Pour cette édition 2018, nous avons décidé de nous rendre à cette manifestation non pas en voiture, mais en kayak, en partant de la base nautique « Prolynx Sports » située à Seyssel au bord du Rhône.

Le Rhône…

Il sera notre compagnon et notre guide durant toute notre expédition jusqu’à Lyon. Le trajet comptabilise environ 160 Km.

Nous avions réalisé un parcours similaire en 2015 sur 4 jours.

Mais cette fois ci, nous placerons la barre un peu plus haut en diminuant le nombre de jours pour tomber à 3.

Notre duo habituel sera complété par un invité de marque : Notre cher et très respecté Rikou.

FullSizeRender-9

Rikou…

Déjà cité plusieurs fois dans mes récits, il a parcouru le Rhône en 2013, et s’est offert, en cette année 2018, la Loire, avec dans la foulée le tour de Bretagne… Rien que ça !!!

Jeudi 20 Septembre, 6h00 du matin.

Il fait encore nuit. Seule la lueur de nos frontales guideront nos pas… ou plutôt nos coups de pagaies.

L’étrave de nos kayaks, après avoir légèrement frotté sur la rampe d’embarquement, caresse somptueusement le Rhône encore lisse et d’une planéité parfaite.

Il fait incroyablement chaud alors que le jour ne pointe pas le bout de son nez. L’eau est tiède et l’air ambiant commence à se faire lourd.

Nous avançons dans le noir total. La lumière émise reflète sur les cygnes que nous apercevons au loin. Cette portion du parcours, je la connais par cœur, et ce n’est pas du luxe. Le risque principal en ces lieux, c’est la faible profondeur du fleuve. Si nous ne prenons pas garde, la coque de nos bateaux risque de frotter dans le limon pour ensuite nous stopper net. A certains endroits, la hauteur d’eau n’excède guère 20 cm.

Rapidement, la rampe de débarquement en amont du barrage de Motz peine à se dévoiler en cette faible luminosité.

Nos kayaks une fois sortis de l’eau, les vieux automatismes acquis l’année dernière refont surface. Tout se fait machinalement. Nous sortons nos chariots, j’emboite les roues sur l’axe ainsi que les deux barres de maintien. On soulève nos bateaux pour les présenter sur ces mêmes chariots. On ajuste la tension sur les sangles… Ca y est! L’ensemble ne fait qu’un et sans plus attendre, on achemine avec une facilité déconcertante nos embarcations en aval du barrage.

Les premières lueurs apparaissent et le ciel initialement sombre se dilue lentement avec cette lumière gagnant progressivement en intensité.

IMG_20180922_101806

L’horizon se dégage petit à petit, nous rangeons nos frontales pour les remplacer par quelques fines couches de crème solaire.

A cet instant précis nous prenons conscience qu’une fois à l’eau, nous allons naviguer un bon moment avant notre prochain portage prévu au barrage de Brens.

Nous faisons le même choix stratégique que l’année dernière, et préférons éviter de passer par Yenne. Les portages de l’écluse de Chanaz, des seuils de Fournier, Lucey, et Yenne seront remplacés par un seul: Le barrage de Brens. Un gain de temps considérable sur la journée. La portion entre Lavours et Belley à beau être un canal aménagé, elle n’en reste pas moins agréable à parcourir.

Beaucoup de frustration en cette faible luminosité. Impossible de prendre des photos sous peine d’obtenir des clichés flous et garnis d’un bruit moucheté qui ne rendraient aucun hommage à la beauté des lieux.

Nos rythmes diffèrent légèrement mais s’adapteront rapidement. Lionel et moi même pagayons devant pendant que Rikou avance tranquillement, contemplatif et observateur. Nous surprenons deux sangliers au bord des plages de galets. Ces mêmes galets qui font le charme des îles de la Malourdie. Ils s’enfuient immédiatement à notre arrivée. Nous prenons notre temps pour observer leur course le long des berges avant que ces derniers disparaissent dans les hautes herbes.

Nous rejoignons rapidement Culoz pour apercevoir le Grand Colombier éclairé par les premiers rayons du soleil. La lumière reste mate. Rien à voir avec notre défi de Juin dernier où l’atmosphère laissait apparaître tous les détails. C’est un ciel légèrement laiteux qui se dessine devant nous. Masquant justement les quelques reliefs qui auraient pu donner un peu d’accentuation et permettre à un photographe averti d’obtenir une oeuvre quasi parfaite.

Une fois le pont de la Loi franchi, l’eau redevient lisse. La proximité du barrage de Lavours se fait sentir. Nous sommes sur la retenue d’eau et le courant devient de plus en plus faible.

Il va falloir insister d’avantage sur la pagaie pour espérer rejoindre le barrage de Brens rapidement et venir à bout des 15 kms qui nous séparent.

Mais tout se fait machinalement et d’une facilité déconcertante. Nous avançons à 7,5 Km/h de moyenne et rapidement, sans que l’on ai eu le temps de dire “Ouf” nous voilà en aval du barrage de Brens.

FullSizeRender-8

Prochain objectif: Le barrage de Champagneux pour la pause repas.

Soyons francs. Même si le Haut Rhône (De Genève à Lyon) reste à nos yeux l’une des plus belles parties du fleuve, ce tronçon de 10 Kms que nous allons aborder est fade et monotone. Le fleuve est large, plat, avec une vue et un horizon tellement dégagé qu’on a l’impression de pagayer sur place.

Mais c’était sans compter sur notre rythme et notre forme olympique de cette journée.

Toujours sur une moyenne de 7,5 Km/h, nous avalons cette étape d’un claquement de doigts.

A la rampe de Champagneux, nous regardons l’heure: “Midi Pile”

Le clocher aux alentours nous le fait même savoir de ses 12 coups. Question timing, difficile de faire plus précis.

IMG_20180920_175759

Nos GPS affichent désormais plus de 40 bornes au compteur. L’équivalent d’un bon tour du Lac du Bourget.

Après un petit portage, nous faisons escale à proximité du barrage pour notre pause repas.

Petite  rencontre avec un usager de la ViaRhôna dont le visage ne nous est pas inconnu. Il s’agit de Samy du forum-kayak! Il fait exception cette journée, pour avoir laissé son embarcation de côté au profit du vélo.

On s’offre même le luxe d’une petite sieste de 20 minutes, juste avant d’aborder une des plus belles parties du fleuve…

La réserve du Haut Rhône.

IMG_20180920_174842

J’hésite encore à proposer à mes compères ce petit détour par la réserve. En effet, lorsque le niveau d’eau est trop bas, ce parcours initialement idyllique peut devenir un véritable calvaire. “Pas assez d’eau” rimerait avec “kayak qui racle” voir “beaucoup de portages”.

Mais après quelques repérages des lieux, on se lance sur la rampe à canoës aménagée sur un passage à gué, porte d’entrée dans cette zone tant convoitée par chaque être en quête de calme, sérénité, et de paix.

Autre avantage de traverser la réserve, on s’économise d’un portage (le seuil des Molottes), mais aussi et surtout, cette portion du parcours se fait à l’ombre, et ce ne sera pas du luxe étant donné les fortes chaleurs que nous subissons depuis la mi journée.

Une fois le passage à gué franchi, nous voilà donc projetés dans cet univers incroyable où tout diffère du monde moderne. L’empreinte de nos congénères se fait rare. Un silence presque parfait, seule une petite brise tente de se faire entendre au travers du feuillage. Le son de la faune nous accompagne paisiblement. Le parfum ambiant… Les quelques ruissellements du Rhône qui ajoutent un peu de variété au parcours… Tous ces éléments réunis nous transportent sereinement.

Le bras principal du fleuve s’ouvre à nous pour rapidement nous acheminer à son confluent avec son canal de déviation. Nous continuons notre périple sur quelques kilomètres avant de faire escale à “Port de Groslée”.

FullSizeRender-12

Port de Groslée

Une étape incontournable. Ce petit village paisible, où passe la ViaRhôna nous offre toujours cette vue splendide sur le soleil couchant avec en premier plan le Rhône, traversé par un pont suspendu reliant Groslée (Ain) à Brangues (Isère).

Un ponton nous permet d’extraire nos embarcations. Cent mètres plus loin, un abri aménagé avec toilettes et point d’eau nous offrira tout le luxe nécessaire à cette première nuit de bivouac.

Kilométrage total: 64 km

Une belle étape laissant présager de belles choses pour la suite.

CORNETTO Yves

[Etape 2] [Etape Finale]

 

prolynxtéléchargement