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Le Séran et les Rousses en Kayak

Le Séran,

Il prend sa source à Jalinard, hameau de la commune du Petit-Abergement, à 1 090 m d’altitude puis prend la direction sud. Il passe à Champagne-en-Valromey, Artemare et Ceyzérieu puis conflue dans le Vieux Rhône en passant par un siphon sous le Rhône canalisé, à Cressin-Rochefort, à 230 m d’altitude.

Source Wikipédia

Voilà maintenant plus de 4 ans que je n’ai pas eu l’occasion d’aller côtoyer cette rivière.
Un parcours d’environ 14 Km séparant la commune d’Artemare à Cressin-Rochefort.

Cet été, de part des conditions météo exceptionnelles, qui malheureusement, vont s’intensifier au fil des années, ce cours d’eau était à sec depuis le mois de Juillet.
Il doit sa renaissance aux intempéries de ces dernières semaines.

Yannick Vericel (Randovive) et Laurent Nicolet (River Equipement) prévoyaient justement de faire un parcours de reconnaissance sur le Séran pour la suite rédiger un topo sur www.lyonurbankayak.com

Habitant à 5 minutes du Séran, il m’était donc difficile de résister à leur proposition.
Rendez vous pris à 9h45 sur la commune de Cressin-Rocherfort où nous laisserons un véhicule pour la navette retour.
La mise à l’eau se fera juste avant le confluent du Séran et du Groin, à proximité du camping « Le Vaugrais » sur la commune d’Artemare.

La météo annonce des averses en fin de journée. Le ciel nuageux en cette matinée nous ferait presque croire que les précipitations prendraient de l’avance.
Par chance, les nuages se dissiperont petit à petit pour nous faire profiter de quelques éclaircies à la mi journée.

Pour cette sortie, je ferai entorse au précepte de mon blog, à savoir, « valoriser le kayak de mer rigide dans la région », pour troquer mon embarcation favorite aux gonflables de la gamme Gumotex, qui, pour ce type de parcours seront beaucoup plus adaptés.

Nous voilà donc à notre point de départ, gonflant nos kayaks et canoës. Mon compagnon de route sera le Gumotex Safari, bateau d’une longueur de 3,30m qui a déjà parcouru des rivières de classe IV.

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Comme il fallait s’y attendre, il n’est pas très directeur, mais le côté positif est une maniabilité d’une redoutable précision. Un vrai petit jouet qui me séduira à mesure du déroulement de la journée.

Une fois la confluence avec le Groin franchie, nous ressentons vivement l’addition des deux débits qui sans même pagayer nous propulse à des vitesses frôlant les 10 km/h.

Au préalable, j’avais pris le soin d’incorporer sur mon GPS quelques balises et repérer ainsi un confluent avec le ruisseau « Les Rousses » dans l’espoir de remonter ce dernier.

Je propose cette option à mes compagnons qui acquiescent immédiatement.

Nous voilà donc rapidement dans les lieux tant convoités pour apercevoir ce cours d’eau d’une plénitude et d’une ambiance relaxante.
On quitte donc provisoirement le Séran pour aller explorer cette nouvelle trouvaille.

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A mesure de notre progression à contre courant, nous apercevons des panneaux sur notre droite indiquant la réserve naturelle des Marais de Lavours.

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Les intempéries de ces derniers jours ont permis de remplir abondamment les marais, et nous offrir un terrain de jeu incroyablement vaste. On s’échappe donc de ce cours d’eau, non pas en direction de la réserve, mais à l’opposé, explorant ainsi de nouveaux horizons et décors d’un autre monde. Et tout cela à deux pas de chez nous!!!

Notre ascension se terminera en contrebas de la commune de Béon. Le ruisseau continue un peu plus loin en amont, mais nous déciderons de faire une halte pour un petit apéro avant de faire demi tour.

Nous retrouvons à nouveau le Séran, toujours avec un débit vigoureux pour rejoindre rapidement le pont d’Aignoz, porte d’entrée de la réserve naturelle des Marais de Lavours.

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Yannick et Laurent en profitent pour faire une petite pause photo à proximité des sentiers sur pilotis pendant que je continue d’apprivoiser mon nouveau jouet en découvrant les joies et plaisirs de la rivière (qui jusqu’à présent m’étaient inconnues) en m’initiant entre stops, bacs, et reprises de courant.

Le soleil en cette saison commence à décliner rapidement. Il est temps de poursuivre notre route sur une partie du Séran beaucoup plus calme qu’en amont. Il faudra composer avec d’innombrables embâcles de branches et d’arbres morts, nous obligeant parfois à débarquer, traîner nos embarcation pour les remettre à l’eau en aval de chaque obstacle. Je suis surpris de la résistance à l’abrasion du matériau (nitrilon) de nos kayaks. Une robustesse à toute épreuve. Entre collision avec des branchages, frottement des coques sur le sol lors des portages… Même le kayak de Laurent avait accroché un hameçon sans que ce dernier ne perce la structure. Ma vision que j’avais des gonflables change petit à petit.

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Nous franchissons une succession de ponts et passerelles jusqu’à nous rendre à Cressin-Rochefort, terminus de notre parcours.

Le Séran se jette alors sous le canal du Rhône en passant par un siphon. La sortie se fait une centaine de mètres en amont.

Très belle expérience, tant sur la navigation, que l’essai de nouveaux bateaux, mais également d’échanges et de partages avec mes compagnons de route.

On fera durer ce moment de convivialité autour d’une bonne fondue avant de se séparer en se promettant de remettre ça.

CORNETTO Yves

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Destination Lyon Kayak: Etape 2

Faire étape à Port de Groslée, c’est comme flirter avec un silence et une tranquillité permanente. Exception faite cette nuit où les chiens du voisinage n’ont pas arrêté d’aboyer sans but précis.

Réveil à 6h30. On ressent brutalement le changement de saison, non pas à cause de la température ambiante, mais plutôt de la luminosité. Il fait nuit noir. Les éclairages publics rayonnent encore sur la ViaRhôna. Ce ballet de lueurs nous guidera jusqu’au ponton d’embarcation.

Je m’engage en premier afin de libérer rapidement l’accès à mes compagnons. L’espace n’est pas très large et la taille de nos kayaks n’arrange rien.

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Nous sommes face au pont suspendu. Une fine nappe de brume flotte légèrement au dessus de l’eau. Tout est calme… Comme figé dans le temps. La surface du fleuve est lisse… On se croirait presque sur un lac. Même le courant est quasi inexistant.

Quelques étirements avant d’aborder cette nouvelles étape et nous voilà lancés.

Nos trois étraves fendent ce miroir d’eau d’une perfection absolue. Nous profitons de ces derniers instants de silence.

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Devant nous, le défilé de Malarage. Très symbolique à nos yeux, ce sont les dernières gorges que nous offre le Rhône avant Lyon et la Mer. On parle souvent du Haut Rhône qui s’étend de Genève à la confluence avec la Saône à Lyon, mais j’aurai presque tendance à penser que le Haut Rhône ne va pas plus loin que ce défilé.

La largeur du fleuve n’excède pas 30 mètres. Deux falaises abruptes se dressent devant nos yeux pour nous ouvrir les portes d’un nouveau Rhône.

Un Rhône qui commence sa mutation. Une mutation que l’on doit principalement à notre empreinte humaine.

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La centrale SuperPhénix située juste derrière le défilé ne manquera pas de nous le rappeler.

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Les débats actuels sur le nucléaire vont bon train. Chacun en dira du bien ou du mal, mais qu’importe. On ne peut rester indifférent lorsque l’on passe devant cet immense édifice. D’une prédominance jaune feu, couleurs propres à cette créature mythologique dont la particularité est de renaître de ses cendres, on comprend vite que même à l’arrêt, le risque existe. Ces mêmes couleurs qui se reflètent au bord de l’eau, se mélangent harmonieusement avec les premiers rayons matinaux. Une aubaine pour quelques photos.

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J’avais quelques appréhensions quand à notre rythme. Nous avions fait une belle étape la veille, et bien souvent, le revers de la médaille se traduit par de grosses courbatures, voir une longue récupération le lendemain.

Mais il n’en est rien. Bien au contraire, nous avançons avec la même vitesse de croisière que la veille voir davantage.

Une aide précieuse qui aura raison des 7 Km séparant Creys Malville à Montalieu.

Je commence à avoir mes propres repères…

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Une fois le pont de Serrières de Briord franchi, des bruits sourds et lointains se font entendre, nous rappelons que le Rhône s’industrialise petit à petit. A notre approche une installation complexe rive gauche prends le dessus sur la végétation au premier plan. La cimenterie Vicat tourne sans interruption.

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Même constat que Superphénix. Très imposante par sa taille, elle n’en reste pas moins impressionnante à contempler.
Nous continuons malgré tout notre chemin en direction de la base de loisirs “La Vallée Bleue”.

Nous retrouvons un environnement un peu plus calme. L’ambiance sonore de la cimenterie s’estompe à mesure que nous avançons.
Quelques pêcheurs en barque tentent leur chance munis d’une, deux, trois cannes, voir davantage.
Sur la rive droite, j’aperçois le “Camping du Point Vert”, symbole de notre deuxième nuit passée en ces lieux lors de notre première descente Seyssel Lyon réalisée en 2015.

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On ne s’attarde pas et préférons continuer sur notre lancée. Mais cet entrain sera vite stoppé par les appels d’un homme, toujours sur la rive droite juste après le camping. On le regarde sans trop lui prêter attention, pensant ne pas être concernés par ses signes. Mais à y regarder de plus près, pas de doute. Son regard porte en notre direction. Nous faisons demi tour, la pointe avant de nos kayaks face à cet homme, avant de s’échouer sur une plage de sable, derrière laquelle se dresse la base du club nautique Serrièrois.

Marc, notre hôte, nous offre généreusement un bon café. Notre sport, peu médiatisé, et de plus peu pratiqué sur le Rhône, génère un élan de solidarité entre kayakistes. Sous un petit chapiteau, à touillier notre breuvage, une discussion passionnante s’engage entre nous. Echange de nos coordonnées, projets divers et variés. Il participe lui aussi à la Lyon Kayak.

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Mais il va falloir s’y remettre… En plus d’avoir un timing à respecter, notre ami Rikou à un impératif et doit rejoindre Lyon dans la soirée.
On se laisse sur un « Au revoir » en se promettant de se retrouver dimanche à la course.

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Rapidement, le barrage de Sault Brénaz. Un portage des plus simples. La mise à l’eau ne laisse personne indifférent car elle se fait à l’intérieur même d’une ancienne écluse. Un couloir immense s’élève. Les murs de part et d’autre, d’une hauteur impressionnante nous indiquent la direction à prendre. Derrière le mur de droite résonne le grondement du seuil de Sault Brénaz.

On ne manquera pas d’aller rendre visite à ce même seuil une fois sortis de l’écluse.

Quelques bruits autres que ceux générés par le seuil s’invitent… Bips de recul, extraction, concassage, criblage… Pas de doutes, nous sommes juste à proximité de la carrière de Sault Brénaz.

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Encore 5 km avant de franchir le pont de Lagnieu. Il représente un changement radical du fleuve. Quelques petits ruissellements commencent à se faire sentir en amont de ce pont. Le dénivellement s’accentue, créant par la même occasion de petites accélérations nous permettant de s’économiser un peu sur notre rythme et de se laisser porter avec flemmardise sur ce courant généreux avant de faire notre pause repas sur une petite plage de galets.

J’en profite pour passer un coup de fil à notre hôte de ce soir. En effet, Yannick Véricel, moniteur diplômé d’état et gérant des sites http://www.randovive.com et www.lyonurbankayak.com avec qui j’ai fait connaissance lors de notre préparation du périple Genève – Saintes Maries de la Mer s’est proposé de nous rejoindre à notre bivouac et nous offrir le repas.

Pas de temps à perdre. On se remet à l’eau. Nos kayaks sont comme arrachés à la rive par les courants importants.
Une aubaine! Nous allons pouvoir digérer notre repas guidés par les flots du Rhône sans forcer sur la pagaie.

Mais c’était sans compter sur la météo changeante de ce milieu de journée.

En effet…

Un vent de sud surgit brusquement accompagné de nuages sombres et menaçants. Une toile aux tons de gris se dessine désormais devant nos yeux. Cet arrière plan de mauvaise augure viendra accueillir dans ce tableau un nouveau sujet principal:

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La centrale nucléaire du Bugey.

Elle en impose davantage que Superphénix et nous tient en respect, face à ses immenses cheminées qui trônent rive droite. Nous comprenons vite à la vue de ce colosse  que nous ne sommes pas de taille, et qu’en cas d’accident nucléaire, le souffle de l’explosion aurait raison de nous bien avant les températures proches d’une supernova.

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A propos de souffle, nous peinons de plus en plus, et ce, malgré la force du courant, à avancer. Le vent se renforce et gagne en puissance. Comme la faune présente en ces lieux, nous nous abritons sous les branchages au plus proches de la rive, profitant de leur protection naturelle pour s’économiser du moindre effort.

Péniblement, nous rallions Loyettes, reconnaissable à ses deux arches métalliques de son pont traversant le Rhône. Une ombre se faufile sous les kayaks de Lionel et Rikou. “Un silure” rétorque ce dernier. Sa taille est estimée aux alentours d’un 1,20m.

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A la sortie, nous retrouvons à nouveau quelques petits rapides générés par le fleuve qui nous seront d’une aide précieuse.

Des grondements se font ressentir au loin. Pas de doutes, nous approchons de la confluence avec la rivière d’Ain. En laissant mes mains caresser le mélange de ces deux cours d’eau, je m’aperçois rapidement du changement brutal de la température.

Les eaux de cette rivière, en plus d’être fraîches, génèrent un courant incroyable qui viendra s’additionner à celui du Rhône et nous permettre ainsi de réaliser notre meilleure performance en terme de vitesse de la journée.

Au loin, nous apercevons deux kayakistes remontant le Rhône dans notre direction. Un kayak rouge fuselé et un kayak de mer semblable aux nôtres. On intensifie le rythme afin de satisfaire notre curiosité. Un visage nous est familier, il s’agit de Ludo accompagné d’un ami à lui: Jean Michel. Ils nous suivaient sur internet depuis deux jours via notre tracker GPS et avaient décidé de nous rejoindre. Cette attention nous touche profondément, et nous décidons de partager le reste de notre parcours jusqu’à la fin toute proche.

Le barrage de Jons.

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Il se diffère des autres ouvrages du fleuve par sa tour carrée reconnaissable de loin.
A la vue de cet édifice, cette architecture particulière annonce notre arrivée aux portes de Lyon. Le fleuve change également pour s’industrialiser davantage, et plus particulièrement sur le canal de Jonage que nous laisserons de côté afin de privilégier celui de Miribel plus agréable à parcourir.

Ce barrage marquera également notre fin d’étape. Du moins pour Lionel et moi même.

Rikou, quand à lui doit continuer sa route en direction de Lyon et ensuite remonter la Saône. Il lui en reste encore un bon morceau.

Devant tant de kilomètres avalés, certains de mes proches me posent régulièrement la même question:

“Tu dois avoir mal aux bras après tous ces km parcourus! Ils vont être musclés à force de pagayer!”

Désolé de vous décevoir et de casser le mythe du kayakiste bâtit sur le haut du corps d’une musculature laissant entrevoir biceps, épaules imposantes et torse en “V”. Digne des plus belles couvertures de magazines de culturisme. Le relief de cette masse musculaire reflétant (de part un bronzage hollywoodien) à la perfection la lumière ambiante, sous peine d’en aveugler de plaisir la gent féminine jusqu’à les faire fondre….. …. .. bref, je m’égare un peu.

La réalité est tout autre, et si il y a bien une partie du corps à laquelle, nous autres, kayakistes de randonnée avons mal, c’est aux fesses, pour ne pas prononcer un autre mot plus familier (et faire entorse au récit que je me donne tant de mal à rédiger), tellement la douleur ressentie est intenable après tant de temps assis dans l’hiloire.

L’expression “En avoir plein le c…..” n’a jamais pris autant de sens ce jour là.

Pour ne pas arranger les choses, la rampe de débarquement (bien que très bien annoncée au travers d’une signalétique récente et en excellent état) ressemble à tout sauf à une rampe. Rochers posés anarchiquement les uns sur les autres, et pour finir, quelques marches improvisées de blocs de bétons pas du tout adaptées à notre activité. Je ne bénirai jamais assez les ingénieurs qui ont inventé le polyéthylène, matériau de nos embarcations, dont la particularité est de résister aux abrasions.

C’est un véritable cauchemar pour débarquer.

Si par le plus grand des hasards, les responsables de l’agence de l’eau, de la fédération de pêche, ou encore d’une des plus grandes entreprises nationales pour ne pas la citer: « EDF », devaient lire ces quelques lignes, je vous en conjure… Ou plutôt, je vous implore de faire (comme les politiques sont friands de cette formule d’ailleurs..) “tout ce qui est en votre pouvoir” pour que tout kayakiste ou autres usagers du Rhône, puissent un jour franchir les portes de Lyon autrement. Car actuellement, ce n’est pas rendre hommage à une si belle ville, d’arriver par voie fluviale dans ces conditions.

Après quelques minutes de galères, ça y est! Notre étape est bouclée. Nous nous dirigeons maintenant vers notre point de rendez vous indiqué par Yannick.

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On installe notre bivouac en hauteur, avec une vue imprenable sur le canal de Miribel, régulé par le barrage de Jons.

Le va et vient des hérons cendrés, aigrettes, canards, etc… Qui nous ont accompagnés tout au long de notre parcours est radicalement remplacé par les allées et venues des avions de ligne, nous rappelant notre proximité avec l’aéroport de St Exupéry.

Je m’aperçois à mon grand désarroi que j’ai oublié ma petite scie, outil très pratique pour préparer du bois pour le feu. Ca aurait été sympa d’éviter à notre hôte cette tâche un peu ingrate, d’autant qu’il nous a prévu un repas de roi.

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Yannick, à son arrivée, ne manquera pas, de son naturel assez taquin, de nous le rappeler.

Yannick Véricel…

Je prends le temps de mettre cette fin de récit en pause pour faire les éloges de ce personnage hors normes.

Cela remonte maintenant à bientôt 2 ans, lorsque je préparais notre périple avec Lionel sur le Rhône.

L’outil incontournable qu’on à tous le réflexe dans nos sociétés modernes à utiliser, c’est bien évidemment internet.

Oui mais internet, on trouve de tout, mais surtout n’importe quoi.

J’étais à la recherche d’informations précieuses pour préparer notre entrée sur Lyon. Des zones sensibles, comme le seuil des petits chevaux mais aussi et surtout celui de Feyssine attisaient mes craintes. Il me fallait trouver des sites fiables pour franchir ces obstacles avec le maximum de sécurité pour ne pas mettre cette expédition en péril.

Internet, c’est un peu comme une jungle. Armé d’une machette, on tranche avec vigueur les herbes hautes, obstacles principaux, avec lesquels, si on ne fait pas attention, le risque de s’égarer peut vite surgir. A force de courage mais surtout de persévérance, je tombe, par le plus grand des hasards sur un site d’une qualité et d’un design équilibré à la perfection.

http://www.lyonurbankayak.com/

Les informations tant convoitées sont là, devant moi. Des topos rédigés avec passion, des photos de qualité, le tout, organisé et structuré d’une façon redoutablement efficace.
Je vais être franc avec vous… Pour avoir côtoyé quelques temps le monde du graphisme, tomber sur ce genre de site est très rare. On a tendance à observer deux extrêmes:

– Un design proche des plus grandes productions de la Silicon Valley mais avec un contenu pauvre, voir médiocre.

 – Ou alors des réalisations peu attractives où l’on s’y perd, alors que leurs contenus regorgent d’informations.

LyonUrbanKayak, c’est l’équilibre des deux conçus d’une main de maître.

Ma curiosité s’emballe, et sans plus attendre, je prends contact avec l’administrateur.Je lui expose mes projets futurs, et ceux réalisés en kayak.
La réponse ne se fait pas attendre… Réactif avec ça!!!! Tout ce que j’aime! Nous échangeons principalement sur Facebook au travers de discussions passionnantes jusqu’à tard dans la soirée.

Je m’adresse au travers de ce récit à toutes les personnes sceptiques sur la technologie actuelle et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. J’ai pour coutume de dire que ce sont des outils, et comme tout outil, il y a le bon et le mauvais usage.

 – Oui, c’est vrai, la plupart de nos congénères restent cloîtrés chez eux à diffuser leur plus beaux selfies sur Facebook, twitter, etc… Prisonniers de ce monde virtuel dans lequel ils se sentent non seulement vivants, mais vénérés.

 – J’ai rencontré Lionel par l’intermédiaire d’internet avec qui nous avons bâti notre projet de rallier Genève à la méditerranée l’année dernière en kayak.

C’est au cours de ce périple que notre rencontre dans la “vrai vie” avec Yannick a vu le jour. C’était justement à la confluence de l’Ain et du Rhône. Un croisement symbolique de ces deux cours d’eaux, métaphore parfaitement adaptée à la situation.

Yannick, en plus d’être diplômé d’état, est un passionné de l’activité, incollable sur la réglementation, fervent défenseur de l’environnement mais également des sites où nous pratiquons régulièrement. Et ses ambitions vont bien au delà de nos frontières puisqu’il organise des raids en Norvège, Suède, etc…

Je ne vais pas m’étaler sur ses connaissances et son parcours, mais rencontrer des personnes aussi passionnées n’arrive pas souvent.

Retour maintenant sur notre bivouac trois étoiles!

Le ciel, bien que menaçant, nous épargnera cette fois ci. Seulement quelques petites gouttes, si petites qu’à peine s’être écrasées sur le sol, sècheront immédiatement.

Le feu crépite, chauffant la grille métallique sur laquelle repose de belles pièces: Andouillettes, Chorizo, et bien d’autres encore. Les odeurs mélangées à celle de la fumée embaument nos narines pour ensuite transmettre à notre cerveau les codes nécessaires à la mise en route du mécanisme de l’appétit…Cette viande fraiche, reluisante, change petit à petit d’aspect pour laisser apparaître ces quelques traces brunâtres propres à la cuisson au feu de bois.

Une fois en bouche, elle fond littéralement sous notre palais, libérant ainsi les arômes d’une viande de qualité, se glissant par la suite dans notre oesophage avant de nous rassasier de ces 58 kilomètres parcourus.

Et c’est assis autour de ce feu s’amenuisant petit à petit, que nous terminerons notre soirée au travers de récits d’expédition, de futurs projets etc…

A oui, j’oubliais… L’ami Rikou…

Un petit coup de fil avant de se coucher pour apprendre qu’il est rentré à bon port avec à son actif, une journée de 96 bornes!!!

Une machine ce Rikou!

[Etape 1] [Etape Finale]

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CORNETTO Yves

Destination Lyon Kayak: Etape 1

Destination Lyon Kayak

Comme toutes les années, l’évènement Lyon kayak est incontournable en Rhône Alpes.

Cette course réunit pas moins de 1800 embarcations (Kayak, canoë, paddle), que ce soit du débutant au compétiteur averti.

Pour cette édition 2018, nous avons décidé de nous rendre à cette manifestation non pas en voiture, mais en kayak, en partant de la base nautique « Prolynx Sports » située à Seyssel au bord du Rhône.

Le Rhône…

Il sera notre compagnon et notre guide durant toute notre expédition jusqu’à Lyon. Le trajet comptabilise environ 160 Km.

Nous avions réalisé un parcours similaire en 2015 sur 4 jours.

Mais cette fois ci, nous placerons la barre un peu plus haut en diminuant le nombre de jours pour tomber à 3.

Notre duo habituel sera complété par un invité de marque : Notre cher et très respecté Rikou.

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Rikou…

Déjà cité plusieurs fois dans mes récits, il a parcouru le Rhône en 2013, et s’est offert, en cette année 2018, la Loire, avec dans la foulée le tour de Bretagne… Rien que ça !!!

Jeudi 20 Septembre, 6h00 du matin.

Il fait encore nuit. Seule la lueur de nos frontales guideront nos pas… ou plutôt nos coups de pagaies.

L’étrave de nos kayaks, après avoir légèrement frotté sur la rampe d’embarquement, caresse somptueusement le Rhône encore lisse et d’une planéité parfaite.

Il fait incroyablement chaud alors que le jour ne pointe pas le bout de son nez. L’eau est tiède et l’air ambiant commence à se faire lourd.

Nous avançons dans le noir total. La lumière émise reflète sur les cygnes que nous apercevons au loin. Cette portion du parcours, je la connais par cœur, et ce n’est pas du luxe. Le risque principal en ces lieux, c’est la faible profondeur du fleuve. Si nous ne prenons pas garde, la coque de nos bateaux risque de frotter dans le limon pour ensuite nous stopper net. A certains endroits, la hauteur d’eau n’excède guère 20 cm.

Rapidement, la rampe de débarquement en amont du barrage de Motz peine à se dévoiler en cette faible luminosité.

Nos kayaks une fois sortis de l’eau, les vieux automatismes acquis l’année dernière refont surface. Tout se fait machinalement. Nous sortons nos chariots, j’emboite les roues sur l’axe ainsi que les deux barres de maintien. On soulève nos bateaux pour les présenter sur ces mêmes chariots. On ajuste la tension sur les sangles… Ca y est! L’ensemble ne fait qu’un et sans plus attendre, on achemine avec une facilité déconcertante nos embarcations en aval du barrage.

Les premières lueurs apparaissent et le ciel initialement sombre se dilue lentement avec cette lumière gagnant progressivement en intensité.

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L’horizon se dégage petit à petit, nous rangeons nos frontales pour les remplacer par quelques fines couches de crème solaire.

A cet instant précis nous prenons conscience qu’une fois à l’eau, nous allons naviguer un bon moment avant notre prochain portage prévu au barrage de Brens.

Nous faisons le même choix stratégique que l’année dernière, et préférons éviter de passer par Yenne. Les portages de l’écluse de Chanaz, des seuils de Fournier, Lucey, et Yenne seront remplacés par un seul: Le barrage de Brens. Un gain de temps considérable sur la journée. La portion entre Lavours et Belley à beau être un canal aménagé, elle n’en reste pas moins agréable à parcourir.

Beaucoup de frustration en cette faible luminosité. Impossible de prendre des photos sous peine d’obtenir des clichés flous et garnis d’un bruit moucheté qui ne rendraient aucun hommage à la beauté des lieux.

Nos rythmes diffèrent légèrement mais s’adapteront rapidement. Lionel et moi même pagayons devant pendant que Rikou avance tranquillement, contemplatif et observateur. Nous surprenons deux sangliers au bord des plages de galets. Ces mêmes galets qui font le charme des îles de la Malourdie. Ils s’enfuient immédiatement à notre arrivée. Nous prenons notre temps pour observer leur course le long des berges avant que ces derniers disparaissent dans les hautes herbes.

Nous rejoignons rapidement Culoz pour apercevoir le Grand Colombier éclairé par les premiers rayons du soleil. La lumière reste mate. Rien à voir avec notre défi de Juin dernier où l’atmosphère laissait apparaître tous les détails. C’est un ciel légèrement laiteux qui se dessine devant nous. Masquant justement les quelques reliefs qui auraient pu donner un peu d’accentuation et permettre à un photographe averti d’obtenir une oeuvre quasi parfaite.

Une fois le pont de la Loi franchi, l’eau redevient lisse. La proximité du barrage de Lavours se fait sentir. Nous sommes sur la retenue d’eau et le courant devient de plus en plus faible.

Il va falloir insister d’avantage sur la pagaie pour espérer rejoindre le barrage de Brens rapidement et venir à bout des 15 kms qui nous séparent.

Mais tout se fait machinalement et d’une facilité déconcertante. Nous avançons à 7,5 Km/h de moyenne et rapidement, sans que l’on ai eu le temps de dire “Ouf” nous voilà en aval du barrage de Brens.

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Prochain objectif: Le barrage de Champagneux pour la pause repas.

Soyons francs. Même si le Haut Rhône (De Genève à Lyon) reste à nos yeux l’une des plus belles parties du fleuve, ce tronçon de 10 Kms que nous allons aborder est fade et monotone. Le fleuve est large, plat, avec une vue et un horizon tellement dégagé qu’on a l’impression de pagayer sur place.

Mais c’était sans compter sur notre rythme et notre forme olympique de cette journée.

Toujours sur une moyenne de 7,5 Km/h, nous avalons cette étape d’un claquement de doigts.

A la rampe de Champagneux, nous regardons l’heure: “Midi Pile”

Le clocher aux alentours nous le fait même savoir de ses 12 coups. Question timing, difficile de faire plus précis.

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Nos GPS affichent désormais plus de 40 bornes au compteur. L’équivalent d’un bon tour du Lac du Bourget.

Après un petit portage, nous faisons escale à proximité du barrage pour notre pause repas.

Petite  rencontre avec un usager de la ViaRhôna dont le visage ne nous est pas inconnu. Il s’agit de Samy du forum-kayak! Il fait exception cette journée, pour avoir laissé son embarcation de côté au profit du vélo.

On s’offre même le luxe d’une petite sieste de 20 minutes, juste avant d’aborder une des plus belles parties du fleuve…

La réserve du Haut Rhône.

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J’hésite encore à proposer à mes compères ce petit détour par la réserve. En effet, lorsque le niveau d’eau est trop bas, ce parcours initialement idyllique peut devenir un véritable calvaire. “Pas assez d’eau” rimerait avec “kayak qui racle” voir “beaucoup de portages”.

Mais après quelques repérages des lieux, on se lance sur la rampe à canoës aménagée sur un passage à gué, porte d’entrée dans cette zone tant convoitée par chaque être en quête de calme, sérénité, et de paix.

Autre avantage de traverser la réserve, on s’économise d’un portage (le seuil des Molottes), mais aussi et surtout, cette portion du parcours se fait à l’ombre, et ce ne sera pas du luxe étant donné les fortes chaleurs que nous subissons depuis la mi journée.

Une fois le passage à gué franchi, nous voilà donc projetés dans cet univers incroyable où tout diffère du monde moderne. L’empreinte de nos congénères se fait rare. Un silence presque parfait, seule une petite brise tente de se faire entendre au travers du feuillage. Le son de la faune nous accompagne paisiblement. Le parfum ambiant… Les quelques ruissellements du Rhône qui ajoutent un peu de variété au parcours… Tous ces éléments réunis nous transportent sereinement.

Le bras principal du fleuve s’ouvre à nous pour rapidement nous acheminer à son confluent avec son canal de déviation. Nous continuons notre périple sur quelques kilomètres avant de faire escale à “Port de Groslée”.

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Port de Groslée

Une étape incontournable. Ce petit village paisible, où passe la ViaRhôna nous offre toujours cette vue splendide sur le soleil couchant avec en premier plan le Rhône, traversé par un pont suspendu reliant Groslée (Ain) à Brangues (Isère).

Un ponton nous permet d’extraire nos embarcations. Cent mètres plus loin, un abri aménagé avec toilettes et point d’eau nous offrira tout le luxe nécessaire à cette première nuit de bivouac.

Kilométrage total: 64 km

Une belle étape laissant présager de belles choses pour la suite.

CORNETTO Yves

[Etape 2] [Etape Finale]

 

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86 Km entre le Rhône et le Lac du Bourget

86 Km entre le Rhône et le Lac du Bourget.

Bonjour à tous!

Ca y est!

Fiers de vous annoncer que nous venons de boucler notre dernier défi, à savoir:

Parcourir plus de 80km sur le Rhône et le Lac du Bourget en une journée seulement.

Le projet initial, au stade encore embryonnaire à l’époque, n’avait pas grand chose à voir. Le but était de faire le tour des 4 lacs: Lac d’Annecy, Lac du Bourget, Lac d’Aiguebelette, Lac de Paladru. Un défi hors norme sur la distance (100km au total). Mais très vite on s’est heurté avec Lionel à un gros soucis logistique: Le transfert entre chaque lacs qui allait nous faire perdre énormément de temps.

On opte donc pour une autre idée: Boucler le Rhône et son canal de déviation de Virignin à Yenne, en passant par le lac du Bourget.

Tout aussi ambitieux, mais malheureusement irréalisable faute de débit trop important du fleuve qui allait compliquer fortement notre remontée à contre courant sur le canal.

Au final, le projet sera le suivant:

Départ du camping “Le Nant Matraz” à Seyssel.
Descente du Vieux Rhône jusqu’à Chanaz.
Remontée du Canal de Savières.
Le tour complet du Lac du Bourget.
Descente du Canal de Savières pour rejoindre le Vieux Rhône.
Fin du parcours au camping “Le Kanoti” à Yenne.

La date n’a pas non plus été choisie au hasard.

Samedi 23 Juin est le premier week-end après le solstice d’été. Parcourir 80 Km allait nous demander beaucoup de temps. Hors de question de terminer la nuit.

Voilà maintenant plusieurs mois que nous attendions le jour J.

Impatients d’en découdre avec ce défi hors normes.

La veille au soir, rendez vous à notre point de départ: Le camping “Le Nant Matraz”.

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Camping le « Nant Matraz »

L’équipe de fadas sera constituée de Lionel, avec qui nous avions fait mûrir ce projet ambitieux.

Ludo, qui répond souvent à ce genre d’aventures. Il a le profil idéal pour mener à bien cette expédition et sera un précieux atout.
Et moi même.

La vue sur Seyssel depuis le camping est tout simplement magnifique. J’en profite pour faire quelques clichés avant le coucher du soleil.

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Vue sur Seyssel

J’aime prendre le temps d’apprécier ces instants de transition.… Transition qui tranche entre cette attente interminable de voir le projet se réaliser, et les quelques heures qui précèdent avant de commencer à concrétiser ce dernier.
C’est peut être étrange de raisonner ainsi, mais on pourrait comparer ces quelques heures au dernier jour de travail de la semaine.
Ces moments d’euphorie que nous connaissons tous lorsque l’on se retourne une dernière fois pour fermer la porte de son bureau un vendredi en fin d’après midi.
Lorsque l’on monte dans sa voiture pour s’abandonner à nos projets du week end qui ont mis tant de jours à gamberger dans nos têtes.
Le bruit que fait la clé lorsqu’elle s’introduit dans le neiman, juste avant de démarrer.. On l’entend tous les jours, et pourtant, juste à cet instant, ce même bruit, à une saveur toute particulière.

C’est un sentiment que je ressens constamment la veille d’un périple ou même d’une sortie à la journée.

Vous l’aurez deviné, le sommeil aura été difficile à trouver.

 

Samedi 23 Juin.

4h00 du matin.

Le bruit du zip de nos toiles de tente sonne comme un départ. Comme il m’a manqué ce bruit. Il me rappelle les jours de notre périple sur le Rhône en Septembre dernier avec Lionel, mais également les autres sorties de plusieurs jours effectuées avec les membres du forum.

Tout se fait machinalement.

On plie nos sacs, les matelas sont dégonflés, les tentes rangées…
Ludo nous prépare un bon café avec sa cafetière italienne. Son goût prononcé m’enivre comme une petite mise en bouche dans un restaurant gastronomique.

Le plat principal se dévoile…

Il commence par le Rhône qui nous tend les bras.

J’ai faim!!!

Un vide énorme qui nous tarde de combler en avalant ces kilomètres qui nous attendent.

Les conditions sont, comme j’ai l’habitude de le dire: “Aux petits oignons”. Une fenêtre météo généreuse… Juste un vent du Nord qui risque de compliquer notre retour sur le lac du Bourget, mais qu’importe. Notre motivation est sans failles.

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Rampe d’embarquement du camping

Le Rhône…

Nous voilà sur la rampe de mise à l’eau.

Le niveau a légèrement baissé depuis hier, mais le débit est toujours aussi important. Je l’estime visuellement à 500m3/s.
Lionel et Ludo embarquent en premiers. Ils m’attendent, immobiles dans un petit contre courant.
Je glisse mes jambes à l’intérieur de l’hiloire. Impatient de ne faire qu’un et de vivre la journée entière en symbiose avec mon kayak.
A peine sortis du contre courant, que nous voilà propulsés rapidement sur le fleuve.

Je ressens pleinement sa toute puissance. L’année dernière à la même époque, il avait une triste mine avec un débit quasi inexistant. Mais aujourd’hui il a retrouvé toute sa vigueur. C’est lui le patron, lui qui nous dictera les règles du jeu jusqu’à Chanaz.

Seyssel est splendide depuis le Rhône. Depuis mes débuts de kayakiste, je ne compte que sur les doigts d’une seule main les fois où j’ai côtoyé ces lieux sur le Rhône.

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Le vieux pont de Seyssel

Je tente quelques clichés de cet instant inédit. Il fait encore nuit et le jour apparaît timidement. Le jeu des lumières du vieux pont sur le cours d’eau ajoute du relief au fleuve qui renvoie cette même lumière un peu partout. J’essaye de restituer le plus fidèlement possible ce spectacle dans ma Gopro. Pas évident à vrai dire. La faible luminosité et le courant important m’obligent à rester vigilant.

En moins de temps qu’il ne le fallait, nous voici à la rampe du barrage de Motz pour notre premier portage.Ce sera le plus long de la journée. En prévision avec Lionel, on avait décidé de ne pas s’encombrer de chariots, mais au final, nous regretterons notre choix en prenant un temps fou à porter nos embarcations. En refusant cette solution stratégique par peur d’être trop encombrés, nous allons perdre de précieuses minutes sur notre timing.

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Embarquement en aval du barrage de Motz

Mais c’était sans compter sur le débit incroyable du Rhône.

Une fois à l’eau, nous sommes à nouveau portés par le courant généreux et soutenu du fleuve. Le kilométrage de la journée étant à peine entamé que nous pulvérisons notre propre record de vitesse sur la portion Motz Chanaz.

Le Rhône ne cesse de me surprendre. A chaque fois que je lui rend visite, il m’offre un visage différent. Il change sans arrêt d’aspect. Je ne m’en lasse jamais.
Ludo parvient même sans forcer à faire une pointe de 20 Km/h. Nôtre vitesse moyenne oscille entre 9 et 10 Km/h.
Juste avant d’aborder Culoz, on assiste à un spectacle grandiose.

Le lever du soleil.

Sur le Grand Colombier, la bande d’ombre le recouvrant s’abaisse à mesure que le soleil prend de l’ampleur. Elle glisse tout le long pour s’évanouir au pied de la montagne. La lumière est incroyablement belle. Elle est douce, laissant entrevoir toutes les facettes du paysage baignant dans ses rayons. A cette heure, l’atmosphère n’est pas encore laiteux. Tout est clair, parsemé de détails aussi infimes soient ils.

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Lever de soleil sur le vieux Rhône

S’ajoute à ce spectacle visuel, une ambiance sereine. Peu de bruit à cet heure ci. Nos congénères sont encore couchés. Nous sommes seuls, intimement liés à la nature qui se dévoile à nous timidement. Elle nous offre en primeur son plus beau visage en ce début de journée.

Le Grand Colombier, comme à son habitude nous domine jusqu’à Chanaz. Il a revêtu pour cette journée exceptionnelle sa plus belle panoplie d’arbres garnis d’un vert chatoyant à souhait. Un délice pour les yeux.

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Le Grand Colombier

Chanaz se dessine désormais devant nous. Rapidement, nous extrayons nos kayaks de l’eau pour le portage traditionnel qui nous fera quitter le Rhône et aborder ainsi le canal de Savières.

On se retourne face au Grand Colombier admiratifs devant la première étape de notre parcours accomplie. Un Rhône qui aura défilé à vitesse grand V, sans qu’on ai eu le temps de s’en apercevoir. Cela augure de belles choses pour la suite. Cette vitesse inespérée nous a fait gagner un temps précieux sur notre timing.

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Portage entre le Rhône et le Canal de Savières

Le Canal de Savières…

Il est un des rares cours d’eau dont le courant peut s’inverser. En temps normal, le Lac du Bourget se déverse dans le Rhône via ce canal. Mais lorsque le fleuve est en crue. C’est le phénomène inverse qui se produit. Le Lac sert alors de réserve tampon pour absorber le surplus du Rhône.

Par chance aujourd’hui, le courant sera quasi nul.

Le village de Chanaz est d’un calme olympien. Personne à l’horizon.

Nous remontons paisiblement le canal en direction du lac. Le décor est comme bloqué dans le temps. Nous prenons quelques minutes pour s’arrêter quelques instants. Tout est immobile. Même l’eau sur laquelle nous nous trouvons ondule à peine. Un vrai miroir d’une perfection absolue. Nos kayaks se figent dans cette ambiance étrange.

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Canal de Savières

Très vite, nous arrivons à l’embouchure du lac. Notre deuxième étape est maintenant bouclée, et il va falloir maintenant s’atteler au plus gros morceau de notre parcours:

Le Lac du Bourget…

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Au Nord du Lac du Bourget

Le tour complet est estimé à 40 kilomètres.

Un vent du Nord commence à gagner en intensité. On ne le ressent pas pour l’instant, protégés par les reliefs et les roselières, mais on l’entend s’affoler, siffler bruyamment au travers de chaque roseau.

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Lionel longeant les roselières

On choisit volontairement de parcourir en premier la rive Est du lac. Beaucoup moins attractive visuellement que la partie sauvage à l’Ouest. Notre mental sera ainsi préservé au retour. D’autant qu’il se fera par vent de face et nous fera perdre par la même occasion les quelques dizaines de minutes gagnées précieusement sur le Rhône.

Le Rocher, surplombé par le Château de Châtillon, le port et la plage du même nom défileront rapidement sous nos yeux. Pas le temps de flâner comme à l’accoutumée.

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Le Port de Châtillon 

Cap maintenant au Sud du lac. Une petite brise nous porte sur quelques vaguelettes, nous permettant ainsi d’avancer relativement facilement tout en s’épargnant du moindre effort.

Ludo, de part son embarcation taillée pour la vitesse et son coup de pagaie fluide, et redoutablement efficace, prend une nette avance sur Lionel et moi.
Il nous attendra un peu plus loin sur une petite plage de Brison.
32 Km au compteur. Un petit coup de faim nous guette. On décide de s’arrêter et prendre une petite collation. Quelques oeufs brouillés, abricots secs feront l’affaire.

On repart aussitôt. Nous sommes à présent dans la baie de Grésine. Cette anse, souvent prisée des pêcheurs en bateau sera déserte aujourd’hui. Pas étonnant, le vent commence à forcir, le lac se forme, les vagues grossissent et commencent à moutonner.

Le vent a beau être de notre côté, naviguer dans ses conditions me demande beaucoup d’effort pour corriger ma trajectoire, malgré la présence du gouvernail. Les vagues me poussent, me faisant légèrement partir en surf. Très bon pour l’accélération, mais cela se complique lorsque cette même vague me passe devant. Mon kayak “colle” alors sur l’eau, et se fait ballotter de gauche à droite, il perd sa notion directeur, et je dois pagayer d’avantage pour le recentrer et garder le cap.

On passe devant Aix les Bains. Beaucoup de monde, beaucoup de bruit, des joggueurs, des cyclistes, des voitures, et même des kitesurfeurs venus profiter du bénéfice du vent et se laisser porter par leur aile plusieurs mètres au dessus du lac.

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Aix les Bains

On est loin, très loin de cette tranquillité majestueuse de ce début de journée.

L’écart avec mes compagnons se creuse à mesure que nous avançons.
Ludo est en tête, j’ai même du mal à le distinguer. Quand à Lionel, il est dans son sillage mais garde un rythme très soutenu. Je peine à le suivre. J’arrive de temps en temps à pagayer juste derrière lui et prendre de temps en temps son aspiration pour récupérer un peu mais rien à faire. On ressent tout de suite notre différence de niveau. Cela sent la Dordogne intégrale à plein nez. Cette course folle de 130 kilomètres à laquelle Ludo et Lionel ont déjà participé, ce qui leur apporte un bénéfice énorme sur leur vitesse et leur endurance.

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Au Sud du lac du Bourget

Je pourrais être frustré, mais il n’en est rien.

Au contraire…

Plutôt que d’essayer de les suivre désespérément, je me recentre sur moi même et trouve mon propre rythme. D’autant que je commence à ressentir une légère douleur à mon bras droit. Je préfère donc me ménager un peu pour ne pas mettre en péril ce défi. De toute façon, nous allons arriver au bout du lac pour casser la croûte.

On avoisine les 50 Km. Très bon pour le moral, nous avons effectué plus de la moitié de notre parcours.

Pour la pause déjeuner, nous jetterons notre dévolu sur une petite plage à proximité de l’embouchure de la Leysse.

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Pause casse croûte

Mes jambes engourdies, je prends le temps de marcher un peu et contemple le paysage d’une beauté exceptionnelle.

Difficile de croire que nous sommes sur le lac du Bourget. Les couleurs, et le bleu turquoise de l’eau nous feraient presque penser que nous nous sommes échoués aux Bahamas.

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Plage de sable à l’embouchure de la Leysse

On pourrait croire qu’après tant de kilomètres avalés, l’intérieur de mon estomac présenterai un vide abyssal, mais curieusement, l’appétit n’était pas au rendez vous. Je prends tout de même le temps de savourer une salade piémontaise.

Retour au Nord du Lac…

Aller!!! On se motive un bon coup, et on garde le moral!!!

Du moral, on en aura besoin pour venir à bout des 18 kilomètres qui nous séparent du canal de Savières. Et le tout, avec un vent de face gagnant toujours en intensité.

On cesse de se poser moultes questions. Il est temps de débrancher nos cerveaux, faire le vide et ne penser à rien. Dans des conditions pareilles, l’erreur monumentale, qui pourrait être fatale, serait de regarder sans cesse notre GPS, consulter le kilométrage restant, notre vitesse, etc…. Le temps n’en serait qu’allongé et notre motivation fondrait comme neige au soleil.

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Plage du Bourget du Lac

Très vite, Ludo, en tête impose son rythme. Lionel le suit de près, profitant des petits courants générés par la pagaie de son prédécesseur pour rester dans l’aspiration.

A la troisième place, je fais de même avec Lionel.

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Maison bourgeoise avec en arrière plan le château de Bourdeau

A cet instant, je comprends désormais que je n’ai plus le choix.

Malgré mon endurance et mes capacités physiques en dessous des leurs, je dois tenir… Pire, je dois même aller au delà de ce que j’ai pu fournir comme efforts jusqu’à présent. Quelques prémices d’ampoules commençaient à faire leur apparition sur mes phalanges.
J’avais l’impression de tenir à la place de ma pagaie un morceau de ferraille chauffé à blanc.
Ce qui va alors se passer entre nous est comparable à un groupe d’alpinistes lors d’une ascension d’un sommet, encordés. Le courant généré entre nos kayaks représentent le lien qui nous unit. Il faut à tout prix maintenir ce lien sans le rompre.
Quelques passants au bord du lac nous regardent estomaqués. Ne comprenant pas notre démarche de remonter face au vent. Les embarcations à propulsion humaine que nous croisons vont toutes à contre sens.
Je fonctionne désormais comme une machine, commençant à m’habituer au rythme infligé par un Ludo chef d’orchestre. J’ai comme l’impression de ne plus avoir le contrôle sur mon corps. Il réagit tout seul, avec instinct.
On tient bon pendant une dizaine de kilomètres, et notre salut viendra du vent, qui d’un seul coup s’estompera sans prévenir.

Le lac redevient d’huile. Nous apercevons l’Abbaye d’Hautecombe à quelques centaines de mètres.

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L’Abbaye d’Hautecombe

Petite pause juste avant de franchir ce monument religieux, un des plus beaux symboles incontournables du lac.

Ludo sort à nouveau sa petite cafetière italienne et nous prépare encore un bon remontant.

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Ludo et sa fidèle cafetière italienne

L’abbaye se franchit sans encombres, Conjux viendra juste après, et nous terminerons le tour du lac en longeant les roselières avant de rejoindre à nouveau le canal de Savières.

Cette troisième étape aura été intense, tant en kilomètres parcourus que la fatigue accumulée. Le GPS affiche presque 70 Km. Un dernier coup d’oeil sur le lac, fiers d’avoir accompli cet exploit. Reste à rejoindre maintenant le Rhône et boucler majestueusement ce défi.

Retour sur le canal de Savières…

Rien à voir avec la sérénité de ce matin. On croise régulièrement des bateaux, profitant même de certains, empruntant le même sens que nous, de leur aspiration pour gagner en vitesse et s’économiser un peu.

Rapidement, on traverse à nouveau Chanaz, mais cette fois ci, il nous faut rejoindre le barrage de Savières pour le deuxième portage de notre aventure.

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Chanaz

Le Rhône nous tend les bras et nous offre à nouveau son courant libérateur, qui nous sera d’une grande aide.

Le Rhône…

Dernière partie de notre défi. On a largement dépassé les 70 Km, je pulvérise par la même occasion mon propre record personnel sur la plus longue distance parcourue en une journée.
Curieusement, avec un peu de déception, le débit du fleuve en aval du barrage n’a rien à voir avec ce que l’on a pu profiter le matin. Il va falloir pagayer efficacement pour arriver au bout.

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Le Vieux Rhône

Devant nous le seuil de Fournier. Je décide, malgré la fatigue qui me guette, de franchir ce seuil et m’économiser ainsi d’un portage. Un sans fautes.

En amont de Lucey, nous apercevons les derniers rayons du soleil éclairer majestueusement la dent du chat ainsi que le vignoble de Jongieux.

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Lucey

Je choisi volontairement de ne pas franchir le seuil de Lucey. Difficile de trouver un passage fiable, et vu mon état, ce ne serait pas raisonnable.

Ce seuil sera le symbole de notre dernier portage. La mise à l’eau en aval sonne comme un soulagement.

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Seuil de Lucey

Le soleil commence à nous tirer sa révérence sous un ciel légèrement laiteux.

Notre périple va désormais toucher à sa fin.

On reprend sur quelques kilomètres pour en finir, notre rythme frénétique avec une intensité proportionnelle à notre niveau d’énergie restant.

Dernière ligne droite…

Au loin, le camping et base de loisirs le “Kanoti”.

La rampe de débarquement sonnera la fin de notre défi.

On sort, tout engourdis de nos kayaks.

Mon corps est vidé, je suis envahi de courbatures. J’ai l’impression qu’il ne m’appartient plus. Mais dans ma tête, une euphorie me soulève, me fait planer au dessus de tout.

Nous nous retournons face au Rhône. Face à tout ce parcours réalisé. Ce projet enfin mené à bout.

On emmène désormais nos kayaks au camping, où nous retrouvons Mathieu, le gérant.
Je ne le remercierai jamais assez pour sa disponibilité et sa gentillesse.

Petite photo de nous trois et nos kayaks pour clôturer dignement cette aventure.

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Camping le Kanoti à Yenne

J’espère que vous avez eu le courage de lire ce compte rendu jusqu’au bout.

Une fois de plus, nous avons dépassé nos limites, mais ce genre d’aventure et de défis, certes poussés à l’extrême, nous passionnent, et permettent de mettre en valeur la pratique du kayak de mer en Rhône Alpes.

A très bientôt!

CORNETTO Yves

Ci dessous, la totalité des photos de notre journée.

Bon visionnage!

 

Guides du Rhône

 

« Guides du Rhône »

Samedi 12 Mai 2018

En prévision de notre futur défit (100 Km entre le Rhône, son canal de déviation et le Lac du Bourget Samedi 23 Juin 2018), nous avons prévu avec Lionel de parcourir le Rhône et son canal de déviation.

L’entraînement consistait à relier simplement Virignin à Motz et redescendre le Vieux Rhône jusqu’à Yenne. Un parcours d’environ 55 Km.

La météo annonçait beau toute la journée avec de la pluie en début de soirée.

Seule ombre au tableau, le débit du fleuve annoncé à 600m3/s au niveau de la balise de mesure du Pont de la Loi.

J’avais pour habitude de remonter le Rhône assez facilement lorsque ce dernier affichait des débits entre 200 & 300m3/s.

Bref, ce n’est pas grave, on tente quand même le coup, et de toute façon, si l’on ne parvient pas à réaliser notre objectif on aura un aperçu de ce que cela peu donner une navigation à contre courant sur des débits de 600m3/s.

Pile poil dans le timing.

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On avait prévu une mise à l’eau à 6h00 du matin. L’horaire a été respecté à la minute près.

Le rythme s’installe progressivement, il est bon, régulier.

On constate quand même un courant important au niveau du premier pont en aval de la base d’avirons de Virginin.

Même phénomène plus marquant cette fois sous le pont de Coron.

Les coups de pagaie deviennent énergiques. Et c’est une fois après avoir franchi cet ouvrage que nous constatons avec désarroi que notre vitesse moyenne affichée sur le GPS est à peine à 4,5km/h.

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Habituellement, sur cette portion, elle s’approche plutôt de 5 à 6 Km/h. Cela n’envisage rien de bon pour la suite.

Plus nous nous rapprochions du pont de la Loi, plus le courant était fort.

Vers le lac du Lit au Roi, l’étranglement sous le pont de Massignieu de Rives nous donnera du fil à retordre avec des vitesses moyennes de 3,5 Km/h.

On reprend notre souffle sur le lac avant d’entamer la remontée du canal pour rejoindre Lavours.

On plafonne toujours à 4,5 km/h.

Petite pause sur la rampe d’embarquement de l’Auberge « La Paillère ». J’observe le Rhône et son courant incroyable. Je me dis qu’il sera de plus en plus difficile d’atteindre le barrage de Motz. Nous sommes en retard d’une bonne heure et demie sur notre timing et ça ne va pas s’arranger.

On embarque en direction du Pont SNCF reliant Culoz à Vions. Je me dis qu’une fois franchi, nous allons pouvoir souffler un peu sur un élargissement du fleuve à hauteur de l’Auberge de Vions « La Guinguette ». Habituellement c’est un endroit calme avec un courant quasi nul…

Arrivés au pont en question, je regarde mon GPS et notre vitesse baisser dangereusement pour plafonner à peine à 2km/h.

On franchi l’ouvrage tant bien que mal en espérant se reposer juste après. Il n’en ai rien. Le courant en amont devient de plus en plus fort. J’arrive quand même à trouver une zone à contre courant sur ma droite, je fais signe à Lionel de me rejoindre.

On remonte… On remonte…

On aperçoit à peine le pont de la Loi que notre vitesse plafonne maintenant à 0,8Km/h. Oui, vous avez bien lu: 0,8Km/h!!!

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Nous ne nous faisons guère d’illusion, il va falloir rebrousser chemin, faire une croix sur le barrage de Motz et le vieux Rhône en amont de Culoz.

Sur notre droite, un homme nous interpelle pour nous demander des renseignements.

Nous nous approchons…

Il s’appelle Stefan. Accompagné de deux autres personnes: Mark et Scott, ils sont anglais et avaient décidé de descendre le Rhône de Genève à Lyon en kayak gonflable et en paddle.

Quelques doutes sur leur itinéraire les ont conduit à nous aborder.

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Avec Lionel, on décide, vu le résultat catastrophique de notre entraînement, de s’improviser « Guides du Rhône » et leur apporter notre aide ainsi que nos connaissances acquises sur le fleuve lors de notre périple en Septembre dernier.

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Au programme donc:

Descente du Rhône pour faire une visite incontournable de Chanaz à nos hôtes. Nous en profiterons pour établir en aval du barrage de Lavours notre pause repas avant de repartir en direction de Yenne.

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Passage des seuils de Fournier et Lucey avec quelques images (qui suivront par la suite) réalisées au drone par Stefan.

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Descente finale jusqu’au camping « Kanoti » de Yenne, où j’en profiterai pour faire la connaissance du Gérant: Mathieu.

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Cela fait maintenant quelques mois que nous échangions sur Facebook, et c’est toujours plus agréable de rencontrer les personnes dans le monde « réel ».

L’ambiance est chaleureuse, conviviale, nos compagnons de route sont comblés.

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Mission accomplie!!!

Il va falloir maintenant nous séparer. Nous échangeons nos numéros, emails, en se promettant de se recontacter.

Au final, 38 km parcourus!!!!

Ci dessous l’album complet de cette journée!!!

De Culoz au Bourget du Lac (Aller & Retour) 55 Km.

Démesuré!!!

Voilà maintenant quelques mois pour ne pas dire quelques années, que le projet de rallier Culoz au Lac du Bourget, faire le tour de ce dernier, pour revenir ensuite à mon point de départ, me trottait dans la tête.

L’idée était d’utiliser la rivière du Jourdan à Culoz en aval du magasin Carrefour pour rejoindre le Rhône.

Une fois sur le fleuve, il n’y avait plus qu’à descendre jusqu’à Chanaz, remonter le canal de Savières et rejoindre le lac du Bourget pour un tour complet.

J’avais déjà tenté l’année dernière de rallier Culoz à Conjux mais par un aller simple.

Le trajet en lui même reste assez facile, seul point noir au tableau, la départementale D992 à traverser pour le portage. En effet, cette route est très fréquentée et rares sont les automobilistes qui respectent la limitation à 90 km/h.

Un projet démesuré, qui en ma connaissance, n’a été tenté par aucun kayakiste.

Qui peut être assez fou pour faire une boucle avoisinant les 60 Km en une journée, avec pour finir une remontée du Rhône à contre courant!!??

Mis à par moi, je ne voyais qu’une seule autre personne…

Ceux qui ont pu suivre nos aventures via mon blog auront déjà une idée…

Lionel…

Inutile de vous le présenter, je vous invite, pour ceux qui ne le connaissent pas encore à lire le compte rendu des 14 jours passés en sa compagnie sur le Rhône de Genève aux Saintes Maries de la Mer en Septembre 2017.

Rendez vous donc pris Jeudi 12 Avril 2017 à 6h00 du matin au bord du Jourdan.

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Le Jourdan:

Le Jourdan prend sa source au pied du Massif du Colombier sur la commune de Culoz. Autrefois affluent direct du Rhône avant les aménagements CNR du Rhône, il afflue dorénavant dans le contre canal du Haut Rhône qui rejoint le Séran à Cressin Rochefort.

Source: http://www.culoz.fr/services/syndicat-mixte.htm

A peine avions nous embarqué qu’une petite pluie fine s’invite histoire de nous taquiner un peu. Je reste malgré tout confiant, la météo annonce un temps entre soleil et nuages mais sans précipitations, excepté en fin de journée aux alentours des 17h00.

Nous arrivons rapidement au bout de la rivière. Cette dernière passe sous un tube fait de tôle ondulée. Elle traverse via ce tube la départementale D992. Lors de mes précédentes tentatives, je m’étais souvent posé la question à savoir, si je pouvais passer dessous malgré la faible hauteur et largeur. Pas évident à vrai dire. L’étroitesse de ce passage pouvant gêner le mouvement de pagaie.

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Finalement, on préfère porter et traverser la route. D’autant qu’à cette heure, peu de véhicules pour parasiter notre portage.

Une fois de l’autre côté, deux solutions s’offrent à nous:
Embarquer directement dans le Rhône, ou pourquoi pas, essayer d’emprunter l’étang du Comte pour ensuite rejoindre le fleuve au prix d’un autre portage.

L’étang du Comte:

Il est situé à Culoz, dans le département de l’Ain (01), en région Auvergne-Rhône-Alpes, en France.

Il est un proche voisin de L’étang de la Rica dont il n’est séparé que par une digue sur laquelle passe une voie ferrée.

D’une superficie de 7 à 8 ha et d’une profondeur se situant entre trois et cinq mètres, cette ancienne gravière d’aspect sauvage avec ses bordures de joncs et ses massifs de nénuphars, abrite dans ses eaux des carpes de belle taille dont la moyenne se situe entre 8 et 12 kilos. Ses fonds de graviers et de substrat en décomposition, assez pauvres en nourriture naturelle, rendent la pêche assez facile pour peu que les appâts choisis apportent aux carpes les éléments dont elles ont besoin. Pas de poissons chats, mais attention aux ragondins qui coupent les cheveux pour prendre les appâts!

Source: https://www.geocarp.com/item/etang-comte-carpe-ain/

On optera pour la deuxième solution et traverser cet étang.

J’avais en prévision de ce périple fait quelques recherches pour savoir si la navigation en kayak y était autorisée mais sans résultat.

J’invite d’ailleurs toute personne lisant cet article, à me communiquer d’avantages d’informations à ce sujet, je suis preneur.

A cette heure, peu de chance de perturber les pêcheurs. Personne aux alentours.

On embarque. La météo change, et ce n’est plus quelques gouttes qui nous frappent mais des grêlons. Fort heureusement ce supplice ne durera que 5 minutes.

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Tout s’arrête brusquement. Les nuages se dispersent pour laisser apparaître timidement le Grand Colombier. Malgré la faible lumière j’en profite pour faire quelques clichés.

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Le Rhône…

C’est la première fois que j’aborde le fleuve sous le pont SNCF. Peu de courant à cet endroit. La mise à l’eau se fait facilement.

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On se laisse glisser tranquillement sur l’eau devant un spectacle d’une pure beauté. Le ciel bleu se dévoile à nous. Le soleil matinal nous offre sa plus belle lumière. Je me retourne (comme à l’accoutumée lorsque je navigue sur cette portion du Rhône) pour observer le Grand Colombier. Il est d’une beauté incroyable, baigné de cette lumière exceptionnelle, il nous dévoile son plus beau visage.

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Je ne peux rester indifférent, et décide sans plus attendre à saisir ces plus beaux instants à l’aide de ma Gopro.

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Chanaz.

Basculement entre l’Ain et la Savoie pour ensuite rejoindre le Lac du Bourget par le Canal de Savières.

La remontée du canal se fera au prix d’efforts titanesques. Depuis que je l’emprunte, je n’ai jamais éprouvé autant de difficultés à affronter le contre courant. Sentiment partagé avec mon ami Lionel.

Pas le temps de faire beaucoup de photos. A peine arrêtons nous de pagayer que nous reculons brusquement.

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On appréciera notre arrivée triomphale à l’embouchure du Lac du Bourget. Je contemple le panorama devant nous, le printemps se réveille timidement, il manque encore un peu de verdure sur les arbres pour agrémenter ce spectacle mais qu’importe. La vue est magnifique.

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Cap sur le Château St Gilles.

Quasiment invisible depuis la route de l’abbaye d’Hautecombe et à proximité de celle-ci, le château Saint-Gilles ne passe pas inaperçu depuis le lac du Bourget.

Semblable à un château de princesse, la bâtisse rose aux volets verts est occupée à la belle saison par ses propriétaires résidant en Allemagne. Retour sur l’histoire de cette propriété qui a accueilli reine et marquise.

Au XIIème siècle, à l’emplacement du château actuel, se trouvait un bâtiment rural dépendant de l’abbaye d’Hautecombe. En 1796, l’abbaye et ses dépendances sont vendus à Henry Léger, Louis et Joseph Landoz qui la transforment en faïencerie pour quelques années. La ferme de Saint-Gilles, composée d’une maison d’habitation, d’une grange et d’une écurie est alors exploitée par Antoine Rubelin. Au début du XIXème siècle, l’abbaye d’Hautecombe est restaurée par le roi de Sardaigne, Charles-Félix de Savoie, nouveau propriétaire du domaine. Son épouse Marie-Christine de Bourbon-Siciles venait régulièrement se promener jusqu’à la ferme de Saint-Gilles. A leur décès, les époux royaux seront enterrés à l’abbaye.

En 1850, le bâtiment devient la propriété de Madame Rousseau, épouse Guichard, d’Aix-les-Bains puis, par la suite, de Louis-Amédée Mougin et Albert Malifâtre, originaires de Paris qui entreprennent, alors, la construction du château.

Bâti sur une terrasse de 50 mètres d’élévation sur le lac du Bourget, il est orné de deux élégantes tourelles. A l’époque, le château est d’une couleur neutre. En 1886, il est vendu aux enchères à un syndic de faillites puis, en 1890, à Stéphanie-Félicité de Boubée, marquise douairière de Vivens. Au décès de cette dernière, au début du XXème siècle, il est cédé à la famille Girard puis à la famille Bocqueraz-Chiron.

En 1922, Lucien Chiron, maire de Chambéry, Président de la CCI et directeur de la cimenterie Chiron, acquiert le château avec le frère de son épouse, Léon Bocqueraz, banquier à San Francisco.

Depuis presque un siècle, le château de Saint-Gilles est resté aux mains de la famille Chiron. Repeint en rose, il y a quelques années, par la propriétaire actuelle, il est occupé à la belle saison, la famille résidant en Allemagne.

Source: http://www.ballad-et-vous.fr/lac-du-bourget-le-chateau-rose-de-saint-gilles/

Au Sud du Château, on décide de faire une pose histoire de se dégourdir les jambes à la Grotte de Raphaël.

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Je constate qu’il reste encore du petit bois qu’on avait entreposé pour d’autres personnes lors de notre dernière sortie de Janvier: « Diots Kayak »

J’en profite pour consulter mon GPS et je m’aperçois avec amertume que les piles sont vides. Tant pis, je range ce dernier avec quand même une certaine frustration, celle de ne pas connaître avec précision le kilométrage réalisé.

On ne perd pas de temps, et reprenons notre route en direction de l’Abbaye d’Hautecombe. Je la dévisage avec d’avantage d’attention. Depuis notre visite des carrières de Ste Foy avec Yannick de Randovive quelques semaines auparavant, je ne peux m’empêcher dorénavant de faire le lien entre ses pierres apparentes et celles extraites de ces carrières dans les années 1800.

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Au fil de notre progression, nous croisons peu de monde. Quelques avirons du club du Bourget du Lac, un père et ses deux enfants dans un canoë, 2 ou 3 bateaux de pêche…

Nous rejoignons rapidement le Château de Bourdeau. Symbole de notre arrivée imminente au bout du lac.

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La Chaîne de Belledonne largement enneigée se dessine maintenant devant nos yeux.

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Quelques photos pour immortaliser l’instant, et ce sera ensuite sur la plage de galets du camping « l’Ile aux Cygnes » qu’on fera notre pause repas.

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On contemple maintenant de loin notre chemin du retour qui semble interminable. Des ampoules apparaissent sur mes mains. Cela ne me surprend guère, c’est la première fois que je sollicite autant ma pagaie Groenlandaise sur une si longue distance. Avec l’habitude, ce phénomène se reproduira de moins en moins. En tout cas, rien pour entamer notre moral.

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Après une courte digestion, c’est repartit pour le retour. On abordera le côté le moins drôle du lac. Nous savons à l’avance qu’une fois passé Aix les Bains et la plage de Brison, la portion jusqu’à Châtillon va être monotone.

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Louis choisi justement la plage de Brison pour venir nous tenir compagnie et partager cette fin de parcours à nos côtés.

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Le château nous paraît inaccessible, et le ciel s’assombri dangereusement. Une petite brise altère le reflet du lac et génère une poussée de travers qui complique notre tenue de cap.

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Le canal de Savières nous invite à le parcourir, mais cette fois ci dans le bon sens. Sans forcer, nous filons à une vitesse folle (dommage pour les piles du GPS…) pour rejoindre Chanaz.

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Louis nous laissera terminer le parcours à hauteur de l’écluse de Chanaz.

Je retrouve par la suite cette vue sur le Grand Colombier dont je ne suis pas prêt de me lasser. Mise à l’eau et remontée du Rhône jusqu’au pont SNCF.

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Je jette un petit coup d’oeil sur l’étang du Comte. Un pêcheur occupe les lieux. Mais une autre solution de dernière minute s’offre à nous, parcourir l’aval du Jourdan pour rejoindre le tube traversant la D992.

C’est parti… Le portage est beaucoup plus court et moins fastidieux que si on avait à rejoindre l’étang.

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Je découvre une fois à l’eau une autre vue splendide sur notre Grand Colombier, et pour agrémenter le tout, les nuages qui étaient quelques heures auparavant menaçants, reculent pour laisser entrevoir un peu de bleu en cette fin de journée.

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Je regarde l’heure: 19h30. On arrive en contrebas de la D992, il reste encore un portage pour traverser cette route qui, depuis ce matin, est beaucoup plus fréquentée. Le bruit généré par les vas et viens des usagers perturbent cette ambiance bucolique.

Je regarde ce tube en tôle avec intrigue… Mon regard se pose en premier sur ma pagaie et la largeur de ce tube… C’est certain, en pagayant ça ne passera pas. Je profite de la présence de Lionel pour tenter quelque chose. Je range ma pagaie sur mon kayak de manière à ce qu’elle soit le moins encombrante possible. C’est à l’aide de mes mains que je me propulse à l’intérieur du tube. Une opération facile à réaliser d’autant que ses ondulations m’empêchent de glisser sur sa paroi et sécurise ma traversée. Aucun risque de dessalage, bref, c’est beaucoup plus simple d’avancer de cette manière qu’avec la pagaie.

Lionel tente le coup également.

On se retrouve en l’espace d’à peine une minute de l’autre côté avec une facilité déconcertante.

Et c’est en remontant paisiblement sur la dernière partie du Jourdan que nous rejoignons Culoz.

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Nous sommes sur les rotules, mais satisfaits d’avoir accompli ce nouveau défit.

Frustré tout de même de ne pas connaître avec exactitude la distance parcourue.
Avec Google map, en retraçant fidèlement le parcours, nous estimons notre périple aux alentours des 55 Km.

Pour les plus curieux d’entre vous, je vous invite à consulter l’album photos complet de notre journée folle!!!

A très bientôt pour de nouvelles aventures.

 

 

CORNETTO Yves