Le Rhin en kayak (Jour 1 & 2)

Bonjour à tous!

La Dordogne est maintenant derrière nous.

Pour ceux qui auraient loupé l’aventure, je vous invite à lire le compte rendu de ces 350 km négociés en 3 jours et demi.
Je retrouve donc avec plaisir les touches de mon clavier pour vous compter au fil de l’eau les nouvelles aventures de notre ami Rikou.

Rikou, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, c’est du hors normes de chez hors normes!

Il est tout comme nous un kayakiste passionné et autodidacte avec à son actif:

Mais derrière cet ogre avide de kilomètres se cache également un virtuose de la plume qui a le don de nous narrer ses aventures avec un talent incroyable. Au travers de ses lignes et ses mots choisis avec goût, nous vivons dans l’immersion la plus totale ses périples passionnants et épiques.

Rikou, c’est aussi le joyeux compère toujours prêt à partager une balade en kayak avec à son bord tout le set nécessaire pour nous régaler autour d’un apéro, suivi d’un bon repas aux petits oignons.

Voilà pour la présentation.

Aujourd’hui, j’ai l’immense honneur et le privilège de pouvoir vous retranscrire ses nouvelles aventures via mon blog http://www.kayakrhonelacs.com . Loin d’avoir le talent et le charisme du Maître, je vais tenter de prendre la plume pour vous faire vivre au travers de ces premières lignes, et ce au fil de l’eau son nouveau défi qui a débuté depuis Dimanche dernier:

°°° LE RHIN °°°

Le Rhin (allemand Rhein, néerlandais Rijn, romanche Rein et anglais Rhine) est un fleuve d’Europe centrale et de l’Ouest, long de 1 233 km. Il est la colonne vertébrale de l’Europe rhénane, l’espace économique le plus dynamique d’Europe et l’un des grands lieux de puissance du monde. Son bassin versant, de 198 000 km2, comprend la majeure partie de la Suisse, une partie de l’Autriche et l’intégralité du Liechtenstein, de grandes parties de l’Allemagne et des Pays-Bas, une partie de la France et de la Belgique, la majeure partie du Luxembourg, et même une petite partie de l’Italie. Il s’agit du plus long fleuve se déversant dans la mer du Nord et de l’une des voies navigables les plus fréquentées du monde. Il fournit de l’eau potable à plus de 30 millions de personnes3.

Il donne son nom à la Rhénanie, une région de l’Ouest de l’Allemagne, à deux länder de l’Allemagne — la Rhénanie-du-Nord-Westphalie(Nordrhein-Westfalen) et la Rhénanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz) — ainsi qu’aux deux départements français du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.

Parmi les villes les plus grandes et importantes sur le Rhin se trouvent CologneRotterdamStrasbourg et Bâle.

Source: Wikipédia

1233 km que notre ami Rikou tentera de parcourir depuis sa source jusqu’au Sud de Rotterdam.

Voilà maintenant deux jours que ce périple à commencé.

Initialement, le départ devait se faire depuis la source. Cette partie du Rhin n’étant pas navigable, la première portion du parcours ne pouvait se réaliser qu’à pieds.
Mais la météo exceptionnelle de ce printemps qui en quelques heures à balayé non seulement les températures estivales mais également le vieil adage « Au mois de Mai, fais ce qu’il te plaît ».
La neige a donc fait son grand retour et supprimé tout espoir de se rendre à la source pour débuter  le périple.
Le nombre de jours alloués à cette aventure étant limité, Rikou prendra la décision de démarrer son périple directement en kayak en aval à hauteur de Dardin en Suisse.
Le réseau téléphonique faible et particulièrement onéreux hors France, les informations seront transmises au compte-gouttes par SMS.

Dans quelques jours, une fois son forfait mis à jour, je ne manquerai pas de vous faire parvenir quelques photos et d’autres informations topographiques plus précises que cette carte pour l’instant austère.

Dimanche 5 Mai 2019

Premier jour de navigation avec 12 km parcourus.
Un chiffre un peu timide, mais qui s’explique par un nombre important de portages et un début de périple entre pluie et neige.

Lundi 6 Mai 2019

37 kilomètres parcourus.

Malgré des vitesses moyennes entre 13 et 15 km/h, ce faible kilométrage, bien que beaucoup plus ambitieux que la veille s’explique par un nombre de repérages importants avant de franchir les quelques zones sensibles du Haut Rhin.
L’escale se fera entre Haldenstein et Trimmis.

Dordogne Intégrale: 350 km

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Bonjour à tous!

Avant toute chose, sachez que je m’étais promis à l’origine de ne pas faire de compte rendu de ces quatre jours passés sur la Dordogne.

En effet, le lieu ainsi que l’évènement n’ont aucun lien avec notre territoire que je m’efforce de mettre en valeur de CR en CR.

Mais l’issue de ces 350 Km passés en compagnie de mes amis a engendré tellement d’émotions, et d’autres sentiments, dont il m’est encore à l’heure actuelle difficile de trouver les mots justes pour vous les faire vivre au travers de ces lignes, que je vais à nouveau faire entorse aux préceptes fondamentaux de mon blog pour vous conter cette course folle dont j’ai pu être l’un des 200 protagonistes à avoir eu le privilège de vivre à 200 %.

La genèse de cette aventure à commencé l’année dernière jour pour jour à l’issue de l’épreuve classique de la Dordogne intégrale (à savoir, réaliser un parcours de 130 Km d’Argentat à Castelnaud-La-Chapelle en une seule journée).

Mes amis, Lionel, Ludo, et Raphaëlle, qui avaient déjà participé aux événements précédents, m’ont fait part d’une édition spéciale pour les 10 ans de l’évènement sur 2019. Un parcours de 350 km, toujours au départ d’Argentat, qui devait se terminer, non pas à Castelnaud, mais à Blaye en Gironde.

Il fallait veiller comme le lait sur le feu l’ouverture des inscriptions car les places allaient s’écouler comme des petits pains, 200 embarcations au maximum.

Lionel nous inscrits en K2 sous le nom des « RhôneAlpins ». Un nom qui pourrait être banal, mais habitant pratiquement au bord du Rhône et Lionel au coeur des stations Alpines, cela ne pouvait pas mieux tomber.

350 kilomètres…

En premier lieu, nous avions déjà effectué d’avantage dans le passé.

Mais la difficulté de ce défi est de réaliser cette distance en 3 jours et demi avec plusieurs barrières horaires à ne pas dépasser sur les checks points principaux sous peine de pénalité.

Autant dire qu’il me faudra pour ma part, naviguer avec un rythme beaucoup plus soutenu qu’à l’accoutumée.

Et pour ne pas arranger les choses, lors d’un entrainement en Janvier dernier, j’ai eu la maladresse d’exécuter un mauvais mouvement de pagaie qui m’a valu une inflammation au coude droit laissant présager un éventuel début de tendinite.

Bref… J’abordais cette course avec une certaine appréhension.

Jeudi 18 Avril

Rendez vous au camping du « Gibanel » situé aux portes d’Argentat.
Nous retrouvons nos amis Ludo et sa « Team de la Tour du Pin » ainsi que Rikou et son ami Eric qui assurera sa logistique durant la course.

19h00

Rendez vous à la salle polyvalente « Les Confluences » pour le retrait des dossards, le tracker GPS et participer au repas offert par l’organisation avant le briefing présenté par Philippe MARCHEGAY. Personnage charismatique qui depuis maintenant 10 ans a organisé la Dordogne intégrale de 130 km. Il nous fait part, pour cette édition spéciale 2019 qu’il tirera sa révérence à l’issue de la course pour laisser place à une nouvelle équipe l’année prochaine. La salle se lève et applaudit avec une émotion commune tellement intense qu’elle me fait vibrer de l’intérieur. Devant cette ovation incroyable, nous prenons tous conscience que cette « Dordogne 350 », risque peut être de ne pas se reproduire avant longtemps.

Juste avant de partir, nous croisons Raphaëlle et son mari.
Nous nous souhaitons mutuellement bonne chance pour la course.

Vendredi 19 Avril

6h30,

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On embarque à 1 km en amont de la ligne de départ. En effet, sur la rampe officielle grouille déjà pas mal de monde.

Une fois positionnés, nous sommes attentifs au compte à rebours…

20 secondes… 10 secondes…

Je regarde autour de notre embarcation toute cette masse agglutinée au même endroit prête à en découdre…

5 secondes…

Le rythme cardiaque s’accélère telle une bielle surexcitée transmettant le mouvement d’un piston déjà surchauffé.

3…

2…

1…

La masse que nous formons tous s’élance dans un bruit de clapotis violent, elle se disloque lentement mais reste malgré tout compacte.

Ludo est déjà loin devant, nous ne voyons plus Rikou qui est resté derrière nous, prisonnier d’une partie de cette masse dont il a du mal à s’extraire. Quant à Raphaëlle, je pense qu’il en est de même.

Difficile de trouver mes propres repères dans cette ambiance agitée où chacun tente de prendre le dessus sur l’autre. Je peine à supporter toute cette agitation. Cela ne ressemble en rien à ce que je vais chercher dans la pratique du kayak, et ce qui a toujours été un leitmotiv à chacune de mes sorties, à savoir, me ressourcer dans le calme et la plénitude.

Le bruit de l’eau violentée à coup de pagaies, ainsi que le vacarme général (malgré une ambiance entre concurrents très conviviale) parasite notre communication avec Lionel sur notre K2.

On essaie tant bien que mal de se faire notre place. Paddles, et kayaks fuselés nous doublent avec une facilité déconcertante. Inutile de chercher à se placer dans leur aspiration. Notre « péniche » n’est pas taillée pour rivaliser avec ces engins d’élite, et nos efforts pour nous maintenir vainement à leur rythme nous épuiseraient avant la fin de la journée.

Les premiers rapides se dessinent devant nous. La largeur de la rivière se rétrécie, et notre masse de kayakistes semblable à un essaim d’abeilles, qui commençait à peine à se dissoudre, se reforme dangereusement dans cet entonnoir improvisé où malheureusement tout le monde n’aura pas sa place. En effet, c’est une fois engagés dans ce tumulte, que les premiers dessalages se font entendre. Nous parvenons à nous frayer un chemin dans ce chaos pour en ressortir victorieux et indemnes. Nos entraînements hivernaux dans les rapides du Rhône ont porté leurs fruits.

A peine avons nous le temps de reprendre notre souffle qu’une grosse embarcation se faufile habilement dans notre sillage pour arriver à notre hauteur. Un canoë 9 places avec à son bord, l’équipe féminine du club de kayak d’Annecy.

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Elles pagaient énergiquement, tel un groupe d’amazones avec une âme conquérante. Bien décidées à se rapprocher le plus près possible au sommet du classement afin que le chiffre tant convoité corresponde fidèlement à leur numéro de dossard arboré fièrement sur leur canoë.

Nous avions eu l’occasion de se présenter et d’échanger un peu au camping la veille de la course. Elles nous interpellent d’ailleurs amicalement par un :

– « Coucou les voisins! »

(en faisant référence à nos emplacements du camping et à notre région commune) avant de nous dépasser sans qu’on ai le temps d’anticiper quoi que ce soit.

Le brouhaha de ce début de course commence à s’estomper à mesure que les embarcations s’espacent.

J’en profite pour jeter un œil derrière nous dans l’espoir de retrouver Raphaëlle et Rikou.

Ce dernier nous a rejoint rapidement après avoir eu l’audace de franchir avec succès un seuil impressionnant au km 40. Quant à Raphaëlle, toujours pas de nouvelles. Je croise les doigts en espérant que tout se passe pour le mieux de son côté.

Enfin un peu de calme. Nous prenons maintenant le temps d’apprécier cette Dordogne comme elle le mérite. Cette rivière regorge de surprises. Je suis impressionné par la propreté aux abords, la beauté et la variété des paysages entre berges verdoyantes et des gorges impressionnantes dont certaines ressemblent à s’y méprendre à celles de l’Ardèche. Elle se dévoile à nous, belle et charismatique sous son meilleur jour, une eau claire, cristalline, au travers de laquelle des algues d’un vert clair et parfois chlorophylle nous indiquent généreusement le sens du courant. Porté par ces flots libérateurs, le stress de ce début de course disparaît subitement, laissant mon cœur s’ouvrir progressivement. Il m’est alors difficile de résister au charme de cette Dordogne et ses atouts de séduction que j’en ferais presque des infidélités au Rhône que j’apprécie tant.

Les kilomètres défilent les uns après les autres sans qu’on ai le temps de s’en apercevoir. Tellement absorbés par ces paysages idylliques qu’en l’espace de seulement quelques heures, nous venons de nous apercevoir que nous avons complètement oublié notre ami Rikou qui est resté loin derrière. Pas d’inquiétudes, on connait suffisamment notre compère pour savoir qu’il rattrapera vite son retard et reviendra à nos côtés.

En début de soirée nous approchons du kilomètre 130 à Castelnaud la Chapelle, où se trouve le check point obligatoire et le ravitaillement. Cinq kilomètres en amont se dresse sur la rive droite « La Roque Gageac », un des plus beaux villages de France. Il ne laisse personne indifférent en nous imposant ses falaises immenses à l’intérieur desquelles ont été créées des habitations peu orthodoxes surplombant le reste du bourg.

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19h15,

Nous arrivons à notre premier check point.

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©Louis SALOMON

Quelques légères courbatures, rien de bien méchant. Cette petite pause ne nous fera pas de mal.

Rikou nous rejoindra comme prévu quelques minutes après.

Par contre, toujours pas de nouvelles de Raphaëlle. J’espère qu’elle arrivera avant la barrière horaire de 22h00, sans quoi, elle risque une pénalité.

Certains de nos protagonistes décident de bivouaquer à Castelnaud. Lionel et moi même décidons de poursuivre notre route. Rikou préférera rester sur place pour récupérer un peu.

Le soleil commence à disparaître, laissant entrevoir quelques reflets magiques sur les eaux que nous parcourons. Timidement, la nuit s’installe. Des nuées de moucherons viendront provisoirement parasiter notre progression sur ces eaux limpides et partiellement calmes que nous offre cette Dordogne décidément surprenante.

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©Louis SALOMON

Louis, notre assistant suiveur nous attendra au Km 135 pour notre premier bivouac.

Mais une fois sur les lieux, Lionel décide de me pousser dans mes derniers retranchements pour tenter de gagner en distance et ainsi rattraper le retard dû à notre embarcation inadaptée pour la vitesse.

Je sens mes forces m’abandonner, je tente un refus. Et fais face à notre premier désaccord, après tant d’années de navigation avec mon partenaire. J’appréhende également un éventuel rendez-vous raté avec Louis sur notre prochain bivouac (faute de réseau téléphonique suffisant, ou d’accès compliqué).

Finalement, Lionel parvient à me convaincre.

Nous allons jouer notre partition favorite et faire ce que nous avions jusqu’à présent toujours su faire : avaler les kilomètres les uns après les autres pour atteindre le chiffre incroyable de 150 Km parcourus sur la journée.

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Il est 23h00 et j’ai encore de la peine à y croire. Je viens de pulvériser mon propre record (86 Km en une journée) établi l’année dernière lors de notre défit entre le Rhône et le Lac du Bourget. A cet instant précis, et ce, malgré le poids d’une fatigue incommensurable, je commence à me rendre compte à quel point le corps humain peut être capable de s’adapter et aller au-delà de ses propres limites.

Pas le temps d’apprécier cette performance exceptionnelle. Il faut vite monter la tente, se changer pour la nuit qui sera courte.

Nos yeux émerveillés de cette journée remplie d’émotions se fermeront à minuit pour s’ouvrir à 5h15 le lendemain.

Bercés par les flots de la rivière, et courbaturés de la veille, le réveil se fera difficilement. Pourtant, pas le temps de traîner. Le temps de plier la tente et ranger les affaires, nous embarquons à 6h30 dans un calme et une plénitude sans précédent. L’ambiance matinale dans laquelle on se trouve nous rappelle étrangement nos étapes matinales lors de notre périple sur le Rhône deux ans auparavant.

Au loin, nous apercevons la silhouette d’un kayakiste.

Nous arrivons progressivement à le rattraper.

Je devine la forme de sa pagaie, cette dernière semble similaire à la mienne. Enfin un protagoniste adepte des méthodes de navigation ancestrales. Je commençais à me sentir seul.

Je suis en admiration devant sa technique et son rythme. Tout se fait en silence… Sa pagaie trad pénètre à l’intérieur de l’eau avec douceur, pour en ressortir sans bruit, laissant sa partie opposée effectuer le même cycle. Un métronome réglé à la perfection. L’ambiance de ce début de matinée flirtant avec un calme olympien, ajoute d’avantage d’harmonie à son mouvement de pagaie exécuté avec grâce et élégance.

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Arrivé à sa hauteur, je reconnais également son embarcation. Un kayak pliable de la marque TRAK, dont les lignes épurées ont été inspirées des premiers kayaks Groenlandais. Un délice pour les yeux. Voilà maintenant quelques mois que ce bateau me fait de l’oeil. Son prix, dont je ne communiquerai pas le montant, me fait vite comprendre à grands regrets que ce jouet ne m’est pour l’instant inaccessible.

La similitude de nos moyens de propulsion brise immédiatement la glace (qui d’ailleurs n’a jamais eu le temps de se former) au profit d’une discussion engagée et passionnante autour de notre passion commune.

Hervé, en plus du kayak connaît et organise régulièrement des séjours au Groenland, en Russie (Lac Baïkal). Je découvre au fil de la conversation que nous avions également des connaissances communes: Laurent NICOLET, etc…

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A mesure de notre discussion, nous ne prenons plus conscience des kilomètres avalés pour s’apercevoir que nous arrivons maintenant à Mauzac, étape cruciale où nous attend l’organisateur de la course pour un nouveau check Point. Louis est présent également car un transfert de 30km en voiture est obligatoire pour éviter 3 portages successifs.

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On profite de ce transfert et du temps règlementaire impartit d’une heure et demie qu’il nous est interdit d’écourter pour acheter quiches et pizzas histoire de nous rassasier et nous faire gagner ainsi de précieuses minutes sur l’étape à venir.

Cette étape… Parlons en justement.

Avec le recul sur le parcours global, je dois avouer que l’étape la plus monotone est bien celle que nous allons entamer.

Le courant est faible, et les petits rapides bienfaiteurs de la veille se feront de plus en plus rares à mesure que nous avançons en direction de notre prochain Check point à Castillon.

Notre kilométrage incroyable de la veille nous a permis de dépasser beaucoup de concurrents.

Ludo, qui justement nous avait laissé sur place la veille au départ revient timidement derrière nous. On en profite pour faire une petite pause commune de 10 min. Ce dernier nous apprendra que Raphaëlle, malgré sont rythme un poil en dessous du notre a quand même réussi à franchir le premier check point de Castelnaud avant 22h00. Je suis rassuré, d’autant qu’elle s’était investi corps et âme à la préparation de cette course.

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Malheureusement, d’autres concurrents on dû déclarer forfait pour diverses raisons. Embarcations cassées, et blessures trop importantes ne permettant pas la poursuite de l’aventure.

Pour ce dernier cas, Cédric, qu’on avait rencontré lors d’un de nos entrainements a malheureusement été victime d’une tendinite au coude et a dû jeter l’éponge au kilomètre 100.

Lui aussi avait investi un temps et une énergie énormes qui allait bien au delà de ce que l’on avait pu préparer avec Lionel. Je suis surpris d’apprendre cette triste nouvelle, mais je suis tout aussi surpris de constater que malgré tout, nous sommes toujours en piste, et ce sans aucun souci physique à déplorer. Mon inflammation au coude ne s’aggrave pas. Au contraire. Est ce l’échauffement produit par l’effort qui diminue la douleur? Quoi qu’il en soit j’en profite sans me poser d’autres questions.

Nous avançons au mental. Je regarde le moins possible le GPS sous peine d’en perdre le moral. La lenteur de notre progression nous ferait presque croire que nous naviguons sur de la colle.

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Les 30 derniers kilomètres avant Castillon se feront dans la douleur. On se fixe une pause tous les 10 km pour se dégourdir les jambes et les fessiers.

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Le soleil commence à décliner petit à petit.

Après tant de galères, j’aperçois le stand tant convoité du Check Point, orné de ses deux panneaux en tissu blanc floqués « Itiwit » (marque annexe de Décathlon, principal sponsor de l’événement).

Je me retourne, intrigué par une embarcation au loin plus volumineuse que les autres.

Il s’agit à nouveau de l’équipe féminine « Yaute la Boum » en C9 qui nous avait déjà doublé la veille. On accélère le rythme pour marquer le stop avant elles et garder notre avantage acquis grâce à nos efforts de la veille. Tout se joue dans un mouchoir de poche, et une fois de plus, ces amazones pagayant avec une énergie incroyable, leurs efforts conjugués ne formant qu’une seule unité, nous passeront devant sur les derniers mètres. Toujours dans la bonne humeur, sans esprit de rivalité, nous nous prenons au jeu de la concurrence dans cette course.

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L’équipe féminine « Yaute la Boum » au Check Point de Castillon

Lionel règle les formalités au check point pendant que je bavarde avec l’équipe du C9 et nous repartons aussi sec.

Toujours cette lumière incroyable en fin de journée. Je décide d’immortaliser l’instant en saisissant un cliché. La beauté du paysage pourrait presque être similaire à ce que l’on a pu voir la veille au soir à un détail près.

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Il faut savoir qu’à partir de Castillon, la Dordogne évolue maintenant avec les caprices de la marée. Les berges verdoyantes de ce début de course laisseront place à de grandes pentes vaseuses hideuses, impossibles à emprunter pour sortir de l’eau.

Et pour compliquer les choses, ce sera tout notre mode de navigation qui faudra désormais repenser. Pour la plupart des navigateurs du monde entier, la marée est incontournable et fait partie de leur quotidien. Quand à nous et notre expérience, nous sommes complètement novices en la matière. Je sais juste après quelques repérages sur le web effectués au préalable qu’il nous faudra sortir de l’eau avant la marée montante prévue à 21h00. On risque également de rencontrer le fameux Mascaret, une vague soit disant importante engendrée juste avant la marée montante avec un risque de déferlantes.

Nous ferons escale à St Jean de Blaignac en compagnie de l’équipe d’assistance de Ludo qui nous aidera à acheminer notre embarcation au travers de cette vase immonde pour rejoindre la berge.

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Je suis frustré de constater qu’il nous reste largement assez d’énergie pour avaler au moins 30 bornes mais que nous devons arrêter à cause de la barrière horaire qui change en aval de Castillon (21h00), mais surtout à cause de cette marée qui nous barre la route.

Plutôt que de continuer à me lamenter devant tant de frustration, l’idée de retranscrire cette aventure exceptionnelle dans un compte rendu commence à gamberger dans ma tête. Je décide d’aller chercher quelques infos via le web sur les lieux traversés, mais également sur les quelques protagonistes rencontrés durant cette course.

Je repense à notre première rencontre de la journée:

Hervé.

En tapant son nom sur un moteur de recherche connu de tous, il ne me faudra pas longtemps pour apprendre que l’on est tombé sur un GRAND monsieur.
Hervé a vécu son enfance entre la Chine et la Russie. Une fois de retour en France, il commence à briller dans une carrière de footballeur professionnel qu’il décide de stopper alors que cette dernière le destinait au haut niveau, pour devenir éducateur sportif et entreprendre un nombre incalculable de voyages au travers de la planète et plus particulièrement dans la sphère Nordique (Russie, pays scandinaves, etc…).
Il travaille pour l’agence 66° Nord.

Ma mâchoire reste grande ouverte, sa partie inférieure prête à toucher le sol. Mais ce qui va enfoncer le clou résultera des recherches suivantes.

L’équipe féminine du C9, avec qui nous commençons à jouer au jeu du chat et de la souris m’intrigue également. Je décide de regrouper quelques informations sur Facebook, Instagram, etc… pour me rendre compte que leur défi va bien au delà de cette Dordogne. Elles font partie de l’association « Drôles de Rames » ou « Dragon Ladies ». Une équipe de pagayeuses qui a vu le jour au Canada en 1996. Pour les femmes opérées du cancer du sein, une amélioration de la mobilité de l’épaule est rapidement démontrée avec la pratique du Dragon Boat. L’équipe d’Annecy a vue le jour en 2012.

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Pas étonnant de les voir pleine d’énergie et de joie de vivre. Ce n’est pas un C9 ordinaire à qui nous avons à faire, mais à un véritable rouleau compresseur prêt à aller non seulement jusqu’au bout de la course, mais à relever tous les défis. Comme par exemple la Maxi Race qui aura lieu prochainement sur le lac d’Annecy, mais également d’autres événements de renommée comme la Vogalonga, etc… Je crois même qu’elles sont allées jusqu’en Chine.

Chapeau bas mesdames…

Il va falloir maintenant revenir en piste et élaborer une stratégie pour composer avec cette marée décidée à nous en faire baver jusqu’au bout.

La pleine mer est annoncée pour 10h30 demain. Ce qui veut dire qu’on pourrai embarquer juste avant et profiter de la marée descendante pour gagner en vitesse.

Devant cet horaire tardif, nous décidons de nous réveiller vers 7h30 pour se mettre à l’eau vers 9h30, 10h00, une fois le plus gros de la marée passé.

Troisième jour…

Il est à peine 5h00 que je commence à tourner dans tous les sens à l’intérieur de la tente, cherchant d’autres stratégies pour gagner un maximum de temps. La fenêtre de 6h00 laissée par la descendante ne nous permettra pas d’avaler autant de kilomètres qu’à l’accoutumée.

J’entends deux concurrents en paddle discuter du même sujet. Je me joins à eux pour élaborer un nouveau plan d’action. L’horaire réglementaire de navigation commence à 6h30. Ce qui nous laisse environ une petite heure avant la marée montante qui nous barrera la route jusqu’à au moins 10h30.

Je réveille Lionel pour changer brutalement nos plans et partir plus tôt. Ce dernier acquiesce sans hésiter.

6h30 pile, le kayak est à l’eau et nous voilà partis vers l’inconnu.

J’appréhende ce renversement de marée et ce fameux Mascaret.

Nous avalons tous les km que nous pouvons. Arrivés à Branne, le cours d’eau devient lisse et limpide avec subitement une absence de courant. J’observe les bouées scellées via une chaine. Aucun sillage à leur embase. On décide alors de sortir rapidement le kayak de l’eau pour observer ce phénomène incroyable que nous réserve dame nature.

Quelques minutes après, nous apercevons au loin une ondulation arrivant de l’horizon de la rivière avec des vagues déferlantes secouant tout sur les deux rives.

Un calme plat s’en suit. Je suis même surpris que le courant inverse ne soit pas plus violent que ça. J’hésiterai presque à embarquer. Après tout, je m’étais entraîné régulièrement sur le Rhône à contre courant avec des débits allant jusqu’à 400 m3/s. Mais alors que la question finie à peine de se diluer dans mon esprit que des courants incroyables se forment, renversant spectaculairement le sens de la rivière. La violence des eaux me ferait presque croire que je suis en sortie du barrage de Génissiat les vannes ouvertes.

Lionel me ramène à la raison. Inutile d’embarquer dans des conditions pareilles.

Les quelques kayakistes tentant vainement leur chance avancent à peine, voir, font du sur place.

Une heure après, nous apercevons Ludo luttant contre le courant pour venir nous rejoindre. Et sans plus attendre, notre maître Rikou apparaît dans son sillage. Nos deux compères ont vite compris qu’il sera inutile de continuer.

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D’autres protagonistes se joignent à nous, l’un d’entre eux nous offrira généreusement du thé pour faire passer le temps.

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10h30

Enfin un créneau, le courant commence à se calmer et nous voilà enfin sur les eaux.

Il reste à peu près 70 km avant l’arrivée finale. Pourrions nous caresser l’espoir de rejoindre Blaye dans la journée? Sans cette maudite marée cela n’aurait été qu’une formalité.

Bref, on débranche nos cerveaux, préférant faire chauffer la pagaie.

Des vitesses incroyables commencent à s’afficher sur nos GPS: 10, 11, 12, voir parfois 14 km/h, et ce, sans forcer. Mais le temps passe et il va falloir maintenant s’inquiéter de la marée montante et de son fameux Mascaret.

Le Mascaret…

Un mot que je n’aurai jamais autant prononcé de ma vie en une seule journée. Quand va t’il arriver? D’après les rumeurs, il serait de plus en plus violent à mesure que nous nous rapprochons de l’arrivée. Mon esprit se retourne sans dessus dessous.

– On tente d’aller plus loin au risque de dessaler et foutre en l’air tout le périple pour quelques bornes avant l’arrivée?

– Ou on joue la sécurité pour repérer un endroit propice et sécurisé afin de remettre la fin de l’aventure au lendemain?

Je commence à questionner les personnes rencontrées, aussi bien concurrents que locaux.

-« A quelle heure est prévu le Mascaret? »

A cette question chaque personne me donne un horaire différent. D’autres sont incapables de me répondre. Cela ne va pas arranger les choses…

Plus on gagne du terrain plus je m’inquiète. Le stress m’envahi tellement que je ne remarque pas le bout d’une rampe à laquelle nous avons fait une pause et mon pied, croyant toucher encore le béton se retrouve sous l’eau dans le vide m’entraînant avec lui dans le bain. Un gag énorme que mes amis, Lionel, Rikou et Ludo regretteront de ne pas avoir pu l’immortaliser numériquement.

A ce même moment, qui voit on arriver? Le fameux C9 arrivant à toute bombe vers nous.

« Salut les Voisins!!!! »

J’en profite pour tenter une question:

– « A quelle heure le Mascaret??? »

– « On n’en sait rien, on tente notre chance ».

On essaye de profiter de l’inertie de leur vague pour les suivre mais sans succès.

Finalement, Eric, l’accompagnateur de Rikou nous attendra au port de Cubzac en nous dégotant un bivouac de rêve.

On sort nos embarcations et attendons le fameux Mascaret!

D’autres concurrents on fait de même comme une équipe Suisse en relais sur un paddle 4 places ainsi qu’un autre kayakiste qui a décidé de faire la course en autonomie sans assistance.

Je questionne mon entourage…

– « Quelle heure le Mascaret? »

Toujours des réponses évasives.

Plutôt que d’attendre inutilement, on décide avec Rikou, Ludo et toute la bande de monter le bivouac.

2h30 après notre débarquement le tant attendu Mascaret, celui qui devait être plus puissant que son homologue matinal arrive.

Je ne sais pas si au travers de ces quelques lignes je vais arriver à vous faire part de toute la frustration mélangée à une rage incroyable me faisant bouillir de l’intérieur que j’ai ressenti à la vue de ce spectacle à la limite de la provocation.

Deux ondulations pitoyables. Hautes d’à peine 50cm. Qui ne feraient même pas dessaler un enfant de 10 ans novice en kayak.

Des noms d’oiseaux que je garde au fond de ma bouche cherchent à sortir pour exprimer ma colère et la frustration de ne pas avoir pu tenter d’aller plus loin et de rallier notre arrivée à Blaye.

La meilleur citation viendra de notre ami Rikou:

– « Ce n’est pas un Mascaret, c’est une MASCARADE!!!!!! ».

Heureusement, on se console autour de notre dernier bivouac festif à souhaits préparé aux petits oignons par les équipes de Ludo et de Rikou. Un moment fort et riche en convivialité dont on ne sera pas prêt d’oublier. On aurait aimé être rejoints par Raphaëlle pour compléter le groupe. Heureusement, sa balise GPS indique qu’elle n’est pas très loin de nous, environ une vingtaine de km. Courage Raphaëlle tu y est presque!!!

Difficile de trouver le sommeil. Je tourne en rond comme un Lion en cage ayant le ventre vide.

J’essaye de me consoler en observant cette force de la nature que nul ne peut contrôler. J’apprends à découvrir et apprécier le phénomène de la marée. Je me laisse apprivoiser par sa puissance. La hauteur d’eau évoluant sous mes yeux me remet à ma place.

Ma curiosité commence à porter ses fruits et en observant de plus près, je m’aperçois que la montante génère un contre courant incroyable sur la rive droite. Je ne sais pas jusqu’à combien de km il peut courir, mais une chose est sûre. Les débris est branchages vont bien dans le sens contraire du courant et filent à vive allure. J’en touche deux mots à Ludo. La pleine mer et le créneau pour profiter de la descendante ne se fera pas avant 10h30. Pourquoi ne pas tenter d’utiliser ce contre courant bienfaiteur et gagner un maximum de km avant le renversement qui sera en notre faveur?

J’ai le souvenir d’une discussion avec Sébastien, un kayakiste Breton installé à Lyon m’expliquant qu’avec ses amis dans le golfe du Morbihan, ils réussissaient à doubler des voiliers de touristes dans la marée montante, et ce, rien qu’en empruntant des contres courants.

Dernier jour.

Cette fois nous sommes décidés et regonflés à bloc. Plus que 25 bornes pour en finir une bonne fois pour toutes.

Départ à 8h30 en pleine marée montante.

Rikou préférera attendre la descendante vers 10h30.

Lionel et moi même embarquons avec Ludo dans ce fameux contre courant.

Bingo!

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Malgré un courant de face impressionnant, nous filons à 8 km/h sans forcer pendant au moins 2 km.

Nous rejoignons rapidement le port de Plagne où l’on aperçoit le C9 de l’équipe d’Annecy vide. Je pense que l’équipage préférera attendre lui aussi la descendante.

Les choses se corsent un peu par la suite. Mon GPS baisse à 3 km/h malgré un rythme intensif. Nous n’avons plus le choix. Il faudra tenir jusqu’au renversement de la marée.

La Dordogne se métamorphose complètement. La couleur de l’eau jadis transparente au début de la course laissera place à un marron couleur vase. Le paysage n’a plus grand chose à nous offrir visuellement et les zones que nous parcourons commencent à s’industrialiser.

Ludo, prend une nette avance sur nous. Je me concentre sur mon GPS en implorant le plus rapidement l’inversement de la marée.

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Bonne nouvelle. Notre vitesse revient à des valeurs beaucoup plus encourageantes. 5 km/h. Ce n’est pas encore ce que j’espérais mais cela fait du bien au moral. Une heure après toujours pas d’évolution. Ces 25 km auront été les plus longs du parcours. J’entends Lionel pester:

– « Ils vont la tirer quand leur chasse d’eau???!! »

Faisant référence à l’inversion de la marée qui tarde à venir, nous commençons à perdre patience.

Soudain, mon GPS commence à s’affoler.

La vitesse moyenne monte lentement mais progressivement. 5 – 6 – 7 – 7,5 – 8 km/h

Nous voilà maintenant dans le flux tant convoité, avec un peu plus de 10 km à parcourir.

Notre adrénaline reliée spirituellement à mon GPS va monter en flèche à mesure que la vitesse affichée sur l’écran. Les chiffres après la virgule symbolisant les kilomètres défilent de plus en plus vite.

Pour motiver mon partenaire j’annonce chaque kilomètre parcourus et la vitesse actuelle lorsque cette dernière évolue.

18 km!

10km/h!

12 km/h!

Une frénésie s’empare alors de nous. Nos corps et nos articulations fonctionnent comme une machine prête à en découdre.

La barrière symbolique des 20 km parcourus s’affiche!

Des équipes d’assistance d’autres coureurs nous encouragent au bord des quais!

– « Allez y vous y êtes presque!!!! Courage !!!! »

Plus que 5 bornes!

On donne tout ce qu’il nous reste pour effacer au plus vite ce chiffre 5 de l’écran!

4 km!!!

13 km/h!!!!

J’en crois pas mes yeux! A présent tout s’enchaine dans ma tête! Ce fameux phénomène de transition déjà ressenti lors de notre périple sur le Rhône refait surface. Nous sommes dans une barrière temporelle entre l’arrivée imminente et l’envie de revivre l’aventure au début. Tous ces souvenirs qui se construisent et prennent place dans mon esprit resteront à jamais, et ce, jusqu’à la fin de mes jours gravés dans ma tête. J’entrevois même à cet instant précis les premières lignes du futur récit que je suis entrain de vous conter.

Lionel prend le leadership en imposant les vitesses à atteindre.

– « Visons les 14 km/h! »

J’annonce la vitesse convoitée sur mon GPS oralement.

– « Alors tentons les 15 km/h! »

Nous ne comptons plus en kilomètres restants mais désormais en centaines de mètres!

– « Allez, maintenant les 16 km/h! »

Les valeurs plafonneront à 15,5 km/h jusqu’à apercevoir le panneau libérateur sur lequel figure le mot tant attendu:

« ARRIVEE ».

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©Louis SALOMON

Nous sommes accueillis en héros par l’organisateur de la course en personne « Philippe MARCHEGAY ». Ma première réaction sera de lui offrir une poignée de main forte et chaleureuse accompagnée d’un GRAND merci à lui et toute son équipe sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

Je me sens envahi d’une euphorie comme jamais. Je profite pleinement de ce sentiment de bien être que j’ai déjà connu par le passé et qui, je le sais, va retomber rapidement. Ce trésor immatériel dont la valeur est indéchiffrable.

Je profite de l’accueil que me réserve mes proches, ainsi que de ce regard complice et satisfait que nous échangeons avec mon compagnon de route Lionel.

Rikou ne tardera pas à faire une arrivée triomphale quelques dizaines de minutes après nous.

A peine avons nous le temps de revenir sur terre qu’il nous faut désormais penser à la route du retour.

Je repars avec des étoiles dans les yeux, mais le coeur serré, d’autant qu’on ne pourra être présent pour accueillir Raphaëlle à l’arrivée. Je lui fait parvenir un message d’encouragement car malgré l’écart que nous avions, cette fois ci, c’est certain, elle terminera la course largement dans les temps et avec les honneurs. J’échange quelques mots avec Christophe son mari qui assure son assistance, lui demandant de lui transmettre toutes mes félicitations.

Comment terminer dignement ce compte rendu?

Je tiens à remercier tout d’abord l’équipe de Philippe pour avoir mis sur pieds cet événement incroyable.

Mais également Lionel pour m’avoir proposé de participer à ce défi hors normes. Considéré comme la course de kayak d’endurance extrême la plus longue d’Europe. Je me connais assez bien pour savoir que de mon propre chef, je n’aurai jamais tenté l’expérience.

Je remercie également le hasard de nous avoir permis nous autres Rhônalpins de partager ensemble des moments forts dans cette course.

Merci aussi à Louis pour son assistance, mais également à la Team de la Tour du Pin ainsi qu’à Eric (l’assistant suiveur de Rikou) pour sa gentillesse, son humour incroyable et intarissable, ainsi qu’à sa joie de vivre!

Ce que l’on vient de vivre tous justement n’est pas seulement une course ordinaire, ni une compétition. C’est aussi et surtout une ode à l’élévation de soi, à l’enrichissement personnel, et une porte ouverte à de nouvelles rencontres qui je l’espère perdureront dans le temps.

CORNETTO Yves

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©Louis SALOMON

 

Boucle sur le Rhône de Massignieu de Rives à Seyssel

Encore une sortie insolite, que l’on pourra désormais ajouter à notre tableau de chasse.

Voilà maintenant quelques semaines que je guette scrupuleusement le débit du Rhône dans l’espoir que ce dernier n’excède pas 200 m3/s (débit mesuré sous le pont de la Loi).
En effet, au delà de ce seuil, il nous sera alors impossible de remonter le fleuve à contre courant, et plus particulièrement dans le secteur du Pont de la Loi. Le débit du Vieux Rhône additionné à celui de son canal en sortie du barrage de Châtel va générer un courant important qui en plus de gagner en intensité, nous stoppera net, voir nous fera reculer comme ce fût le cas au mois de Mai l’année dernière (débit enregistré supérieur à 500 m3/s).

Nous allons au travers de ce parcours audacieux côtoyer 3 départements: l’Ain, la Savoie et la Haute Savoie. Comme je l’ai déjà conté dans ce blog, le Rhône n’est pas une frontière, c’est à mes yeux au contraire un lien profond qui nous unis tous, Bugistes (Pour ne pas dire Aindinois, nom trouvé récemment par le conseil départemental de l’Ain afin de pouvoir enfin nous nommer), Savoyards et Hauts Savoyards.
Le hasard à voulu qu’en cette journée exceptionnelle, chaque département soit représenté par un kayakiste.

Lionel, habitant Valmeinier (Savoie)
Cédric, moniteur de kayak au sein du club de Sévrier (Haute Savoie)
Moi même, habitant du Bugey (Ain)

Et en bonus… Notre ami Rikou, qui malgré un passage difficile à l’heure d’été, viendra compléter le groupe représentant son département qui n’a d’autre nom que celui du fleuve que l’on va parcourir.

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Embarquement au Port de Massignieu de Rives

Le départ se fera du port de Massignieu de Rives.
C’est un lieu calme et idyllique, loin des zones où se regroupe la population et le tourisme de masse.

L’objectif est de rallier Seyssel en arpentant 23 km à contre courant principalement sur le canal de déviation afin de se réserver le meilleur (Vieux Rhône) pour la suite.

Dès le départ, Cédric prend une nette avance sur nous. En effet, de part son expérience et son embarcation taillée pour la vitesse, il est évident que nous ne boxons pas du tout dans la même catégorie.

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Malgré tout, le lien entre nous se construit progressivement à mesure que nous avalons les kilomètres.

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Sur le Rhône principal à hauteur de Culoz avec vue sur le Grand Colombier

Après avoir franchi sans encombres le pont SNCF de Culoz, nous voilà maintenant dans la zone tant redoutée, celle du Pont de la Loi. Malgré un débit mesuré en dessous des 200 m3/s, on ressent pleinement la force du courant. On voit l’eau défiler, nous faisant presque croire que nous gagnons en vitesse. Mais en scrutant au travers de ces reflets cristallins, nous apercevons les galets tapis au fond qui peinent à avancer sous nos yeux.

Il va falloir jouer avec les quelques contres courants générés par les piles de pont ou les berges adjacentes pour s’économiser dans cette ascension.

Une fois l’ouvrage franchi, nous rejoignons rapidement le canal de déviation pour s’extraire au plus vite des courants résiduels afin de pouvoir souffler un peu.

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Petite pause en amont du Pont de la Loi sur le canal de déviation.

Notre prochain objectif, rallier le barrage de Châtel pour notre premier portage de la journée.
Les demandes en électricité étant moindres le week end, le canal en sortie du barrage présente peu de courant. La planéité parfaite de l’eau en surface nous ferait presque croire que nous naviguons sur un lac.

Rapidement, l’ouvrage convoité se dessine devant nos yeux et la rampe de débarquement apparaît quelques minutes après.

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Petite pause au barrage de Châtel.

Dernière partie du canal avant de rejoindre le fleuve principal en amont du barrage de Motz. Un canal long de 5 km dont une partie est constituée d’une ligne droite quasi parfaite sur 3,5 km.

A ce niveau du parcours, le Grand Colombier qui régnait en maître sur la partie sud cèdera sa place au massif du Grand Crêt d’Eau dominant le Nord. Il en impose d’avantage avec presque 100 mètres d’écart que notre géant du Bugey.
Quelques dernières traces de neige persistent sur son sommet. Signe que malgré un soleil bien présent, il n’est pas encore temps de tomber la veste. D’ailleurs un vent frais venu du nord viendra chatouiller notre visage, parasitant légèrement notre remontée.

Nous arrivons maintenant à proximité du barrage de Motz, symbole de notre deuxième portage que nous effectuerons tout à l’heure, après avoir fait demi tour à Seyssel.

Seyssel…

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Seyssel (Haute Savoie)

Cette, ou plutôt ces deux communes homonymes sont limitrophes l’une de l’autre, séparées par le Rhône.

Ces deux entités vivent en harmonie reliées par 2 ponts.
Un premier à haubans, mis en service en 1987 que nous apercevons au loin, nous guidera jusqu’à l’entrée de la ville.

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Arrivée sur Seyssel avec vue sur le pont à haubans

Quand au deuxième, il ne tardera pas à se dévoiler une fois son cadet franchi.
Le « Pont de la Vierge Noire » ou « Vieux Pont de Seyssel » date de 1840 et représente un lien fort entre ces deux communes situées sur deux départements différents (Ain & Haute Savoie).

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Entrée dans Seyssel avec au loin le Pont de la Vierge Noire

Je faisais référence à plusieurs reprises dans mes récits précédents sur l’émotion forte et poignante que je pouvais ressentir lors de mes traversées de Lyon en kayak. A plus petite échelle, je découvre que Seyssel, parcourue dans le sens inverse du Rhône procure autant de magie. A ce décor, s’ajoute également une ambiance calme et reposante.
Nos premiers 23 km vont prendre fin une fois le Pont de la Vierge Noire contourné. Quelques passants nous regardent, étonnés de nous voir avancer dans le sens inverse à la normale.
Seyssel sonnera comme une récompense de cette remontée à contre courant.
Une autre façon peu orthodoxe de parcourir le Rhône certes, mais le fait de revenir en arrière sur ce fleuve nous offre de nouvelles perspectives, de nouveaux paysages, de nouveaux angles de vue. Je me délecte de ces instants où ce sport que nous pratiquons, se mélange à tant de poésie.

Depuis mes premières expériences de kayakiste, j’ai toujours été frustré de ne pas pouvoir prendre d’avantage le temps nécessaire pour apprécier cette ville au fil de l’eau et lui donner la place qu’elle mérite dans mon coeur.
Majoritairement, Seyssel ne représentait qu’une étape de départ que l’on regardait à peine, préférant se focaliser vers l’issue de nos expéditions.

Cette euphorie restera dans ma tête durant tout le reste de la journée, au point de voler la vedette au Vieux Rhône que j’apprécie tant.

Nous rejoindrons d’ailleurs cette partie du fleuve après avoir englouti le repas sur les berges de Seyssel et effectué le portage traditionnel du barrage de Motz.

La succession des petits rapides assaisonnera notre parcours qui était, il faut le dire monotone sur les portions canalisées.

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Le Vieux Rhône et ses petits rapides bienfaiteurs.

Nous retrouverons par la suite rapidement l’une d’entre elles que nous avons parcouru le matin, reliant Lavours à Massignieu de Rives.

Cette dernière portion nous paraîtra interminable avant de pouvoir franchir le pont reliant la commune de Cressin Rochefort à Massignieu de Rives pour ensuite apercevoir le lac du Lit Au Roi avec en arrière plan le Mont du Chat.

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Rikou sur le Lac du Lit au Roi

Le compteur kilométrique atteindra les 48 km qui symboliseront la fin de notre parcours.

Quelques courbatures et ampoules aux mains, mais qu’importe, comme à l’accoutumée, cette sensation de bien être qui s’empare de nous à chaque sortie prendra le dessus, alimentant notre esprit vers de prochaines aventures.

 

CORNETTO Yves

 

Le Séran et les Rousses en Kayak

Le Séran,

Il prend sa source à Jalinard, hameau de la commune du Petit-Abergement, à 1 090 m d’altitude puis prend la direction sud. Il passe à Champagne-en-Valromey, Artemare et Ceyzérieu puis conflue dans le Vieux Rhône en passant par un siphon sous le Rhône canalisé, à Cressin-Rochefort, à 230 m d’altitude.

Source Wikipédia

Voilà maintenant plus de 4 ans que je n’ai pas eu l’occasion d’aller côtoyer cette rivière.
Un parcours d’environ 14 Km séparant la commune d’Artemare à Cressin-Rochefort.

Cet été, de part des conditions météo exceptionnelles, qui malheureusement, vont s’intensifier au fil des années, ce cours d’eau était à sec depuis le mois de Juillet.
Il doit sa renaissance aux intempéries de ces dernières semaines.

Yannick Vericel (Randovive) et Laurent Nicolet (River Equipement) prévoyaient justement de faire un parcours de reconnaissance sur le Séran pour la suite rédiger un topo sur www.lyonurbankayak.com

Habitant à 5 minutes du Séran, il m’était donc difficile de résister à leur proposition.
Rendez vous pris à 9h45 sur la commune de Cressin-Rocherfort où nous laisserons un véhicule pour la navette retour.
La mise à l’eau se fera juste avant le confluent du Séran et du Groin, à proximité du camping « Le Vaugrais » sur la commune d’Artemare.

La météo annonce des averses en fin de journée. Le ciel nuageux en cette matinée nous ferait presque croire que les précipitations prendraient de l’avance.
Par chance, les nuages se dissiperont petit à petit pour nous faire profiter de quelques éclaircies à la mi journée.

Pour cette sortie, je ferai entorse au précepte de mon blog, à savoir, « valoriser le kayak de mer rigide dans la région », pour troquer mon embarcation favorite aux gonflables de la gamme Gumotex, qui, pour ce type de parcours seront beaucoup plus adaptés.

Nous voilà donc à notre point de départ, gonflant nos kayaks et canoës. Mon compagnon de route sera le Gumotex Safari, bateau d’une longueur de 3,30m qui a déjà parcouru des rivières de classe IV.

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Comme il fallait s’y attendre, il n’est pas très directeur, mais le côté positif est une maniabilité d’une redoutable précision. Un vrai petit jouet qui me séduira à mesure du déroulement de la journée.

Une fois la confluence avec le Groin franchie, nous ressentons vivement l’addition des deux débits qui sans même pagayer nous propulse à des vitesses frôlant les 10 km/h.

Au préalable, j’avais pris le soin d’incorporer sur mon GPS quelques balises et repérer ainsi un confluent avec le ruisseau « Les Rousses » dans l’espoir de remonter ce dernier.

Je propose cette option à mes compagnons qui acquiescent immédiatement.

Nous voilà donc rapidement dans les lieux tant convoités pour apercevoir ce cours d’eau d’une plénitude et d’une ambiance relaxante.
On quitte donc provisoirement le Séran pour aller explorer cette nouvelle trouvaille.

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A mesure de notre progression à contre courant, nous apercevons des panneaux sur notre droite indiquant la réserve naturelle des Marais de Lavours.

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Les intempéries de ces derniers jours ont permis de remplir abondamment les marais, et nous offrir un terrain de jeu incroyablement vaste. On s’échappe donc de ce cours d’eau, non pas en direction de la réserve, mais à l’opposé, explorant ainsi de nouveaux horizons et décors d’un autre monde. Et tout cela à deux pas de chez nous!!!

Notre ascension se terminera en contrebas de la commune de Béon. Le ruisseau continue un peu plus loin en amont, mais nous déciderons de faire une halte pour un petit apéro avant de faire demi tour.

Nous retrouvons à nouveau le Séran, toujours avec un débit vigoureux pour rejoindre rapidement le pont d’Aignoz, porte d’entrée de la réserve naturelle des Marais de Lavours.

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Yannick et Laurent en profitent pour faire une petite pause photo à proximité des sentiers sur pilotis pendant que je continue d’apprivoiser mon nouveau jouet en découvrant les joies et plaisirs de la rivière (qui jusqu’à présent m’étaient inconnues) en m’initiant entre stops, bacs, et reprises de courant.

Le soleil en cette saison commence à décliner rapidement. Il est temps de poursuivre notre route sur une partie du Séran beaucoup plus calme qu’en amont. Il faudra composer avec d’innombrables embâcles de branches et d’arbres morts, nous obligeant parfois à débarquer, traîner nos embarcation pour les remettre à l’eau en aval de chaque obstacle. Je suis surpris de la résistance à l’abrasion du matériau (nitrilon) de nos kayaks. Une robustesse à toute épreuve. Entre collision avec des branchages, frottement des coques sur le sol lors des portages… Même le kayak de Laurent avait accroché un hameçon sans que ce dernier ne perce la structure. Ma vision que j’avais des gonflables change petit à petit.

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Nous franchissons une succession de ponts et passerelles jusqu’à nous rendre à Cressin-Rochefort, terminus de notre parcours.

Le Séran se jette alors sous le canal du Rhône en passant par un siphon. La sortie se fait une centaine de mètres en amont.

Très belle expérience, tant sur la navigation, que l’essai de nouveaux bateaux, mais également d’échanges et de partages avec mes compagnons de route.

On fera durer ce moment de convivialité autour d’une bonne fondue avant de se séparer en se promettant de remettre ça.

CORNETTO Yves

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Destination Lyon Kayak: Etape Finale

Nous émergeons lentement d’une nuit plus fraîche que les précédentes, ce qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’a pas été pour nous déplaire. Je me remémore notre premier bivouac à la base nautique de Seyssel, juste avant notre départ, où les températures en ce mois de Septembre étaient largement au dessus des moyennes saisonnières. Résultat, un sommeil agité. Difficile de trouver la position idéale, me retournant sans cesse dans ma tente, ou plutôt dans cette étuve.

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Mais cette fois ci, c’est un sommeil de plomb qui, malgré le ballet incessant des avions de ligne en provenance de St Exupéry n’a été en aucun cas perturbé. Nous avons été bercés toute la nuit par cette mélodie caractéristique du fleuve, reconnaissable parmi tant d’autres. Le courant, en sortie du barrage de Jons, se propageait au travers des roches et galets. Ces mêmes galets séparant les flots, composaient malgré eux cette douce musique aquatique ininterrompue, régulière et douce à la fois. Ce mélange sonore relaxant alimenta nos songes jusqu’au réveil.

Randovive2018-DSC_0651 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

7h00…

A l’aube de chaque fin de périple, c’est toujours la même association paradoxale de deux sentiments radicalement opposés qui prend place.

La joie d’atteindre dans quelques heures notre objectif, mais également la nostalgie des journées précédentes. Cette symbiose va graviter sans cesse à l’intérieur même de notre esprit et le faire tanguer entre euphorie et mélancolie. Cet équilibre précaire nous rappelle étrangement celui de nos embarcations que l’on doit maintenir à flot à mesure de notre progression.

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Car oui, le kayak, à défaut d’être un sport, est à mes yeux une philosophie de vie.

On avance, comme on avancerait dans la vie avec ce même équilibre. Précaire, comme je viens de le citer, mais également fragile, qui à tout moment, pour une raison soudaine, peut tout faire basculer.
Ce sport nous fait comprendre aussi que dans ce monde et cet univers complexe, nous ne sommes que peu de choses, voir à l’échelle temporelle de l’évolution: Rien du tout.

Le petit déjeuner engloutit, nous voilà impatients d’aller taquiner le Rhône. Il continue de nous jouer de ces flots, sa même mélodie perpétuelle, exerçant son pouvoir d’attraction, nous invitant à le rejoindre sans plus attendre.

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La journée promet d’être merveilleuse.

Une fenêtre météo généreuse.

Yannick, en plus de nous avoir offert un bivouac aux petits oignons, nous servira de guide jusqu’à Lyon. Une situation privilégiée dont on profitera au maximum en se régalant de ses connaissances, tout au long du parcours.

Lionel et Yannick embarquent en premiers.
Mes jambes à peine entrées dans l’hiloire que je manque de me faire engloutir par une vague de travers, coincé par un rocher à l’opposé. Rien de très grave, juste quitte pour une petite douche fraiche sur le bas du corps. Je m’extrais de cette situation délicate et me laisse porter par un courant bienfaisant à mesure que j’écope le peu d’eau à l’intérieur de mon kayak.

Randovive2018-DSC_0673 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Nous voilà tous les trois, à voguer vers notre destination finale.

Malgré l’ambiance semi industrielle et urbaine, cette portion du fleuve reste néanmoins bucolique à souhaits. Je suis surpris dans cette proximité avec la ville de Lyon, que peu de monde ai l’audace de venir profiter de cette poésie. Et après réflexion, c’est tant mieux. Je n’ose même pas imaginer voir une foule de kayaks bloqués les uns contre les autres comme cela peut être le cas sur l’Ardèche en période estivale.

Le Rhône par le passé, bien avant d’être dompté par l’homme, était redouté de tous. En période de crue, sa puissance dévastatrice avait raison de tout sur son passage. Malgré les aménagements récents, en cas de fortes pluies, il n’en reste pas moins menaçant. Les derniers épisodes de crues marquèrent les esprits à jamais.
Les gens gardent en tête cette image spectrale du fleuve. De génération en génération, cette peur s’est transmise et installée dans le temps:  « ne jamais trop s’approcher des rives sous peine de se faire emporter ». Un message relayé encore de nos jours.
Voilà pourquoi nous ne rencontrons (excepté les randos organisées essentiellement via notre forum) que peu de monde.

Et pourtant…

Au fil des sorties effectuées sur ses flots, le Rhône est à mes yeux un élément vivant avec une âme, dont il faut prendre le temps de connaître et de l’apprivoiser. Il peut être doux, affectueux, comme se montrer colérique voir impitoyable. Je m’aperçois avec désarroi, qu’il devient aussi fragile avec le temps. Les conditions climatiques instables, mais surtout les dernières sécheresses à répétition, l’affaiblissent. Son glacier principal en Suisse (Rhonegletscher) fond à vue d’oeil. Il m’arrive même d’entendre certaines rumeurs sur une éventuelle disparition du fleuve dans les cinquante prochaines années.

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Le temps de cette réflexion et nous voilà au contact de nos premiers congénères de la journée. En effet, pêcheurs et chasseurs occupent progressivement les lieux. On se regarde, échangeant un petit signe de la main en guise de « bonjour » pour la forme avant de poursuivre notre route. Difficile de penser qu’hier encore nous arrivions à naviguer pratiquement toute la journée sans croiser personne. Nous sommes désormais contraints de cohabiter avec nos semblables.

Randovive2018-DSC_0685 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Un petit grondement se fait entendre. Nous approchons du « Seuil des petits chevaux », synonyme de portage. Mais comme l’année dernière, on utilisera la technique de la cordelle pour passer ce seuil en s’économisant du moindre effort.

Quelques centaines de mètres en aval, on commence à voir au loin Lyon se dessiner timidement. Nous apercevons même un édifice qui trône au dessus de tout.

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Intrigué par cette architecture, Lionel aura le malheur de poser naïvement la question qui fera l’effet d’une bombe auprès de notre guide:

« Yannick, sais tu ce que c’est que cette chapelle là haut? »

N’étant pas certain non plus, je tente une réponse avec pudeur:

« Je ne suis pas sûr, mais je pense que c’est la basilique de Fourvière. »

Un silence gênant règne quelques secondes. Yannick, à l’affut dans son canoë s’apprêtait justement à saisir un cliché de la basilique. Il déclenche son boitier avant de le laisser retomber avec désarroi sur son torse. Retenu par ses sangles, ce même boitier pendait comme à son habitude à son cou, à la différence près que l’ambiance générée subitement laissait penser qu’il avait prit d’avantage de poids pour peser plus d’une tonne. Un poids comparable à la lourdeur de la question formulée par Lionel.
La plupart des personnes à notre place auraient reconnu instantanément Fourvière, mais ce n’était visiblement pas notre cas.
L’affront qu’on venait de faire subir à la population Lyonnaise et plus particulièrement à notre hôte, était comparable à la Tour Eiffel qu’on aurait pu par maladresse confondre avec une simple antenne relais.
Ne sachant si il devait en rire ou en pleurer Yannick formula avec humour la phrase suivante:

« Vous pouvez me la refaire? Je vous filme et je balance ça sur Youtube. Ca fera un buzz énorme ! Pensez à descendre de temps en temps de vos montagnes les bouseux! »

L’issue de cette phrase nous fera percuter sur l’énorme boulette que nous venons de faire.
C’est alors qu’un fou rire accompagné de larmes s’empare de nous. Ce genre de rire, tellement intense qu’il contracte notre abdomen. Nous peinons à reprendre notre souffle devant tant d’hilarité.

Randovive2018-DSC_0715 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Un grondement encore plus intense que le seuil des petits chevaux stoppera net ce moment convivial.

Feyssine approche.

Si le Rhône devait être une entité vivante, je dirais morphologiquement que sa gueule se situerai à Feyssine. La jonction entre le canal que nous empruntons et celui de Jonage se fait justement en amont du seuil. Deux langues immenses sortent de cette union. L’une d’entre elle communément appelée « Hawaï sur Rhône » est un spot de rodéo prisé par les surfeurs locaux et les kayakistes de freestyle désireux de venir se mesurer au Rhône.

Juste avant de rejoindre le seuil, nous franchissons quelques rapides. Petite mise en bouche avant  le spectacle grandiose qui nous attend.

Randovive2018-DSC_0712 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Nous apprécions pleinement la présence de notre guide qui nous fera vivre un moment incroyablement riche et intense avec le Rhône. Il nous invite à le suivre sans plus attendre.

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Se rapprochant au plus près de la gueule du monstre grondant comme jamais. A mesure de notre progression, je sens quelques projections de l’écume générée par les remous du fleuve sur mon visage. L’objectif est simple. Yannick nous fait comprendre qu’il faudra passer ce seuil à la cordelle. Lionel est inquiet et montre quelques signes de stress. Comme je le comprend. Je ressens également ce stress, mais le fait d’être aussi près de cet endroit incroyable me met en ébullition.

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On s’approche du seuil rive gauche pour débarquer au plus près de la langue. Yannick nous aidera à acheminer les kayaks en aval. Avant d’embarquer nous faisons une pause dans cet endroit privilégié où peu de monde n’ose s’aventurer. On est là, nouant à nouveau une relation intime avec le Rhône. Etre si près de lui… Nous sommes comme des dompteurs en plein spectacle avec leurs félins. Le risque d’attaque est énorme et pourtant, ils travaillent sur cette relation de confiance et de respect avec ces prédateurs.

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Je laisse mes compagnons déguster quelques figues en ces lieux, préférant rester dans la gueule du monstre, et sentir cette force incroyable et herculéenne à quelques centimètres de mes pieds. Un pas de plus et je pourrais me fais avaler. Contempler ce spectacle grandiose dont seul le Rhône à le secret force le respect.

On embarque pour rejoindre quelques centaines de mètres plus bas un îlot de galets tombant à point pour notre pause repas.

Randovive2018-DSC_0741 (Copie en conflit de Yannick VERICEL 2018-10-02)

Encore un autre avantage du kayak, et pas des moindres. Sur les berges de part et d’autre du fleuve, grouillent joggeurs, cyclistes, mais également quelques promeneurs lambdas. Certains d’entre eux s’arrêtent, nous observant de loin avec curiosité. Malgré le bruit ambiant (voitures, etc…) et la masse abondante de nos congénères, nous sommes curieusement au calme, sur cet îlot, protégés de tout ce vacarme.

Je déplie ma tente pour la faire sécher comme à l’accoutumée. J’avais pour habitude de la sceller ou de l’attacher à mon kayak. J’ai oublié ce dernier point crucial, et le temps de m’en rendre compte, une petite rafale l’arrache du sol pour la balancer dans le Rhône. Yannick se hâte pour l’attraper, mais me voyant aussi réactif pour venir la récupérer, préfèrera saisir son appareil et immortaliser ce gag imprévu.

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Cette fois ça y est!

Lyon est bientôt à nous.

La largeur du fleuve en aval de Feyssine va maintenant se resserrer comme pour annoncer notre arrivée imminente. Je troque mon T-Shirt à manches longues contre un autre, anti UV à manches courtes. Le soleil qui initialement me réchauffait légèrement le visage ce matin commence sérieusement à cogner.

Pour la quatrième fois, j’ai encore le privilège de parcourir la ville depuis le Rhône.

Cette traversée de Lyon, c’est un peu comme une récompense. Un symbole fort mais également un hommage à nos aïeuls qui dans les temps anciens ralliaient régulièrement nos montagnes à la ville lumière via le fleuve, acheminants divers matériaux comme par exemple la pierre blanche issue des carrières en amont de Seyssel. Le Haut Rhône, qui a commencé à se métamorphoser à hauteur de Serrières de Briord achèvera définitivement sa transformation lorsqu’il rejoindra la Saône au sud. Il deviendra large, plat, industriel et commercial.

Les derniers coups de pagaie sont timides. Toujours cette même hésitation palpable, semblable à celle que l’on a tous plus ou moins ressenti lors d’un premier rendez vous galant. Notre rythme vigoureux et intense de ces premières journées passées sur le Rhône se relâche progressivement. On aimerait pouvoir avancer avec un contrôle total sur le temps qui passe. Avoir la faculté de “rembobiner” notre aventure pour la revivre indéfiniment.

Les piles massives du Pont Raymond Poincaré vont nous ouvrir malgré elles les portes de Lyon.

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L’ambiance est similaire à celle d’une salle de spectacle lorsque les deux rideaux en velours d’un rouge somptueux s’écartent progressivement.

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La passerelle de la paix fera son entrée pour nous présenter rive gauche la cité internationale. Reconnaissable à ses murs d’un mélange marron orangé au dessus desquels trônent des arcs de verre les protégeant de moitié.

D’autres ponts défileront les uns après les autres devant nos yeux, nous révélant une fois franchis divers mélanges d’architectures pour la plupart romanesques propres à la ville. Nombreux sont les édifices que nous croiserons, mais les principaux retiennent toujours notre attention:

L’ancien hôpital de Lyon rive droite, transformé suite à de travaux importants en un hôtel somptueux avec un nouveau nom qui n’a d’égal que sa taille gigantesque et imposante:

Grand Hôtel Dieu”. Rien que ça…

Mais aussi, juste après avoir franchi le pont de la Guillotière: Le “Centre Nautique Tony Bertrand” (nommé auparavant “Centre Nautique du Rhône”, ou alors “Piscine du Rhône”), reconnaissable à ses quatre tours en forme de champignons hauts sur pieds.

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Le franchissement de chaque pont est un moment unique. Comme pour les édifices, ils sont nombreux mais certains d’entre eux sortent du lot comme le pont Lafayette mais également celui de l’Université.

Yannick ayant un impératif nous laissera finir notre périple juste après le pont de la Guillotière.

Nous le remercions mille fois d’avoir pris sur son temps et de nous avoir fait partager toutes les richesses de son territoire.

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Une étrange sensation que je qualifierai de spirituelle m’envahit lors de cette traversée. J’avais jusqu’à présent beaucoup de mal à mettre des mots sur ce ressenti qui m’habite à chaque fois que nous parcourions Lyon en kayak. Sur un plan purement physique, nous sommes en dessous de tout. Lorsque nous élevons notre tête, c’est pour apercevoir les choses à contre plongée. Tout nous domine de haut… On pourrait penser que la ville, ses habitants et son architecture nous écraseraient comme de vulgaires insectes. Le bruit ambiant, la pollution… Bref, tout ce cocktail propre aux grandes agglomérations devrait normalement nous oppresser.

Mais curieusement, c’est le phénomène inverse qui se produit à chaque passage. Nous sommes comme happés dans un miroir, inversant par la même occasion tout cet univers rationnel pour nous ouvrir les portes d’une sorte de nirvana. Protégés par le Rhône, on s’élève au dessus de cette affluence. Imperméables à toute agression extérieure. Nous sommes comme transcendés.

D’un naturel à détester et à fuir les grandes villes, la foule, Lionel et moi même partageons ce sentiment étrange qui pourrait presque nous réconcilier avec le monde urbain.

Mais il va falloir redescendre de notre nuage. Le Pont Pasteur se disputant la place au premier plan avec le Pont Raymond Barre juste derrière, avec en toile de fond le Musée des Confluences, sonneront la fin de notre périple. Le courant se stabilise pour devenir quasi nul. Stoppé avec celui de la Saône par le barrage Pierre Bénite, nous sommes désormais sur la retenue d’eau.

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A la pointe de la confluence, c’est avec le coeur serré qu’il nous faudra tourner le dos au Rhône pour rejoindre la Saône et l’événement Lyon Kayak qui vient de débuter au Port de Confluence.

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Lyon Kayak.

Evénement incontournable qui a fait germer cette idée de descendre le Rhône pour le rejoindre.

Peu importe notre place le lendemain dans le classement de la course. Nous avons gagné quelque chose d’inestimable. Je pensais avec prétention tout connaître de ce fleuve, mais je m’aperçois qu’il nous réserve encore de nouvelles surprises.

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Il a beau matérialiser la frontière séparant l’Ain des deux Savoies, de l’Isère et bien d’autres départements jusqu’à la mer, le Rhône à ce pouvoir d’attraction qui lui est propre, et permet de nous rassembler nous autres kayakistes, créer des liens et bien plus encore.

D’autres projets fous commencent à germer dans notre têtes.

Et pourquoi pas la prochaine fois tenter un Seyssel Lyon en kayak sur 2 jours???

On vous tiendra au courant 😉

CORNETTO Yves

[Etape 1] [Etape 2]

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Destination Lyon Kayak: Etape 2

Faire étape à Port de Groslée, c’est comme flirter avec un silence et une tranquillité permanente. Exception faite cette nuit où les chiens du voisinage n’ont pas arrêté d’aboyer sans but précis.

Réveil à 6h30. On ressent brutalement le changement de saison, non pas à cause de la température ambiante, mais plutôt de la luminosité. Il fait nuit noir. Les éclairages publics rayonnent encore sur la ViaRhôna. Ce ballet de lueurs nous guidera jusqu’au ponton d’embarcation.

Je m’engage en premier afin de libérer rapidement l’accès à mes compagnons. L’espace n’est pas très large et la taille de nos kayaks n’arrange rien.

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Nous sommes face au pont suspendu. Une fine nappe de brume flotte légèrement au dessus de l’eau. Tout est calme… Comme figé dans le temps. La surface du fleuve est lisse… On se croirait presque sur un lac. Même le courant est quasi inexistant.

Quelques étirements avant d’aborder cette nouvelles étape et nous voilà lancés.

Nos trois étraves fendent ce miroir d’eau d’une perfection absolue. Nous profitons de ces derniers instants de silence.

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Devant nous, le défilé de Malarage. Très symbolique à nos yeux, ce sont les dernières gorges que nous offre le Rhône avant Lyon et la Mer. On parle souvent du Haut Rhône qui s’étend de Genève à la confluence avec la Saône à Lyon, mais j’aurai presque tendance à penser que le Haut Rhône ne va pas plus loin que ce défilé.

La largeur du fleuve n’excède pas 30 mètres. Deux falaises abruptes se dressent devant nos yeux pour nous ouvrir les portes d’un nouveau Rhône.

Un Rhône qui commence sa mutation. Une mutation que l’on doit principalement à notre empreinte humaine.

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La centrale SuperPhénix située juste derrière le défilé ne manquera pas de nous le rappeler.

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Les débats actuels sur le nucléaire vont bon train. Chacun en dira du bien ou du mal, mais qu’importe. On ne peut rester indifférent lorsque l’on passe devant cet immense édifice. D’une prédominance jaune feu, couleurs propres à cette créature mythologique dont la particularité est de renaître de ses cendres, on comprend vite que même à l’arrêt, le risque existe. Ces mêmes couleurs qui se reflètent au bord de l’eau, se mélangent harmonieusement avec les premiers rayons matinaux. Une aubaine pour quelques photos.

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J’avais quelques appréhensions quand à notre rythme. Nous avions fait une belle étape la veille, et bien souvent, le revers de la médaille se traduit par de grosses courbatures, voir une longue récupération le lendemain.

Mais il n’en est rien. Bien au contraire, nous avançons avec la même vitesse de croisière que la veille voir davantage.

Une aide précieuse qui aura raison des 7 Km séparant Creys Malville à Montalieu.

Je commence à avoir mes propres repères…

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Une fois le pont de Serrières de Briord franchi, des bruits sourds et lointains se font entendre, nous rappelons que le Rhône s’industrialise petit à petit. A notre approche une installation complexe rive gauche prends le dessus sur la végétation au premier plan. La cimenterie Vicat tourne sans interruption.

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Même constat que Superphénix. Très imposante par sa taille, elle n’en reste pas moins impressionnante à contempler.
Nous continuons malgré tout notre chemin en direction de la base de loisirs “La Vallée Bleue”.

Nous retrouvons un environnement un peu plus calme. L’ambiance sonore de la cimenterie s’estompe à mesure que nous avançons.
Quelques pêcheurs en barque tentent leur chance munis d’une, deux, trois cannes, voir davantage.
Sur la rive droite, j’aperçois le “Camping du Point Vert”, symbole de notre deuxième nuit passée en ces lieux lors de notre première descente Seyssel Lyon réalisée en 2015.

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On ne s’attarde pas et préférons continuer sur notre lancée. Mais cet entrain sera vite stoppé par les appels d’un homme, toujours sur la rive droite juste après le camping. On le regarde sans trop lui prêter attention, pensant ne pas être concernés par ses signes. Mais à y regarder de plus près, pas de doute. Son regard porte en notre direction. Nous faisons demi tour, la pointe avant de nos kayaks face à cet homme, avant de s’échouer sur une plage de sable, derrière laquelle se dresse la base du club nautique Serrièrois.

Marc, notre hôte, nous offre généreusement un bon café. Notre sport, peu médiatisé, et de plus peu pratiqué sur le Rhône, génère un élan de solidarité entre kayakistes. Sous un petit chapiteau, à touillier notre breuvage, une discussion passionnante s’engage entre nous. Echange de nos coordonnées, projets divers et variés. Il participe lui aussi à la Lyon Kayak.

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Mais il va falloir s’y remettre… En plus d’avoir un timing à respecter, notre ami Rikou à un impératif et doit rejoindre Lyon dans la soirée.
On se laisse sur un « Au revoir » en se promettant de se retrouver dimanche à la course.

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Rapidement, le barrage de Sault Brénaz. Un portage des plus simples. La mise à l’eau ne laisse personne indifférent car elle se fait à l’intérieur même d’une ancienne écluse. Un couloir immense s’élève. Les murs de part et d’autre, d’une hauteur impressionnante nous indiquent la direction à prendre. Derrière le mur de droite résonne le grondement du seuil de Sault Brénaz.

On ne manquera pas d’aller rendre visite à ce même seuil une fois sortis de l’écluse.

Quelques bruits autres que ceux générés par le seuil s’invitent… Bips de recul, extraction, concassage, criblage… Pas de doutes, nous sommes juste à proximité de la carrière de Sault Brénaz.

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Encore 5 km avant de franchir le pont de Lagnieu. Il représente un changement radical du fleuve. Quelques petits ruissellements commencent à se faire sentir en amont de ce pont. Le dénivellement s’accentue, créant par la même occasion de petites accélérations nous permettant de s’économiser un peu sur notre rythme et de se laisser porter avec flemmardise sur ce courant généreux avant de faire notre pause repas sur une petite plage de galets.

J’en profite pour passer un coup de fil à notre hôte de ce soir. En effet, Yannick Véricel, moniteur diplômé d’état et gérant des sites http://www.randovive.com et www.lyonurbankayak.com avec qui j’ai fait connaissance lors de notre préparation du périple Genève – Saintes Maries de la Mer s’est proposé de nous rejoindre à notre bivouac et nous offrir le repas.

Pas de temps à perdre. On se remet à l’eau. Nos kayaks sont comme arrachés à la rive par les courants importants.
Une aubaine! Nous allons pouvoir digérer notre repas guidés par les flots du Rhône sans forcer sur la pagaie.

Mais c’était sans compter sur la météo changeante de ce milieu de journée.

En effet…

Un vent de sud surgit brusquement accompagné de nuages sombres et menaçants. Une toile aux tons de gris se dessine désormais devant nos yeux. Cet arrière plan de mauvaise augure viendra accueillir dans ce tableau un nouveau sujet principal:

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La centrale nucléaire du Bugey.

Elle en impose davantage que Superphénix et nous tient en respect, face à ses immenses cheminées qui trônent rive droite. Nous comprenons vite à la vue de ce colosse  que nous ne sommes pas de taille, et qu’en cas d’accident nucléaire, le souffle de l’explosion aurait raison de nous bien avant les températures proches d’une supernova.

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A propos de souffle, nous peinons de plus en plus, et ce, malgré la force du courant, à avancer. Le vent se renforce et gagne en puissance. Comme la faune présente en ces lieux, nous nous abritons sous les branchages au plus proches de la rive, profitant de leur protection naturelle pour s’économiser du moindre effort.

Péniblement, nous rallions Loyettes, reconnaissable à ses deux arches métalliques de son pont traversant le Rhône. Une ombre se faufile sous les kayaks de Lionel et Rikou. “Un silure” rétorque ce dernier. Sa taille est estimée aux alentours d’un 1,20m.

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A la sortie, nous retrouvons à nouveau quelques petits rapides générés par le fleuve qui nous seront d’une aide précieuse.

Des grondements se font ressentir au loin. Pas de doutes, nous approchons de la confluence avec la rivière d’Ain. En laissant mes mains caresser le mélange de ces deux cours d’eau, je m’aperçois rapidement du changement brutal de la température.

Les eaux de cette rivière, en plus d’être fraîches, génèrent un courant incroyable qui viendra s’additionner à celui du Rhône et nous permettre ainsi de réaliser notre meilleure performance en terme de vitesse de la journée.

Au loin, nous apercevons deux kayakistes remontant le Rhône dans notre direction. Un kayak rouge fuselé et un kayak de mer semblable aux nôtres. On intensifie le rythme afin de satisfaire notre curiosité. Un visage nous est familier, il s’agit de Ludo accompagné d’un ami à lui: Jean Michel. Ils nous suivaient sur internet depuis deux jours via notre tracker GPS et avaient décidé de nous rejoindre. Cette attention nous touche profondément, et nous décidons de partager le reste de notre parcours jusqu’à la fin toute proche.

Le barrage de Jons.

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Il se diffère des autres ouvrages du fleuve par sa tour carrée reconnaissable de loin.
A la vue de cet édifice, cette architecture particulière annonce notre arrivée aux portes de Lyon. Le fleuve change également pour s’industrialiser davantage, et plus particulièrement sur le canal de Jonage que nous laisserons de côté afin de privilégier celui de Miribel plus agréable à parcourir.

Ce barrage marquera également notre fin d’étape. Du moins pour Lionel et moi même.

Rikou, quand à lui doit continuer sa route en direction de Lyon et ensuite remonter la Saône. Il lui en reste encore un bon morceau.

Devant tant de kilomètres avalés, certains de mes proches me posent régulièrement la même question:

“Tu dois avoir mal aux bras après tous ces km parcourus! Ils vont être musclés à force de pagayer!”

Désolé de vous décevoir et de casser le mythe du kayakiste bâtit sur le haut du corps d’une musculature laissant entrevoir biceps, épaules imposantes et torse en “V”. Digne des plus belles couvertures de magazines de culturisme. Le relief de cette masse musculaire reflétant (de part un bronzage hollywoodien) à la perfection la lumière ambiante, sous peine d’en aveugler de plaisir la gent féminine jusqu’à les faire fondre….. …. .. bref, je m’égare un peu.

La réalité est tout autre, et si il y a bien une partie du corps à laquelle, nous autres, kayakistes de randonnée avons mal, c’est aux fesses, pour ne pas prononcer un autre mot plus familier (et faire entorse au récit que je me donne tant de mal à rédiger), tellement la douleur ressentie est intenable après tant de temps assis dans l’hiloire.

L’expression “En avoir plein le c…..” n’a jamais pris autant de sens ce jour là.

Pour ne pas arranger les choses, la rampe de débarquement (bien que très bien annoncée au travers d’une signalétique récente et en excellent état) ressemble à tout sauf à une rampe. Rochers posés anarchiquement les uns sur les autres, et pour finir, quelques marches improvisées de blocs de bétons pas du tout adaptées à notre activité. Je ne bénirai jamais assez les ingénieurs qui ont inventé le polyéthylène, matériau de nos embarcations, dont la particularité est de résister aux abrasions.

C’est un véritable cauchemar pour débarquer.

Si par le plus grand des hasards, les responsables de l’agence de l’eau, de la fédération de pêche, ou encore d’une des plus grandes entreprises nationales pour ne pas la citer: « EDF », devaient lire ces quelques lignes, je vous en conjure… Ou plutôt, je vous implore de faire (comme les politiques sont friands de cette formule d’ailleurs..) “tout ce qui est en votre pouvoir” pour que tout kayakiste ou autres usagers du Rhône, puissent un jour franchir les portes de Lyon autrement. Car actuellement, ce n’est pas rendre hommage à une si belle ville, d’arriver par voie fluviale dans ces conditions.

Après quelques minutes de galères, ça y est! Notre étape est bouclée. Nous nous dirigeons maintenant vers notre point de rendez vous indiqué par Yannick.

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On installe notre bivouac en hauteur, avec une vue imprenable sur le canal de Miribel, régulé par le barrage de Jons.

Le va et vient des hérons cendrés, aigrettes, canards, etc… Qui nous ont accompagnés tout au long de notre parcours est radicalement remplacé par les allées et venues des avions de ligne, nous rappelant notre proximité avec l’aéroport de St Exupéry.

Je m’aperçois à mon grand désarroi que j’ai oublié ma petite scie, outil très pratique pour préparer du bois pour le feu. Ca aurait été sympa d’éviter à notre hôte cette tâche un peu ingrate, d’autant qu’il nous a prévu un repas de roi.

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Yannick, à son arrivée, ne manquera pas, de son naturel assez taquin, de nous le rappeler.

Yannick Véricel…

Je prends le temps de mettre cette fin de récit en pause pour faire les éloges de ce personnage hors normes.

Cela remonte maintenant à bientôt 2 ans, lorsque je préparais notre périple avec Lionel sur le Rhône.

L’outil incontournable qu’on à tous le réflexe dans nos sociétés modernes à utiliser, c’est bien évidemment internet.

Oui mais internet, on trouve de tout, mais surtout n’importe quoi.

J’étais à la recherche d’informations précieuses pour préparer notre entrée sur Lyon. Des zones sensibles, comme le seuil des petits chevaux mais aussi et surtout celui de Feyssine attisaient mes craintes. Il me fallait trouver des sites fiables pour franchir ces obstacles avec le maximum de sécurité pour ne pas mettre cette expédition en péril.

Internet, c’est un peu comme une jungle. Armé d’une machette, on tranche avec vigueur les herbes hautes, obstacles principaux, avec lesquels, si on ne fait pas attention, le risque de s’égarer peut vite surgir. A force de courage mais surtout de persévérance, je tombe, par le plus grand des hasards sur un site d’une qualité et d’un design équilibré à la perfection.

http://www.lyonurbankayak.com/

Les informations tant convoitées sont là, devant moi. Des topos rédigés avec passion, des photos de qualité, le tout, organisé et structuré d’une façon redoutablement efficace.
Je vais être franc avec vous… Pour avoir côtoyé quelques temps le monde du graphisme, tomber sur ce genre de site est très rare. On a tendance à observer deux extrêmes:

– Un design proche des plus grandes productions de la Silicon Valley mais avec un contenu pauvre, voir médiocre.

 – Ou alors des réalisations peu attractives où l’on s’y perd, alors que leurs contenus regorgent d’informations.

LyonUrbanKayak, c’est l’équilibre des deux conçus d’une main de maître.

Ma curiosité s’emballe, et sans plus attendre, je prends contact avec l’administrateur.Je lui expose mes projets futurs, et ceux réalisés en kayak.
La réponse ne se fait pas attendre… Réactif avec ça!!!! Tout ce que j’aime! Nous échangeons principalement sur Facebook au travers de discussions passionnantes jusqu’à tard dans la soirée.

Je m’adresse au travers de ce récit à toutes les personnes sceptiques sur la technologie actuelle et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. J’ai pour coutume de dire que ce sont des outils, et comme tout outil, il y a le bon et le mauvais usage.

 – Oui, c’est vrai, la plupart de nos congénères restent cloîtrés chez eux à diffuser leur plus beaux selfies sur Facebook, twitter, etc… Prisonniers de ce monde virtuel dans lequel ils se sentent non seulement vivants, mais vénérés.

 – J’ai rencontré Lionel par l’intermédiaire d’internet avec qui nous avons bâti notre projet de rallier Genève à la méditerranée l’année dernière en kayak.

C’est au cours de ce périple que notre rencontre dans la “vrai vie” avec Yannick a vu le jour. C’était justement à la confluence de l’Ain et du Rhône. Un croisement symbolique de ces deux cours d’eaux, métaphore parfaitement adaptée à la situation.

Yannick, en plus d’être diplômé d’état, est un passionné de l’activité, incollable sur la réglementation, fervent défenseur de l’environnement mais également des sites où nous pratiquons régulièrement. Et ses ambitions vont bien au delà de nos frontières puisqu’il organise des raids en Norvège, Suède, etc…

Je ne vais pas m’étaler sur ses connaissances et son parcours, mais rencontrer des personnes aussi passionnées n’arrive pas souvent.

Retour maintenant sur notre bivouac trois étoiles!

Le ciel, bien que menaçant, nous épargnera cette fois ci. Seulement quelques petites gouttes, si petites qu’à peine s’être écrasées sur le sol, sècheront immédiatement.

Le feu crépite, chauffant la grille métallique sur laquelle repose de belles pièces: Andouillettes, Chorizo, et bien d’autres encore. Les odeurs mélangées à celle de la fumée embaument nos narines pour ensuite transmettre à notre cerveau les codes nécessaires à la mise en route du mécanisme de l’appétit…Cette viande fraiche, reluisante, change petit à petit d’aspect pour laisser apparaître ces quelques traces brunâtres propres à la cuisson au feu de bois.

Une fois en bouche, elle fond littéralement sous notre palais, libérant ainsi les arômes d’une viande de qualité, se glissant par la suite dans notre oesophage avant de nous rassasier de ces 58 kilomètres parcourus.

Et c’est assis autour de ce feu s’amenuisant petit à petit, que nous terminerons notre soirée au travers de récits d’expédition, de futurs projets etc…

A oui, j’oubliais… L’ami Rikou…

Un petit coup de fil avant de se coucher pour apprendre qu’il est rentré à bon port avec à son actif, une journée de 96 bornes!!!

Une machine ce Rikou!

[Etape 1] [Etape Finale]

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CORNETTO Yves